Fille, femme, autre / Bernardine Evaristo

Londres, de nos jours. Amma, dramaturge, la cinquantaine, se rend à la première de sa dernière pièce au National Theatre. Pour cette militante, noire, lesbienne et figure de la scène alternative, c’est une consécration. Dans la salle, plusieurs autres femmes attendent que le rideau se lève: Yazz, sa fille, une millenial engagée; Shirley, une vieille copine d’école devenu institutrice et aigrie; Carol, une jeune femme issue d’une famille défavorisée devenue banquière à la City et d’autres. A travers ce roman, l’autrice fait le portrait de 12 femmes afro-descendantes, jeune ou âgée, urbaine ou rurale, hétérosexuelles, lesbiennes ou trans.

Je peux déjà affirmer que «Fille, femme, autre» sera dans mes coups de cœur de l’année. C’est effectivement une œuvre qui a une particularité que l’on trouve dans la plupart des grands livres: parler du particulier et de l’universel à la fois. L’autrice part d’un sujet très situé socialement: les femmes britanniques appartenant à la diaspora africaine ou descendantes de celle-ci. Elle aborde notamment la façon dont leurs obstacles communs, le racisme et le sexisme (en plus de l’homophobie pour certaines), influencent leur vie. Certaines rentrent «dans le moule», d’autres se rebellent et restent le poing levé. Mais n’importe qui pourra se reconnaitre dans ce roman et dans un ou plusieurs de ces personnages parce qu’il raconte des destins universaux: les aspirations, la recherche de bonheur et d’identité, les échecs, les désillusions, mais aussi les réussites.

Bernardine Evaristo, même si elle parlent de nombreux sujets plutôt graves, garde un ton assez léger qui manie le sarcasme et l’ironie. L’autrice offre une écriture étonnante, très vive, sans pause, qui s’affranchit des majuscules et de la ponctuation. Si cela peut être perturbant au début, cela devient rapidement presque naturel, tellement les voix des différentes femmes s’entremêlent bien.

«Fille, femme, autre», c’est un roman à la fois radical et réconciliant parce que, s’il fait le portrait de femmes la plupart militantes, il montre également qu’on peut toujours être le conservateur de quelqu’un. Notamment Amma, dramaturge underground tendance punk, qui se retrouve déroutée par sa fille qui lui parle de fluidité de genre et par d’autres militantes, notamment trans, qui la trouve transphobe, car elle organise des évènements réservés aux femmes. En ces temps d’intransigeance, ce livre souligne à quel point nous sommes tous parfois contradictoires, paradoxaux et imparfait.e.s.

En résumé, une pépite à lire absolument !

Bernardine Evaristo, «Fille, femme, autre» (titre original anglais: Girl, Woman, Other), chez les éditions Globe, 2020.

Une réflexion sur “Fille, femme, autre / Bernardine Evaristo

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s