Oona & Salinger / Frédéric Beigbeder

Critique du dernier livre de Frédéric Beigbeder. Un joli voyage dans le milieu littéraire et artistique des États-Unis des années 1940 à 1950.

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1940. Oona O’Neill, une It-girl new-yorkaise, fille d’un célèbre dramaturge, rencontre Jerry Salinger, un jeune homme fils de commerçant aisé, aspirant écrivain. Les deux jeunes adultes entament une relation l’été suivant, mais la 2ème Guerre mondiale va mener Jerry sur le front européen. Souhaitant suivre son propre chemin, Oona n’est pas décidée à attendre sagement Jerry et s’installe à Los Angeles avec ses amies où elle fera une rencontre décisive pour son avenir. Oona et Jerry ne seront jamais réunis, mais cependant ils ne perdront pas contact.

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La chanceuse que je suis a eu la chance de se voir offrir pour Noël le dernier livre de Frédéric Beigbeder, le plus dandy des écrivains français. Ce dernier étant un auteur avec lequel j’ai une relation mi-figue mi-raisin, ses romans ne me convaincant pas toujours. Mais, cette fois, rien à redire, «Oona & Salinger» tape dans le mille.

«Oona & Salinger» est un roman non-fictionnel, c’est-à-dire que Frédéric Beigbeder s’est inspiré de ses recherches pour peindre la relation (ou plutôt l’embryon de relation) d’Oona O’Neill, future épouse de Charlie Chaplin, et de Jerry Salinger, futur J. D. Salinger, écrivain mélancolique et un peu misanthrope.

Ce roman est un vrai plaisir à lire, particulièrement quand on apprécie la littérature américaine de l’époque et celle d’aujourd’hui: Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Truman Capote («Breakfast at Tiffany’s» «De sang-froid») et Joyce Maynard («Long week-end», «Les filles de l’ouragan») croise la figure encore juvénile ou vieillissante de J. D. Salinger. Truffé de références littéraires, le livre ravira les connaisseurs et donnera envie de lire quelques classiques à ceux qui n’ont encore jamais abordé ces auteurs. Sans oublier, les nombreuses références à la filmographie de Charlie Chaplin.

Mais l’auteur ne s’arrête pas aux références littéraires et cinématographiques. «Oona & Salinger» est également une superbe photographie de l’époque: nuits folles new-yorkaises, 2ème Guerre mondiale, alanguissement des classes aisées américaines, horreur du front pour les soldats, paranoïa face au communisme, etc. Il est assez impressionnant de voir comment, avec un seul roman, l’auteur arrive à traiter de multiples thèmes et même à y ajouter des parallèles avec notre époque.

De plus, il est bien écrit. La plume de Beigbeder coule sous l’œil du lecteur et ses pages sont truffées de phrases drôles et bien tournées. Beigbeder décrit à merveille l’histoire d’amour de ces deux adolescents: leur candeur, la naïveté des débuts, puis rapidement la réalité de deux personnalités trop différentes.

Le seul bémol est assez personnel. Sur la fin du livre, Frédéric Beigbeder commence à parler un peu de sa vie, de sa grande histoire d’amour à lui et j’avoue que je trouve l’intérêt de cette partie assez limité. Mais, c’est vrai que, de mon côté, j’apprécie peu les romans de Frédéric Beigbeder où il parle de lui. Effectivement, les dandys mélancoliques racontant leur vie me laissent très froide.

En résumé, un roman très réussi et absolument passionnant.

Frédéric Beigbeder, «Oona & Salinger», Paris: Éditions Grasset, 2014, 336 pages.

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11 réflexions sur “Oona & Salinger / Frédéric Beigbeder

  1. J’ai également beaucoup apprécié ce livre. C’était le premier que je lisais de Beigbeder et je pense renouveller l’expérience rapidement pour me faire une meilleure idée de l’auteur. Comme toi, j’ai été séduite par toutes les références littéraires et culturelles mais également par la description d’une jeunesse dorée de ces années là. Pour ma part, la fin personnelle ne m’a pas vraiment choqué, je l’ai vu comme une continuité presque évidente puisque pour lui la vie d’Oona semble étroitement liée à la sienne. Cela dit, je comprends quand même ton point de vue 😉

  2. Je ne suis vraiment pas sensible à Frédéric Beigbeder… Mais ta critique aiguise ma curiosité, d’autant que Salinger est un de mes auteurs préférés 😉

    1. Moi, Frédéric Beigbeder, c’est un auteur que j’aime et que j’aime pas. Je suis pas très fan de sa personnalité, mais là franchement le livre m’a vraiment plu.

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