Chroniques du Pays des Mères / Elisabeth Vonarburg

Plongée dans un univers post-apocalyptique, féministe et passionnant!

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Dans un futur lointain. Une région, après avoir vécu un cataclysme écologique, ainsi que plusieurs guerres et réorganisations sociales, est désormais appelée le Pays des Mères: une société matriarcale et pacifiste. Dans cette région, plusieurs cités vivent de manière autonome, mais en collaborant grâce une assemblée pour décider des politiques communes. La région connaît également une très faible natalité masculine, obligeant le Pays des Mères à organiser la reproduction en déplaçant les hommes d’une famille à l’autre pour éviter la consanguinité. C’est à Béthély que naît Lisbeï, promise au titre de «Mère» pour sa ville et la région qui l’entoure. Mais son destin va se révéler tout autre quand elle découvre sa stérilité. Un accident de parcours qui va lui offrir une forme de liberté pour découvrir les mystères que cache le Pays des Mères. 

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Moi qui n’aime pas m’imposer des contraintes de lecture, je commence à réellement aimer ce Feminibooks Challenge, car il me fait découvrir des classiques du féminisme, mais aussi des œuvres inconnues pour moi. C’est le cas ici avec la lecture du mois de mai qui demandait de lire «une oeuvre de science fiction avec un femme comme héroïne». En plus, j’ai fait du jusqu’au-boutisme puisque «Chroniques du Pays des Mères» est également écrit par une femme, Elisabeth Vonarburg, et la quasi totalité des personnages principaux sont des femmes. Et c’est une sacrée découverte!

Malgré tout, il ne va pas être facile de parler de ce roman (surtout de manière concise…) en raison de sa richesse, de sa complexité et de son originalité. De plus, «Chroniques du Pays des Mères» écrit il y a 27 ans est d’une actualité très troublante. Il faut imaginer notre monde, des centaines d’années plus tard, après un cataclysme écologique, c’est-à-dire un épuisement des ressources, une pollution terrible et une montée des océans. La région dans laquelle se tient notre histoire a également subit des changements politiques violents dont le système patriarcal oppressif des Harems, remplacés ensuite par une dictature matriarcale appelé les Ruches, pour arriver au Pays des Mères, un système politique apaisé, mais beaucoup plus complexe.

Il faut aussi imaginer un univers où nos technologies ont disparue, car inutilisables en raison de la difficulté à produire de l’énergie. Le peu d’énergie qui peut être produit est dédié à la survie et à la production des biens de première nécessité. Donc exit les voitures volantes, c’est un futur où on se déplace à cheval. Le questionnement écologique revient d’ailleurs sans cesse puisque, dans le roman, nos descendants se demandent pourquoi l’écosystème a été détruit, pollué et utilisé sans précaution. Plus subtil, on y trouve aussi une critique de la globalisation et du système capitaliste, puisque l’argent n’existe pas au Pays des Mères et que le but des cités est d’être le plus autosuffisantes possible.

C’est par ailleurs une société régie par les femmes, où les hommes ne servent qu’à la reproduction. Dans cet univers, les relations homosexuelles entre femmes sont la norme, car on ne se met pas en couple avec un homme qui n’est qu’un géniteur, un ADN. La langue est également dominée par la féminisation puisque tous les mots sont au féminin. On ne dit pas un cheval, mais une chevale, peu importe son sexe. Mais, l’autrice ne verse pas dans l’angélisme car ce Pays, dominé par les femmes, n’est pas un paradis. Effectivement, comme tout tourne autour de la reproduction, hommes comme femmes sont condamnés à se reproduire autant qu’ils le peuvent, c’est leur devoir le plus sacré. La liberté n’étant acquise qu’avec la fin de la fertilité. Ainsi, si le Pays des Mères est bien plus égalitaire et plus paisible que les systèmes politiques précédents, il reste aliénant.

C’est dans ce contexte que l’on découvre Lisbeï que l’on va suivre de l’enfance à l’âge adulte. C’est une enfant curieuse, un peu frondeuse, destinée à succéder à sa mère, pour gouverner Béthély. Mais son destin sera chamboulé par sa stérilité et elle pourra alors devenir une exploratrices, une chasseuse de trésors et bouleverser la politique et la religion de son monde par ses découvertes. Car, en plus du cheminement de Lisbeï, le roman contient un mystère politico-religieux avec une figure christique féminine.

Vous l’aurez compris, je recommande la lecture de ce roman de science-fiction hors du commun, mais je me permets de prévenir les lecteurs pas très habitué.e.s à la science-fiction. Si l’autrice met très bien et facilement en place son univers dans les premières pages, les sous-intrigues qui s’ajoutent au fur et à mesure du récit complexifient pas mal la lecture. Je me permets aussi de mettre en garde contre la quatrième de couverture qui donne l’impression d’un roman d’aventure, alors que c’est plutôt un roman d’apprentissage avec une dimension philosophique et politique très présente.

En résumé, une découverte vraiment rafraîchissante et interpellante d’une talentueuse autrice de science-fiction!

Elisabeth Vonarburg, Chroniques du Pays des Mères, éditions Alire, 1999. (Attention, apparemment le roman n’est plus édité).

Lu dans le cadre du Feminibooks Challenge:

feminibooks challenge

 

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