Ne suis-je pas une femme ? / bell hooks

Découverte de bell hooks et de son essai sur le statut des femmes afro-américaines à travers l’histoire.

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Dans cet essai, bell hooks¹, met au centre le vécu des femmes noires américaines, car ces dernières ont été les grandes oubliées du féminisme, concentré sur les femmes blanches, et du mouvement des droits civiques, concentré sur les hommes noirs. Partant de l’esclavage, elle décrypte comment la société américaine et son capitalisme patriarcal a empêché toute ascension, toute valorisation des femmes afro-américaines.

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Quand on voit que cet essai publié en 1981 aux Etats-Unis n’a été traduit qu’en 2015 en français, on comprend qu’effectivement le statut des femmes noires à un sérieux problème de prise de conscience en France (je ne m’exprimerai pas pour la Suisse, mais je pense que la situation est semblable). C’est d’ailleurs ce que souligne Amandine Gay qui s’exprime dans la préface de ce livre en rappelant que traduire c’est rendre accessible, chose que l’on a tendance à oublier quand on a la chance d’avoir fait des études supérieures. Au delà de ce retard de publication édifiant, passons au contenu de l’essai.

Le contenu de l’essai est très américano-américain, mais malgré cela je pense que chacun pourra y faire des parallèles avec son pays de résidence. Le livre étant très riche en exemples et en citations, je vais pour vous en parler de manière concise en donnant quelques exemples de clichés que cet essai déboulonne.

Les femmes esclaves étaient mieux traitées que les hommes esclaves

Beaucoup de personnes ont en tête que l’esclavage a surtout détruit les hommes noirs, que les femmes esclaves étaient mieux traitées, notamment en temps qu’employées de maison. C’est en réalité totalement erronée. Effectivement, les femmes esclaves n’étaient pas toutes employées de maison. La plupart exécutait les mêmes tâches que les hommes, tout en n’ayant jamais l’espoir de monter dans la «hiérarchie des esclaves», ce qui était permis aux hommes. De plus, les esclaves employées de maison n’étaient pas mieux traitées, ni moins cruellement battues. Ces femmes esclaves étant les seules personnes sur lesquelles les femmes blanches pouvaient exercer leur autorité, elles ne s’en privaient pas. Ajoutons à cela, le risque perpétuel de viol, quasi-absent pour les esclaves hommes, par les maîtres, par les enfants du maître et par les autres esclaves.

Le mouvement de droits civiques concernait toutes les personnes noir.es

bell hooks rappelle que beaucoup de leader du mouvement des droits civiques comme Martin Luther King ou Malcolm X avaient une vision très conservatrice du rôle des femmes et souhaitaient qu’elles ne soient là qu’en soutien et non à l’avant-garde du mouvement. Il y aura d’ailleurs chez les Black Muslims, une volonté ferme de contrôler la sexualité des femmes noires. Un statut inférieur qui sera longtemps acceptée par beaucoup de femmes noires, car on leur avait toujours dit de se méfier des hommes blancs et pas des hommes noirs. Mais aussi, parce que ce statut de digne femme au foyer semblait plus valorisant que l’image qui leur collait à la peau dans la société américaine: femmes tentatrices, à la sexualité débridée.

Les femmes noires ne sont pas intéressées par la libération des femmes

Comme évoqué précédemment, on a pu voir que le mouvement des droits civiques était focalisé sur les hommes. Mais on peut ajouter à cela que les mouvements féministes étaient focalisés sur les femmes blanches. De plus, ces femmes blanches refusaient souvent de reconnaître leurs privilèges de Blanches et leur participation à l’oppression raciale. Elles considéraient que parler du racisme, c’était diviser le mouvement. De plus, au plus fort de la ségrégation raciale, le racisme avait tellement d’empreinte sur le quotidien des femmes noires, que le sexisme semblait être un problème de seconde zone. Ainsi, les femmes noires ne trouvaient par leur place dans les mouvements féministes d’ampleur et s’en distanciaient ou créaient leur propre groupe féministe.

C’est un aperçu très sommaire du contenu de l’essai de bell hooks, mais si je ne devais retenir qu’une chose c’est qu’elle rappelle que le féminisme ce n’est pas obtenir les privilèges des hommes blancs, mais une vraie révolution qui vise à renverser le capitalisme et le patriarcat qui oppresse chaque être humain. Et qu’il faut se souvenir, qu’à part quelques privilégiés qui dirigent le monde, nous sommes pour beaucoup à l’intersection d’une ou plusieurs discriminations qui agissent à la fois de manière simultanée et indépendante parce que nous sommes des femmes, parce que nous sommes pauvres, parce que nous ne sommes pas hétérosexuel.les, parce que nous ne sommes pas blanc.hes, parce que nous sommes étrangers, etc.

En résumé, un essai passionnant qui donne un tout autre regard sur l’histoire des femmes afro-américaines. Un essentiel!

bell hooks, «Ne suis-je pas ne femme?: femmes noires et féminisme» (titre original: Ain’t I A Woman: Black women and feminism), chez Cambourakis, 2015 (1981).

¹Cette graphie sans majuscule est un choix de l’autrice.

Lu dans le cadre du Feminibooks Challenge:

feminibooks challenge

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