Regarde les lumières mon amour / Annie Ernaux

Entre novembre 2012 et octobre 2013, l’écrivaine Annie Ernaux a rédigé un journal racontant ses passages à l’hypermarché Auchan de Cergy dans le centre commercial des Trois-Fontaines. L’autrice raconte son expérience des grandes surfaces et l’analyse qu’elle fait de ce lieu à la fois banal et particulier. Effectivement, les supermarchés ont cette capacité incroyable de réunir presque tout le monde tout en conservant les stratifications sociales: le rayon bio, le rayon discount, le rayon électronique administré uniquement par des hommes, etc.

Je ne pouvais pas me passer de l’avis d’Annie Ernaux, quintessence de l’écrivaine sociale, sur les super-hyper-marchés. Pour moi, ces lieux sont la concentration de sentiments violemment contradictoires. Ils sont à la fois satisfaisants, permettent de tout trouver au même endroit, dans une grande variété. Mais, cette espèce de concentration impersonnelle, souvent coupée de la lumière du jour, a un côté également très angoissant pour moi.

Dans cet essai très court, Annie Ernaux analyse le supermarché comme une loupe grossissante de la société, un temple du capitalisme où l’on retrouve les clichés de genre, le racisme et les classes sociales. Un endroit à la fois très universel (même s’il existe des personnes extrêmement favorisées qui n’ont probablement jamais approché un supermarché) et peu représenté dans les arts en général. L’écrivaine fait deux suppositions de cette invisibilité du supermarché: le fait que « faire les courses » est une tâche domestique féminine donc considérée comme mineure et inintéressante ou la réalité sociale des écrivain.e.s françaises classiques jusqu’aux années 1970 qui appartenaient plutôt à la bourgeoisie parisienne où les supermarchés n’étaient pas encore implantés.

À la « sortie sans achat », le regard du vigile sur les mains, les poches. Comme si repartir sans aucune marchandise était une anomalie suspecte. Coupable de facto de ne rien avoir acheté.

En résumé, un essai qui permet de jeter un autre regard sur un lieu du quotidien.

Annie Ernaux, «Regarde les lumières mon amour», Collection Raconter la vie, Editions du Seuil, 2014.

2 réflexions sur “Regarde les lumières mon amour / Annie Ernaux

  1. Ça a l’air très intéressant ! Je lis régulièrement des essais et c’est vrai qu’un essai sur les grandes surfaces, je n’y aurais pas pensé alors que je me suis moi-même dit que ce devait être un sujet d’étude et de réflexion intéressant ; je me le note ! Merci pour la découverte.

    1. Oui c’est très intéressant, après c’est très très court et ça mériterait plus d’approfondissement mais ce n’était pas le but de l’autrice. Mais c’est toujours passionnant quand on éclaire sous une nouvelle lumière un endroit banal ou une situation quotidienne.

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