« Green Book », le comble de la maladresse

Comment parler de racisme sans se mouiller…

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New York, années 1960. Tony Vallelonga, un videur d’origine italienne grossier et raciste, est engagé pour conduire et assurer la sécurité du Dr. Don Shirley, un célèbre pianiste noir lors de sa tournée dans le Sud des États-Unis qui pratique la ségrégation de manière très sévère. En route, les deux hommes que tout oppose apprennent à se connaître.

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La première fois que j’ai vu la bande-annonce de «Green Book» de Peter Farrelly, j’étais très enthousiaste, car j’apprécie énormément Viggo Mortensen et Mahershala Ali. Mais j’ai rapidement déchanté en entendant certaines critiques. Et bien, c’est dommage, mais ces critiques avaient raison. «Green Book», c’est un moment très divertissant, servi par des acteurs excellents, dans le but de te faire oublier le propos à la fois bisounours et malaisant.

Le film suit un schéma classique où l’on met ensemble deux personnages totalement opposés qui finissent par passer au-delà de leur différence, s’apprécier, voir apprendre des choses l’un de l’autre. Pourquoi pas? Evidemment qu’un homme blanc peut apprendre d’un homme noir et qu’un homme noir peut apprendre d’un homme blanc. Le problème, c’est que l’échange entre les deux protagonistes est déséquilibré.

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Le film montre le point de vue et base sa narration sur Tony Lip, le personnage blanc. Alors que foncièrement, ce n’est pas le personnage le plus intéressant des deux. Des personnages de bourrin au grand cœur, on en a vu des tonnes. Alors que les personnages de pianiste prodige noir, solitaire, homosexuel, jouant pour l’élite blanche, c’est quand même plus rare. De plus, certains passages sont assez risibles. Notamment, quand Tony fait la leçon à Don concernant les artistes noirs populaires de son époque (Chuck Berry, Aretha Francklin, etc.) qu’il ne connaît pas, parce que c’est un pur pianiste classique. Le film sous-entend que Tony apprend sa «culture» à Don. Ce genre d’affirmation est sociologiquement très ignorant. Est-ce qu’on suppose que tous les Blancs écoutent la même musique? Non! Alors supposer ça des Afro-américains, c’est ignorer que les personnes ont des classes sociales, des héritages familiaux, des niveaux d’étude qui vont modeler leurs goûts et que tout ne repose pas sur leur couleur de peau.

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La dernière chose que j’ai trouvée problématique, c’est le ton très comédie (sans grincement, sans cynisme, alors qu’il en aurait fallut une bonne dose…). Le traitement que subit Don de la part de ceux qui l’engagent dans le Sud est scandaleux et intolérable. Bien sûr, la transformation de Tony Lip, qui devient un homme plus ouvert et tolérant, est un bel événement, mais je ne vois pas en quoi cela peut faire oublier le traitement réservé aux Afro-américain.e.s dans la société américaine. On comprend la volonté de raconter une histoire d’amitié, mais le problème c’est que celle-ci ne flotte pas dans un vide politique! C’est rageant, car les acteurs sont parfaits!

Le test Bechdel:

Le film ne passe pas le test.

En résumé, le genre de film qui vous met mal à l’aise, car vous ne pouvez vous empêcher de l’aimer et de le détester à la fois. 

 

 

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