La Horde du Contrevent / Alain Damasio

Découverte d’un roman désormais presque classique de la science-fiction francophone.

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synopsis

C’est un groupe de 23 personnes. Ils forment une horde: la trente-quatrième Horde du Contrevent. Ces hommes et ces femmes ont été formés depuis l’enfance pour survivre aux vents extrêmement violents qui balayent sans cesse ce monde. Leur but? Atteindre l’Extrême-Amont, un endroit mythique qui serait la source de tous les vents, sous la conduite de Golgoth, le traceur.

avis

Construit avec les multiples voix de la Horde, signalées par des symboles, les premières pages de «La Horde du Contrevent» d’Alain Damasio peuvent être déroutantes. Mais, on plonge rapidement dans cet univers étrange et fascinant où une horde, entraînée depuis l’enfance, parcourt sa vie durant un univers hostile pour découvrir l’origine du vent. Le vent qui est dans ce monde le créateur de toute chose.  J’ai vraiment aimé découvrir ce royaume duquel on ne sait pas forcément beaucoup de choses, mais suffisamment pour s’en faire une représentation, tout en entretenant le mystère. L’écriture, complexe, qui s’aventure à décrire les nombreuses formes de vents, nécessite d’être apprivoisée. On sent aussi que l’auteur essaye de faire passer de nombreux messages au travers de son récit. Je ne suis pas sûre de les avoir saisis dans leur intégralité, mais j’y ai vu la critique de l’endoctrinement qui empêche de réfléchir aux raisons de nos actes et ainsi que la supériorité du cheminement par rapport au but final.

Cependant, plusieurs choses m’ont dérangée. Tout d’abord, comme les personnages n’ont pas tous autant le droit à la parole, on peine à ressentir quelque chose quand les personnages qui s’expriment peu décèdent. Ensuite, toute une intrigue du récit est complètement évacuée. Effectivement, on comprend que quelque chose, quelqu’un souhaite empêcher la Horde d’avancer. On sent alors l’émergence d’une intrigue politique passionnante qui va être utilisée durant la moitié du livre et qui disparaît sans explication. Ce qui fait beaucoup de pages pour rien. Dernier problème, et non des moindres, le traitement des personnages féminins. Alors, oui, «La Horde du Contrevent» contient un personnage féminin fort, une aéromaîtresse, et le personnage de Golgoth qui est un infâme goujat sexiste, n’est pas un personnage dépeint de manière recommandable. Mais dans ce livre, à l’exception du personnage mentionné, les femmes sont cantonnées aux tâches féminines comme la cuisine ou le soin. On y trouve même un personnage féminin qui ne sert presque à rien, à part servir de love interest. Je n’ai pas de problème à ce que l’on dépeigne des mondes qui sont sexistes, si cela sert le récit. Mais là, c’est carrément incohérent! La Horde râlent sur les membres féminins qui sont faibles et qui les ralentissent, alors que les hommes semblent rester de marbre. Comment est-ce possible puisque les membres de la Horde sont entraînés depuis l’enfance dans des conditions très dures? Ils sont tous censés être des sportifs et des sportives d’élite. Sachant que des femmes réalisent des exploits comme l’ascension de l’Everest, je ne vois pas pourquoi des femmes sélectionnées et entraînées dès l’enfance ni arriveraient pas.

En résumé, une oeuvre de science-fiction française unique, finement ouvragée dans sa forme, mais un peu maladroite dans la construction des personnages et de l’histoire. 

Alain Damasio, «La Horde du Contrevent», chez La Volte et Folio, 2004.

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4 réflexions sur “La Horde du Contrevent / Alain Damasio

  1. Merci pour ce compte rendu de lecture ! J’ai dévoré ce livre d’une traite et je l’ai adoré, même si j’y vois effectivement des soucis, j’ai tellement accroché à l’écriture c’était addictif (c’est donc pas entièrement rationnel évidemment). J’avais tiqué sur les personnages féminins aussi, on sent une volonté de l’auteur de sortir un peu des clichés mais sans y parvenir finalement. L’exemple de Coriolis est assez parlant : elle a un rôle assez physique dans la horde alors même qu’elle n’a pas été formée spécifiquement (contrairement aux autres qui comme tu le soulignes bien ont des rôles très classiques, soin cuisine etc), mais ce rôle est peu développé par rapport à toutes les descriptions qu’on lit de sa beauté… Bien sûr on pourrait se dire que l’auteur décrit une société assez rétrograde et violente, qui n’hésite pas à séparer des gamins très tôt de leur famille et à les confronter à une grande violence, qui ne laisse pas les femmes accéder à d’autres rôles que ceux ci, hormis éventuellement des rôles intellectuels. Et ça expliquerait pourquoi Coriolis qui rejoint la horde en cours de route, peut prendre un rôle comme le sien…Mais ce n’est qu’à moitié satisfaisant. Ah et a priori un second volet est prévu, une sorte de suite… !

    1. Personnellement je ne trouve pas que l’auteur essaye d’éviter les clichés car en écrivant une histoire avec un seul personnage féminin forts et la majorité des autres personnages féminins qui sont décoratifs, il saute à pieds joints dans les clichés récurrents dans la SF ou la fantasy…Cela dit cela reste très bien écrit!

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