La fille de la supérette / Sayaka Murata

Depuis l’enfance, Keiko Furukura a toujours été décalée, en classe et dans sa vie sociale. Mais, elle trouve un travail rassurant et répétitif qui lui convient: vendeuse dans un konbini, un magasin japonais ouvert 24h/24h. Keiko va y travailler durant depuis dix-huit ans, au grand dam de son entourage qui s’inquiète de son célibat et de ce travail tout en bas de l’échelle sociale. Keiko, malgré sa résistance, se sent écrasée par le regard que la société porte sur elle et va prendre des décisions peu judicieuses.

«La fille de la supérette» (aussi intitulé «Konbini» selon les éditions) est un court roman qui a rencontré un grand succès et reçu l’équivalent japonais du Goncourt. J’ai donc été curieuse de le découvrir.

Keiko est un personnage intrigant, car elle est dans l’incapacité de se fondre dans la masse. Ce n’est pas évoqué, mais on suppose qu’elle a une forme de neuroatypie. Son décalage est particulièrement frappant durant son enfance où sa différence s’exprime avec franchise et violence…au grand désespoir de tout le monde…Elle va alors trouver refuge dans un lieu qui a pour règle l’ordre et la répétition, où les relations sociales sont codées et encadrées: une supérette.

Ce lieu va devenir son univers, puisque qu’en dehors de son travail, elle ne fréquente que sa sœur et quelques amies d’école qui ne peuvent pas s’empêcher de lui rappeler que son travail est indigne et qu’elle sera bientôt périmée pour se marier et avoir des enfants. Une pression qui va pousser Keiko à relationner avec un homme toxique, mais qui a, comme point commun avec elle, d’être décalé et rejeté.

L’autrice emploie un ton un peu détaché et cynique, à l’image de l’état d’esprit de Keiko qui se voit comme observatrice du monde. Je trouve le roman court et puissant dans sa dénonciation de la société japonaise. Une société où la pression à la conformité est très forte, où les hommes doivent réussir et les femmes être des épouses et des mères parfaites. Sortir du schéma, c’est s’exposer à l’opprobre. A noter que Sayaka Murata a longtemps travaillé dans un konbini, comme son héroïne, afin de pouvoir se consacrer à l’écriture le reste du temps.

En résumé, un roman doux-amer et engagé.

Sayaka Murata, «La fille de la supérette» (titre original japonais: コンビニ人間), chez Denoël et Folio, 2018.

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