De sang-froid (1966) / Truman Capote (2005)

Ici, il ne s’agit pas d’une adaptation, mais d’un film, «Truman Capote», narrant la création du roman-réalité «De sang-froid». Deux œuvres exceptionnelles, l’une par la particularité de l’écriture et l’autre par la prestation d’un acteur.

truman-capote

1

Le livre:

L’histoire de «De sang-froid» débute en 1959, quand Truman Capote tombe sur un fait divers particulièrement sordide : quatre membres d’une famille sauvagement assassinés dans une ferme, sans motif apparent. Interpellé par cette histoire, l’auteur se rend à Holcomb, lieu du crime, avec son amie écrivaine Harper Lee («Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur», 1960). Il va alors interroger les agents chargés de l’enquête et les habitants de la petite bourgade, puis finalement rencontrer les assassins. L’auteur va rester empêtré près de 5 ans dans l’écriture de ce livre. Cependant, ce n’est pas uniquement le temps et l’investissement qui vont liés Capote de manière irréversible à ce livre, mais le lien que l’auteur va forger avec, Perry Smith, l’un des condamnés. Effectivement, Truman Capote, comme Perry Smith, a eu une enfance très turbulente et une mère profondément alcoolique. Profondément touché, après l’écriture de «De sang-froid», l’auteur plongera encore plus profondément dans ses addictions et n’écrira presque plus.

Le roman est très surprenant si, comme moi, on l’aborde en ne connaissant ni son histoire, ni le «roman-réalité». Ce roman, au ton journalistique, est très minutieux dans sa description des lieux, des personnages et du système judiciaire américain. Plusieurs scènes sont également réécrites sous un autre point de vue pour permettre une compréhension globale. C’est un roman vraiment très intéressant et unique en son genre. Mais, je pense que pour apprécier ce roman, il faut un certain intérêt pour des thèmes comme la naissance du comportement criminel ou le débat sur la peine de mort. Par contre, je me dois d’ajouter que le récit de Truman Capote a été contesté par plusieurs protagonistes de l’affaire. Ces derniers l’accusent d’avoir inventé certaines scènes et certains dialogues. Cependant, de mon point de vue, le récit est à prendre comme un roman «adapté d’une histoire vraie» et non un documentaire.

Le film :

Le film de Bennett Miller portraitise de manière incroyable le personnage de Truman Capote grâce à la prestation mimétique de Philip Seymour Hoffman (Golden Globe, BAFTA et Oscar du meilleur acteur en 2006 pour ce rôle). J’ai également trouvé l’acteur qui incarne Perry Smith, Clifton Collins Jr., très bon. Le film semble d’ailleurs avoir été fait pour les Oscars : biopic, mise en scène classique et acteur principal irréprochable. Personnellement, le film m’a beaucoup plu, mais je ne suis pas sûre qu’il puisse passionner quelqu’un ne connaissant rien à Truman Capote. La mise en scène est très classique, l’univers très froid et il manque un petit quelque chose au film pour rendre l’histoire réellement passionnante. Selon moi, le film ne rend pas assez compte du travail d’investigation de Truman pour écrire son livre (on a l’impression qu’il n’interroge que 2-3 personnes). Il met plutôt l’accent sur les dilemmes intérieurs de Truman face à Perry Smith et à la peine de mort (thème pas explicite, mais que l’on sent poindre parfois).

Le test Bechdel (voir ici) :

Le film «Truman Capote» passe le test, mais de justesse. Il y a bien deux femmes nommées (Harper Lee et Laura Kinney). Elles parlent ensemble, mais il me semble que c’est le seul dialogue du film entre deux femmes portant un nom. Autre problème, le dialogue se fait en présence du héros masculin qui participe tout de même à la conversation. Concernant le thème de la conversation, je considère le dialogue comme valable, car le dialogue tourne principalement autour de Nancy (une des personnes assassinées) – même si à un moment, les deux femmes évoquent un homme (le meilleur ami de la jeune fille assassinée). Cependant, on peut se demander si le fait que le héros du film soit homosexuel, donc lui-même souvent victime de discrimination, ne rend pas le film totalement conforme aux valeurs féministes. Je dirais à la fois oui et non. Non, dans le sens où, ces dernières années, l’homosexualité masculine est beaucoup plus représentée et reconnue que l’homosexualité féminine, ce qui constitue une discrimination au sein des discriminés (voir émission Specimen de la RTS, 27.02.2013, consacrée à l’homosexualité, accessible seulement depuis la Suisse).

En résumé, un livre pour les personnes intéressées par la littérature américaine contemporaine,  les enquêtes policières (réalistes) et le débat sur la peine de mort. Un film, pour les amateurs de biopics et de Philip Seymour Hoffman.

Publicités

6 réflexions sur “De sang-froid (1966) / Truman Capote (2005)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s