La tache / Philip Roth

Philip Roth est considéré par certains comme un des plus grands écrivains américains vivants. Une appellation qui rend la lecture d’une de ses œuvres presque inévitable, non?

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Coleman Silk, un vieux professeur d’université retraité, conte son histoire à Nathan Zuckerman, un écrivain. Coleman souhaite que Nathan raconte le déshonneur dont il a été victime lorsqu’il enseignait à l’université d’Athena. Effectivement, Coleman a été poussé à prendre une retraite anticipée à la suite d’accusations fallacieuses de racisme. L’écrivain va alors se renseigner sur la vie de Coleman Silk, un homme intrigant au passé comme au présent.

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Entre Philip Roth et moi, cela s’est mal passé. Pas parce que «La tache» est un mauvais livre, mais plutôt parce que, malgré des thématiques complexes et intéressantes, l’écriture de Philip Roth représente tout ce que je déteste.

«La tache» raconte comment le doyen Coleman Silk, pour avoir utilisé un mot malheureux durant l’un de ses cours, a subi une véritable cabale. Mais, cet homme, comme le découvrira Nathan l’écrivain, est une personne avec un secret; un secret qui l’a conduit à réinventer sa vie.

Mais, il y a plus qu’une «histoire de secret» dans «La tache». C’est un livre riche qui aborde deux thèmes en particulier: la problématique du politiquement correct et l’obsession de la pureté. Le point de départ du livre est l’affaire Lewinsky et le déferlement puant de quidams offusqués par les petites affaires du président Clinton. Roth considère que l’Amérique est obsédée par la pureté, alors que la salissure, l’imperfection fait partie des êtres humains. L’auteur s’offusque également que l’on s’attarde sur des affaires comme celle citée plus haut, alors que l’on laisse passer d’autres indécences: les ravages de la Guerre du Vietnam sur ceux qui y ont participé, l’extrême précarité de certains, par exemple. Les personnages principaux de «La tache» sont un exemple de cette «salissure». Ils ont tous, à un moment, eu des comportements répréhensibles sans être pourtant des personnes foncièrement irrécupérables.

Malgré ces qualités, l’écriture de Philip Roth a totalement gâché ma lecture. «La tache» est un livre verbeux, répétitif, où tout est expliqué et ré-expliqué, avec très peu d’action pour un nombre de pages élevé. De plus, j’ai trouvé le portrait psychologique d’un des personnages (Delphine, la «méchante du livre») franchement simpliste. Il faut savoir que Philip Roth est régulièrement taxé de sexisme. J’aurais bien de la peine à trancher, mais dans «La tache» le point de vue est effectivement très masculin et la construction des personnages féminins s’en ressent.

En résumé, malgré des qualités indéniables, difficile de recommander ce roman. Mais peut-être que le style de Roth trouvera des amateurs parmi vous!

Philip Roth, La tache (titre original: The Human Stain), chez Gallimard et Folio.

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4 réflexions sur “La tache / Philip Roth

  1. J’adore Philip Roth, mais franchement, c’est nettement mieux en anglais. Pour moi, « La tache » (sans accent circonflexe, c’est la tache qui tache, pas la tâche qu’on accomplit) est un des ses livres les plus aboutis. Et c’est marrant, je suis féministe et j’ai lu pratiquement tout Philip Roth (qui est pour moi un des plus grands écrivains contemporains de langue anglaise avec Salman Rushdie), je ne l’ai jamais trouvé sexiste !

    1. Aïe aïe, je fais cette faute tout le temps, pas parce que je fais pas la différence, mais parce que mon accent jurassien fait que j’allonge les voyelles…Mais tout est corrigé! Alors, j’ai trouvé le livre au CSP en occas’, c’est pour ça que je l’ai en français. Effectivement au début du livre quand le narrateur parle du « mot » employé pour désigner les étudiants noirs, on se rend compte que la traduction est assez compliquée. Le traducteur est obligé de faire un note de bas de pages, etc. Après je ne sais pas si j’aimerais plus en anglais, car j’aime bien les auteurs « qui en disent beaucoup avec peu de mots », à part pour des auteurs classiques comme Zola, et je trouve que Philip Roth passe sont temps à réexpliquer des choses évidentes. Pour la mysoginie, comme je l’ai dit, j’aurais de la peine à trancher, je dirais juste que la psychologie simpliste et très clichée du personnage de Delphine Roux, m’a un peu dérangé, mais comme de manière général j’ai eu de la peine avec le livre, je pense que c’est un peu noyé dans cette irritation. Peut-être que j’en testerais un autre une fois. L’autre grand classique c’est « la pastorale américaine », il me semble?

      1. C’est marrant, parce que que La Pastorale Américaine, c’est le seul que je n’aime pas ! Sinon il y a le Complexe de Portnoy, qui est un de ses premiers romans et que j’adore. Et puis une dystopie extraordinaire, Le Complot contre l’Amérique.

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