L’Arbre-monde / Richard Powers

Neuf personnages, leurs liens aux arbres et à la nature durant près de plus de cent ans d’histoire. C’est le récit foisonnant et tortueux comme une forêt primitive que propose «L’Arbre-monde». Ils et elles sont scientifiques, psychologues, artistes, étudiant.e.s, ingénieur.e.s, game designer et vont chacun, à leur façon, défendre le vivant face à la voracité de l’humain.

Abasourdie, ce fut mon état en refermant ce roman-fleuve de Richard Powers. Quelle construction! Quelle richesse! Je n’imagine même pas les travaux préparatoires nécessaires pour écrire ce genre de roman. Et surtout quelle belle première lecture de l’année!

Ce qui m’a attiré vers «L’Arbre-monde», c’est principalement son aspect roman-chorale. Mais, j’étais intriguée par le sujet: notre relation à la nature, particulièrement aux arbres. Richard Powers utilise, pour «donner une voix» à ses arbres, les recherches récentes qui montrent que les arbres communiquent entre eux, notamment au travers des réseaux mycorhiziens. Ces réseaux permettent notamment aux végétaux de s’entraider ou de se prévenir d’une attaque de nuisibles. Ainsi, Richard Powers fait des arbres plus qu’un bel élément de décor, mais des êtres doués d’une forme d’intelligence qui vivent dans une temporalité différente. Effectivement, du point de vue d’un arbre, de sa taille et de sa longévité, les humains sont plus proches d’un moucheron. Imaginez que le plus vieil arbre du monde a 9550 ans!

L’auteur rend également hommage aux arbres en donnant à son roman leur structure: les racines qui racontent l’origine des personnages, le tronc où les trajectoires se rejoignent, la cime où les destins suivent leur propre chemin et les graines qui assurent la continuité. Si le roman s’attarde sur le végétal, il ne fait pas l’impasse sur l’humain. Les neuf personnages de «L’Arbre-monde» sont passionnants, imparfaits et touchants. Les thématiques abordés au travers d’eux sont innombrables: le deuil, la honte, la solitude, mais aussi la créativité, le sacrifice et l’espoir.

Le roman, comme vous l’aurez deviné, est un plaidoyer pour que l’humain prenne du recul et constate les dégâts de l’Anthropocène. A noter que l’auteur réussit l’exploit de ne pas être moralisateur. Cependant, si vous êtes du genre pessimiste, le roman risque de ne pas vraiment vous aider (je suis team #mysanthrope #onvatouscrever, donc c’était angoissant), même si Richard Powers conclue sur une note positive. Son roman faisant office de petite graine qui vient se planter dans votre esprit pour vous rappeler que, malgré votre sentiment de toute puissance sur le vivant, il y a de grandes chances que la planète survive aux changements climatiques et pas vous…

En résumé, une œuvre qui vous laissera pantois.e par son savoir, son engagement et sa justesse!

Richard Powers, «L’Arbre-monde» (titre original anglais: The Overstoty), chez Le Cherche-midi et chez 10/18, 2018.

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