Sortir du trou, lever la tête / Maïa Mazaurette

Mal en point, la sexualité contemporaine ? Désenchantée, tout au moins. Perturbée par les questions soulevées par le mouvement MeToo, mais aussi par la baisse internationale de libido, les enjeux de pouvoir, les injonctions irréalistes. Avec, pour résultat, une immense lassitude. La faute à qui, à quoi ? A une sexualité pensée comme une affaire d’orifices, à un imaginaire qui réduit les femmes à un vide à combler, alors qu’elles possèdent un sexe, pulsant, puissant. La première partie de cet essai, « Sortir du trou », analyse comment l’Histoire, la culture et la psychanalyse ont réduit nos pratiques à peau de chagrin. Mais parce qu’un pamphlet ne nous fera pas retrouver le chemin du plaisir, vous pouvez retourner ce livre. « Lever la tête » propose une ars erotica optimiste, pratique, ambitieuse, centrée sur la fantaisie et l’éthique. Au programme : une sexualité solaire, radieuse, à la portée de chacun. Une autre sexualité est possible, il suffit de la faire advenir. Sortir du trou explique pourquoi. Lever la tête révèle comment.

J’ai acheté cet essai de Maïa Mazaurette suite à son passage dans les épisodes 54 et 55 du podcast «Les Couilles sur la table». Je vous recommande d’ailleurs fortement l’écoute de ces épisodes (et des autres, de manière générale)! «Sortir du trou, lever la tête», c’est un essai impertinent, un manifeste pour une révolution sexuelle.

«Sortir du trou, lever la tête» est un essai en deux partie. La première partie «Sortir du trou» fait un constat échaudé de la sexualité de nos jours. Une sexualité obsédée par la pénétration et bourrée de préjugés sexistes reposant sur la passivité des femmes (qui ne sont qu’un trou) et l’agressivité des hommes. Une sexualité totalement polluée par des représentations faussées de scènes de sexe passionnées qui aboutissent à une pénétration en 5 minutes et un orgasme simultané. Des préjugés ignorants qui donnent l’impression que les femmes sont des êtres compliqués, qui ont moins de désir, alors que, si l’on analyse la situation, beaucoup d’hommes ne font pas l’effort de se rendre désirables, ne s’érotisent pas. Alors, qu’au contraire, les femmes sont incitées à être en permanence belles et désirables: quand elles font du sport, au travail, deux jours après avoir accouché, etc.

Elle relève aussi comment le fait de pimenter la sexualité repose presque toujours sur les femmes qui sont tenues de se soigner, d’acheter moult lingerie, mais aussi d’être ouvertes et d’accepter des pratiques qui peuvent les mettre mal à l’aise voir leur faire mal, comme les plans à trois (toujours avec une autre femme, surtout pas un autre homme), du bondage, des sodomies, etc. L’autrice n’est pas prude et ne pointe pas du doigt ces pratiques. Ce qu’elle dénonce c’est que les efforts sont toujours demandés aux femmes et que la plupart des hommes hétérosexuelles refuseraient de rendre la pareille. L’autrice regrette aussi une pollution de l’imaginaire érotique par la pornographie qui repose presque toujours sur des scénarios où on domine, où on humilie.

La deuxième partie «Lever la tête» se consacre au potentiel d’amélioration de notre sexualité, mais pas en faisant des acrobaties, des plans à 48 ou en achetant des menottes. Non, ici tout repose sur le consentement enthousiaste, la verbalisation, la confiance et l’érotisation de soi. Cette partie de l’essai demande un changement de point de vue, de se rendre compte que la sexualité n’est pas quelque chose de sombre et de sale, mais peut être quelque chose de joyeux et de solaire.

De manière générale, je suis totalement d’accord avec les propos de l’autrice. Par contre, j’ai eu de la peine avec la forme. Je tiens à préciser que mon point de vue est celui de quelqu’un qui lit énormément d’essais féministes et qui a peut-être moins de patience pour la lecture d’informations que je considère comme évidente aujourd’hui. Cependant, j’ai trouvé le style d’écriture parfois lourd. L’autrice à tendance à se répéter et elle donne l’impression de rire à ses propres blagues. J’ai aussi l’habitude des essais plus universitaires avec des citations, des études, des chiffres. Ainsi, même si j’ai tout à fait confiance dans ce que dit l’autrice, cela classe plutôt cet essai dans la catégorie des manifestes pour moi. Mais, je me rends compte que l’aspect non-académique peut être un atout pour les personnes qui pourraient être intimidées par un essai avec une bibliographie de 20 pages et des notes de bas de page partout.

En résumé, un manifeste impertinent sur la sexualité, mais l’écoute des deux podcasts peut suffire à résumer le propos en évitant les longueurs du livres.

Maïa Mazaurette, «Sortir du trou, lever la tête», chez Anne Carrière et Le Livre de Poche, 2020.

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