« Time out », quand on n’a pas de temps, on a des jambes

Quatrième film d’Andrew Niccol («Bienvenue à Gattaca», «Lord of War»), «Time Out» nous emmène dans un univers dystopique où le vieux dicton «Le temps, c’est de l’argent» est devenu réalité.19816803

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Dans un futur proche, Will Salas vit avec sa mère dans un ghetto. Les deux travaillent avec acharnement pour gagner du temps, car celui-ci est devenu l’unité monétaire qui sert à payer tous les biens de la vie courante, à partir de l’âge de 25 ans; âge auquel le vieillissement s’arrête et auquel se déclenche le compteur de chaque individu. Grâce à cette modification génétique, les riches peuvent s’acheter l’immortalité, alors que les pauvres courent après le temps dans l’angoisse de voir leur compteur arriver à zéro et, donc, de mourir sur-le-champ. La vie monotone de Will change le jour où il sauve la vie d’un homme richissime qui lui transmet son temps. Le jeune homme décide de faire profiter ses amis et surtout sa mère de sa fortune. Malheureusement, cette dernière va mourir dans ses bras, à court de temps. Fou de colère, Will se rend donc en ville pour voir comment vivent ceux qui ont du temps. Il découvre rapidement que la pénurie de temps dans les ghettos est organisée. Il se transforme alors en «Robin des bois» avec, pour compagnie, la fille d’un milliardaire prise en otage.

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«Time Out» est une des nombreuses récentes victimes de la traduction «anglais-anglais pour les nuls». Je pense d’ailleurs qu’au classement des traductions ridicules, il pourrait probablement récolter la palme. Effectivement, en V.O., le film s’appelle «In Time»; un titre qui mérite vraiment une «traduction», vu le raffinement et la complexité langagière de ce dernier. Bref, passons au plat de résistance.

L’idée à la base du scénario de «Time Out» est extrêmement intéressante et permet de construire un monde dystopique où la pauvreté devient un risque de mort directe, perceptible avec les secondes qui s’égrènent sur le compteur affiché sur le bras de chaque être humain. Un monde où chaque chose nécessaire à la vie vous prend du temps de vie, justement; où la liberté de mouvement est totalement restreinte puisque les zones des villes sont gardées par des péages aux prix exorbitants; où chaque augmentation de prix est un risque vital; où les pauvres courent, car ils n’ont pas le temps. Vous l’aurez compris, «Time Out» part du bon pied et bénéficie d’un réalisateur de films de qualité. Malheureusement, cela se gâte au cours du visionnage.

thCAQNWZ4NPremièrement, parce qu’on sent rapidement que le film vise le public adolescent, pour qui la dystopie est à la mode en ce moment. Ce film, qui aurait pu être une profonde réflexion sur le capitalisme et sur la recherche de la vie (et de la jeunesse) éternelle, devient rapidement un film superficiel qui se complaît dans la création de jolies images avec de beaux acteurs et des tenues glamour pour Madame, quitte à ne plus être du tout réaliste. Par exemple, le héros, Will Salas, banal ouvrier de son état, se révèle être un vrai «James Bond» quand il s’agit de mettre des raclées aux méchants. Vu le manque d’argent (enfin… de temps) du jeune homme, il est peu probable qu’il ait pu se payer une formation de ninja, donc on regarde d’un œil dubitatif les scènes d’action.

thCAUROO94Autre détail peu signifiant, mais qui fait sourire tout au long du film: les vêtements et les chaussures de Sylvia, la riche héritière kidnappée. Celle-ci se balade en talons aiguilles du début à la fin du film, bien qu’elle n’ait pas l’habitude de courir (les riches ne se dépêchent jamais) et qu’elle ait l’occasion de changer de chaussures. La logique ne voudrait-elle pas que, quand on est poursuivi par des malfrats et la police, on prenne une paire de baskets? Dernier exemple, les personnages sont censés avoir tous 25 ans, alors qu’on voit clairement que certains acteurs sont plus âgés, notamment Cillian Murphy.

Le scénario contient également une série d’histoires amorcées, mais sous-développées concernant le père de Will ou le gardien du Temps qui le poursuit. Ces deux histoires, qui auraient pu donner un peu de chair au film, sont abandonnées en cours de route. Le développement n’est pas forcément meilleur quand il s’agit du cœur du scénario: l’histoire d’amour (ou plutôt le syndrome de Stockholm) entre Will et Sylvia qui semble tomber du ciel, puisqu’on comprend difficilement ce qui se passe à l’intérieur de cette jeune fille pour qu’elle passe de victime à complice amoureuse.

Dernier problème, l’univers qui nous est présenté est un univers sans histoire, car on ne sait pas comment l’humanité en est arrivé là: Comment le temps est devenu une unité monétaire? Comment ont-ils fait cette modification génétique? Pourquoi s’arrêter à l’âge de 25 ans? Autant de questions auxquelles vous n’aurez pas de réponses.

Du côté du casting, beaucoup de têtes connues. Les premiers rôles sont assez bien tenus par Justin Timberlake et Amanda Seyfried. Mais les seconds rôles sont particulièrement remarquables, notamment Vincent Kartheiser (Pete Campbell dans «Mad Men»), en milliardaire froid et avare, et Cillian Murphy, en gardien du Temps charismatique et impitoyable.

Le test Bechdel:

Il y a bien plusieurs personnages féminins portant un nom, mais elles n’ont jamais de vraies conversations entre elles. Raté !

En résumé, ce film n’est pas forcément une perte de temps (c’est un peu facile, je sais). Mais cela reste un film de divertissement, très loin du manteau de la critique sociétale dont il semblait vouloir se parer. Avec du pop-corn, ça passe bien.

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5 réflexions sur “« Time out », quand on n’a pas de temps, on a des jambes

  1. Bon,je t’avoue qu’en tant que divertissement, il me tente plutôt, car j’aime bien l’idée de base, comme toi. Pour le reste… tu m’as prévenue, je n’en attendrai pas plus !

    1. Alors franchement, il passe très bien le temps ce film, c’est juste que si on compare avec les autres films du réalisateur, c’est un peu moyen…

    1. C’est clair que sous une couverture, par un jour pluvieux, il est plutôt sympa, c’est juste que je m’attendais à beaucoup plus, au vu de la filmo d’Andrew Niccol

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