King Kong Théorie / Virginie Despentes

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En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’autrice de «Baise-moi» conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie, le mariage, la séduction, etc. Un essai en forme de manifeste pour un nouveau féminisme!

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Révolutionnaire, radical, provocant, parfois vulgaire, l’essai de Virginie Despentes est un écrit qui ne laisse pas indifférent. C’est plus un parpaing dans la tronche qu’une petite claque sur la joue! C’est un cri de révolte contre les conditions imposées aux femmes et contre la société capitaliste. Une vague qui veut faire table-rase de certaines institutions en les confrontant à leur propre hypocrisie et à leur propre immoralité.

Elle y attaque la société capitaliste qui confronte le travail honnête et les jobs «sales», comme la prostitution:

«Échanger un service sexuel contre de l’argent, même dans de bonnes conditions, même de son plein gré, est une atteinte à la dignité de la femme. Preuve en est : si elles avaient le choix, les prostituées ne le feraient pas. Tu parles d’une rhétorique… comme si l’épileuse de chez Yves Rocher étalait de la cire ou perçait des points noirs par pure vocation esthétique. La plupart des gens qui travaillent s’en passeraient s’ils le pouvaient, quelle blague !»

Elle y aborde la maternité:

« »Faites des enfants c’est fantastique vous vous sentirez plus femmes et accomplies que jamais », mais faites-les dans une société en dégringolade, où le travail salarié est une condition de survie sociale, mais n’est garanti pour personne, et surtout pas pour les femmes. […] Sans enfant, pas de bonheur féminin, mais élever des gamins dans des conditions décentes sera quasi impossible. Il faut, de toutes façons, que les femmes se sentent en échec.»

Elle y analyse la masculinité traditionnelle:

«La virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité. Qu’est-ce que ça exige, au juste, être un homme, un vrai? Répression des émotions. Taire sa sensibilité. Avoir honte de sa délicatesse, de sa vulnérabilité. Quitter l’enfance brutalement, et définitivement : les hommes-enfants n’ont pas bonne presse. Être angoissé par la taille de sa bite. Savoir faire jouir les femmes sans qu’elles sachent ou veuillent indiquer la marche à suivre. Ne pas montrer sa faiblesse, etc. Afin que, toujours, les femmes donnent les enfants pour la guerre, et que les hommes acceptent d’aller se faire tuer pour sauver les intérêts de trois ou quatre crétins à vue courte.»

Elle y tacle la pression permanente sur les femmes concernant leur «amabilité» physique et sociale:

«Plaire aux hommes est un art compliqué, qui demande qu’on gomme tout ce qui relève de la puissance. Pendant ce temps, les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n’ont pas de corps. Pas d’âge, pas de corpulence. N’importe quel connard rougi à l’alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexions sur le physique des filles, des réflexions désagréables s’il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégueulasses s’il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter. Ce sont les avantages de son sexe.»

Et surtout, elle résume de manière extrêmement simple et compréhensible le but du féminisme:

«Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s’agit pas d’opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l’air.»

Dans cet essai, elle aborde également le viol (pourquoi reproche-t-on aux femmes de se faire agresser? pourquoi n’a-t-on inventé aucun dispositif anti-viols?) et le mariage qui met les femmes au service des hommes. Tous les propos de l’autrice sont durs, sont violents, mais ce service, cette prostitution au travers du mariage, n’est-ce pas simplement ce que nous appelons aujourd’hui la charge mentale, dans des termes plus acceptables? On peut ne pas toujours être d’accord avec Virginie Despentes, mais il faut se rappeler que c’est un point du vue complexe, écrit avec des mots simples, et baigné dans l’anticapitalisme et l’anarchisme.

En résumé, un classique du féminisme français, qui peut rebuter, peut paraître brutal, mais qui, à un moment ou à un autre, résonnera chez les lecteurs et les lectrices!

Virginie Despentes, «King Kong Théorie», chez Grasset et Le Livre de Poche, 2006.

Lu dans le cadre du Feminibooks Challenge:

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3 réflexions sur “King Kong Théorie / Virginie Despentes

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