Les filles de l’ouragan / Joyce Maynard

Critique du dernier livre de Joyce Maynard, toujours situé dans une Amérique profonde et campagnarde avec pour personnages principaux deux femmes au parcours de vie complexe.

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Ruth et Dana sont nées le même jour, dans la même petite ville, dans le même hôpital, mais dans des familles radicalement différentes. Ruth vient d’une famille d’agriculteurs très chrétienne et Dana d’une famille d’artistes particulièrement instable. Malheureusement pour elles, c’est Ruth qui aspire à devenir une artiste et Dana qui est attirée par la terre et son travail. Le chemin des deux «sœurs d’anniversaire» ne va cesser de se croiser de leur enfance à l’âge adulte, dans leurs moments de joie, comme dans leurs moments de douleur, pour se rendre compte, un jour, qu’elles ont plus en commun qu’une date d’anniversaire.

1Ayant passé un excellent moment en compagnie de «Long weekend» de Joyce Maynard, j’étais très tentée de lire une autre oeuvre de cette auteure. C’est chose faite grâce à la proposition de lecture commune de Lydie et ses livres (sa critique ici) pour «Les filles de l’ouragan».

Je dois avouer que le début du roman a été plutôt déroutant pour moi. Ce qui m’a dérangé ? Que l’on devine, en quelques pages à peine, le lien mystère des deux femmes. Le quatrième de couverture évoque un secret et très rapidement les deux femmes expliquent qu’elles ne se sentent pas à l’aise dans leur famille, qu’elles n’ont jamais eu l’impression d’y appartenir. Si on ajoute à cela le fait qu’elles sont toutes deux nées le même 4 juillet, dans le même hôpital…Comme moi, j’imagine que vous aurez deviné quel est le secret de Ruth et de Dana. J’ai trouvé cela assez inquiétant pour la suite de la lecture, car je craignais que le livre ne repose entièrement sur la révélation de ce secret. Ce qui, heureusement, s’est révélé faux.

«Les filles de l’ouragan» est le récit du destin complexe de deux fillettes, puis femmes, mal à l’aise dans leur famille (d’un côté chrétienne, conformiste et étouffante, de l’autre instable et disloquée) et de leur capacité à évoluer, malgré les difficultés et les sentiments amers de l’enfance. Le livre est une réelle réflexion sur la famille et sur les liens que l’on tisse, mais surtout sur ceux que l’on ne tisse pas et qui souvent sont une source de souffrance. C’est aussi un roman sur le pardon (et la difficulté de l’accorder, malgré les années qui passent) et la perte de l’être aimé.

Comme pour «Long weekend», Joyce Maynard excelle dans la représentation de l’adolescence et de ses errances (amour, identité, découverte de la sexualité, homosexualité). La forme du récit, raconté à la première personne alternativement par Ruth et Dana, permet au lecteur de se sentir proche des personnages qu’il suit pendant plus de 50 ans.

«Les filles de l’ouragan» est un roman agréable à lire, auquel on reste accroché, happé par l’envie de connaitre l’évolution de Ruth et de Dana. Car, malgré le secret révélé de manière très anticipée, le roman garde un certain suspense qui ne repose pas sur la révélation au lecteur, mais plutôt sur l’attente de la révélation aux protagonistes et sur l’impact que celle-ci aura sur leur vie. On appréciera également le portrait de l’Amérique profonde des années 1950 à nos jours entre champs de maïs à perte de vue, Guerre du Vietnam, Woodstock et disparition des petites exploitations agricoles.

En résumé, deux beaux récits de vie féminins qui ne manqueront pas de happer le lecteur, malgré une toile de fond pas forcément originale.  

Joyce Maynard, Les filles de l’ouragan (titre original: The Good Daughters), Paris: Éditions 10/18, 2012, 360 pages.

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8 réflexions sur “Les filles de l’ouragan / Joyce Maynard

    1. Merci à toi ! C’est vrai que c’était une lecture sympa. Je vais probablement lire « et devant moi, le monde » de Maynard qui est apparemment un livre assez polémique !

  1. Je viens de lire l’avis de Lydie. Il me plairait de découvrir cette auteure. Il est effectivement un peu génant de comprendre le secret de famille en début de livre. L’auteur doit alors intéresser sur autre chose. Elle ne semble pas si mal y parvenir même si c’est un peu classique.

    1. Je te conseille vivement Joyce Maynard. Ce sont des livres faciles à lire tout en étant de très bonne qualité. Je te conseillerais plutôt Long weekend, perso il m’a plus touché que Les filles de l’ouragan. Mais après c’est des goûts et des couleurs

    1. Ben disons que de mon côté j’étais juste un peu embêtée par la toile de fond (un échange de bébé à la naissance) qui fait un peu téléfilm de l’après-midi sur M6. Mais, cela reste un très bon roman, très touchant (j’ai beaucoup aimé l’histoire d’amour entre Dana et Clarisse).

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