Dalva Jim / Jim Harrison

Nebraska, années 1980. Dalva, 45 ans, en pleine réflexion identitaire, retourne vivre dans le ranch familial. Elle repense à l’homme qu’elle a aimé, à l’enfant dont elle a accouché à 14 ans et qu’elle a dû abandonner. Parallèlement, son ami Michael se rend avec elle dans le Nebraska pour analyser les archives de la famille de Dalva, dont le destin a été intimement lié à celui des tribus indigènes de la région.

Sur le papier, «Dalva» avait tout pour me plaire. Il est écrit par Jim Harrison, un écrivain qui raconte l’Amérique profonde, rurale, celle des grands espaces. Une thématique pour laquelle je suis une très bonne cliente. En plus, le quatrième de couverture disait qu’on y abordait également le destin des Sioux. Bien que le roman aborde effectivement tous ces thèmes, ce fut une lecture pénible.

Si le roman suit une femme forte, au passé mouvementé, durant son retour vers le ranch familial et forcément vers ses souvenirs et ses regrets, le personnage manque de subtilité et de cohérence. Il y a un gros hiatus entre la personnalité de Dalva et ses agissements. Comment une femme si forte, sûre d’elle, intelligente, peut-elle être entourée d’hommes si inutiles (le plus grand des inutiles étant Michael…) ? Je veux dire, cette femme est si charismatique qu’elle a en permanence le monde à ses pieds, mais par contre, elle se laisse entourer de personnes sans intérêt et semble toujours incertaine. Bien sûr, les êtres humains sont paradoxaux et pas toujours cohérents, mais à ce niveau-là c’est du dédoublement de personnalité!

Si je suis autant irritée par Michael, c’est parce que le chapitre central du livre est entièrement écrit de son point de vue et c’est à travers ses yeux que l’on découvre le journal de l’arrière-grand-père qui a suivi de près la dépossession des indigènes par le gouvernement américain. Si les archives familiales sont fascinantes, le commentaire de Michael est inintéressant au possible. Au point que je lisais uniquement les retranscriptions des écrits de l’arrière-grand-père et sautait les passages qui donnaient la parole à Michael. Je n’ai rien contre le fait de suivre des personnages désagréables ou immoraux, c’est même plutôt quelque chose que j’apprécie. Mais là, on est face à un personnage qui n’a rien à dire (en plus d’avoir un rapport très problématique aux femmes) et qui permet uniquement d’amener artificiellement les archives dans le récit.

Si l’écriture de Jim Harrison est plutôt belle et si on a envie de se plonger dans les paysages décrits, il verse souvent dans le cliché («je suis triste, alors j’enfourche mon cheval et je galope les cheveux au vent…»).

En résumé, un roman qui m’a déçue en noyant l’histoire familiale de Dalva et le destin des Sioux dans une nuée de clichés et de personnages plus inutiles les uns que les autres.

Jim Harrison, «Dalva», chez Christian Bourgeois et 10/18, 1988.

2 réflexions sur “Dalva Jim / Jim Harrison

  1. J’étais curieuse de lire ton avis sur ce roman. J’ai vu que tu lui avais mis une note moyenne sur livraddict. J’avoue que cela me refroidit un peu, il est dans ma PAL depuis longtemps, je l’avais commencé puis abandonné avant de me dire bien sûr, je vais le reprendre… Bon, du coup, il redescend un peu ma PAL 😉

    1. Pour moi ça été vraiment décevant parce qu’il y avait les ingrédients qui me plaisent. Mais, la construction des personnages est problématique. Je trouve qu’on sent vraiment que c’est un homme qui a écrit le récit et ça donne un peu l’impression que cette Dalva est plus un fantasme (#Je suis sublime, indépendante, intelligente, mais dans le fond je suis une pauvre chose qui a besoin qu’on la rassure et joue la Mère Theresa pour des abrutis) qu’un personnage cohérent. Et le fait d’être un écrit vain homme n’est pas une excuse car il y en a qui sont tout à fait capable d’écrire des personnages féminins réalistes.

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