Chez soi: une odyssée de l’espace domestique / Mona Chollet

Parfois, il y a des livres dans ta pile à lire qui attendent juste le bon moment pour être ouverts!

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Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir. Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de «famine temporelle» qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question «Qui fait le ménage ?», persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs… Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré: pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

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Le jour où j’ai acheté ce livre, je n’imaginais pas que viendrait un temps où la notion du «chez soi» deviendrait si primordiale. Effectivement, on est en pleine crise du coronavirus et je viens de lire «Chez soi» de ma compatriote Mona Chollet. Pour information, je vous écris de Suisse, donc je ne suis pas en confinement strict, mais, à part que je peux sortir de chez moi pour faire un tour à pied si je le souhaite, la situation est très proche de ce qui se passe en France ou dans d’autres pays voisins.

Dans cet essai, Mona Chollet analyse l’espace domestique sous 7 angles différents:

  • les reproches que l’on fait aux casaniers qui sont vus comme des personnes ennuyeuses
  • le fait qu’Internet modifie passablement la frontière entre son espace domestique et le monde
  • l’espace que l’on a dans son chez soi: les tiny house Vs les demeures gigantesques
  • le fait que notre société dévore notre temps et que l’on n’arrive plus à profiter de notre domicile
  • l’association des femmes à l’espace domestique et la charge de travail qu’il représente pour elles
  • le fait que l’on associe le foyer à la famille nucléaire, alors qu’il existe d’autres manières d’habiter
  • l’imaginaire collectif de la maison idéale indépendante, loin de tout, alors que c’est une façon d’habiter inefficace et gaspilleuse d’énergie.

J’ai beaucoup aimé lire cet essai. Il est particulièrement bien écrit, structuré et passionnant. Il pousse à reconsidérer le domicile, le «chez soi», sous un autre angle. Cet endroit que l’on considère comme acquis, que l’on ne regarde parfois même plus et dont on oublie qu’il est une production sociale et pas forcément la meilleure solution pour nous. C’est bien sûr un essai engagé qui rappelle que tous devraient avoir un toit, un endroit rassurant où abriter ses souvenirs et que la belle architecture ne devrait pas être réservée aux riches.

«Que l’on considère le temps comme une chose inerte, ayant vocation à être «occupée», «remplie» ou «utilisée», contribue à expliquer l’incompréhension à laquelle se heurtent les casaniers. Leur entourage présume qu’ils ne peuvent que s’ennuyer mortellement, alors que, en s’extrayant de la course folle du monde, ils font l’expérience de la nature et de la texture vivantes du temps».

«J’aime assez l’image à laquelle recourt l’architecte américain Christopher Alexander: si une personne ne dispose pas d’un territoire propre, attendre d’elle qu’elle apporte une contribution à la vie collective revient à « attendre d’un homme qui se noie qu’il en sauve un autre».

En résumé, un très bel essai qui ouvre les yeux sur tout ce que représentent nos «chez nous»!

Mona Chollet, «Chez soi: une odyssée de l’espace domestique», chez Zones et La Découverte Poche, gratuitement et légalement en ligne ici.

5 réflexions sur “Chez soi: une odyssée de l’espace domestique / Mona Chollet

  1. C’est un essai que j’ai envie de lire depuis un moment et que je regrette de ne pas avoir dans ma biblio actuellement. Je sais qu’il est disponible en ligne, mais je sens que c’est le genre de livre que je voudrais pouvoir annoter.

    Ton avis ne fait que confirmer mon intérêt. Le ton de l’autrice est-il plus « doux » que dans Beauté fatale ou pas nécessairement ?

    1. Mmh c’est pas facile de répondre. Je dirais que les deux premiers chapitres on un côté plus philosophique que le reste qui est sociologique. Ça reste un livre très engagé, mais peut-être moi énervé 😉

  2. Je suis en train de le ligne en ligne et effectivement, il regorge d’idées intéressantes. Contente que tu aies apprécié cette lecture !

  3. Bonjour,
    Cet essai est excellent ! Je partage avec vous ma chronique et mes inspirations issues de cette riche lecture : https://miscellanees-immobilier.fr/2020/04/17/covid-19-confinement-penser-lhabitat-grace-a-mona-chollet
    J’ai choisi 3 axes au regard du contexte actuel : pour confiner, il faut habiter + la tiny house + les dessins de maisons.

    Je me permets également de vous faire découvrir le site Missives, « Des livres osés et féministes au sens large » et mes critiques de quelques ouvrages qui pourraient vous intéresser (parmi tant d’autres !) : http://www.lesmissives.fr/index.php/author/lolitagillet

    1. Effectivement, l’essai doit être encore plus parlant quand on connaît le domaine de l’immobilier, ce qui n’est pas mon cas ! Merci pour ce partage!

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