« No Home » / Yaa Gyasi

Plongée dans une saga familiale déchirante, entre le Ghana et les États-Unis, entre l’espoir de l’indépendance pour les colonies et la lutte pour les droits civiques.

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Maama, une esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un terrible incendie. Elle laisse derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, Maama épouse un «Grand-homme» Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Cette petite sera malheureusement enlevée dans une guerre tribale, vendue aux Anglais, puis emmenée comme esclave aux États-Unis. C’est ainsi que commence l’histoire d’Effia et d’Esi, deux demi-soeurs, nées dans deux villages du Ghana, au milieu des guerres de clans et à l’époque du commerce triangulaire. C’est aussi l’histoire de deux descendances qui grandiront sur deux continents différents.

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«No Home» est le premier roman d’une jeune autrice ghanéenne, qui a grandi aux USA. Et ce premier essai a de quoi laisser pantois. Yaa Gyasi nous offre un récit extrêmement bien ficelé et qui aborde avec justesse le commerce triangulaire, le colonialisme, mais aussi l’esclavage aux Etats-Unis, les discriminations et la lutte pour les droits civiques. Le tout, imbriqué dans une saga familiale avec ses amours, ses mariages, ses secrets et ses drames.

«No Home» nous permet de suivre deux branches d’un même arbre généalogique: la branche d’Effia, restée au Ghana et métissée avec le colon anglais et la branche d’Esi, ramasseuse de coton aux USA. Ce récit ambitieux s’étend du 18ème siècle à nos jours, couvrant huit générations.

«No Home» n’est pas seulement un roman historique. C’est un roman sur la liberté, plus précisément sur la reconquête de la liberté quand le destin d’une famille a été entaché par l’esclavage et la dépossession de soi et de son foyer. «No Home» montre comment les traumatismes traversent les générations et marquent le quotidien même 300 ans plus tard.

En plus d’être passionnant, car les pages se tournent avec facilité, «No Home» est particulièrement bien écrit et l’on trouve tout au long du roman de très belles citations que l’on aurait presque envie de surlignées (on se retient, c’est mal d’écrire dans les livres…).

«L’enfer était peuplé de souvenirs, chaque bon moment traversait l’imagination avant de retomber sur le sol comme une mangue pourrie, parfaitement inutile, inutilement parfait.»

«Les Anglais ne vendaient plus d’esclaves en Amérique, mais l’esclavage n’avait pas pris fin, et son père ne croyait pas qu’il finirait un jour. Ils troqueraient simplement une sorte de chaînes pour une autre, changeraient les chaînes réelles qui encerclaient les poignets et les chevilles pour d’autres invisibles qui enchaînaient les esprits.»

En résumé, un magnifique premier roman qui saura vous émouvoir, mais aussi vous en apprendre plus sur l’histoire du Ghana et des Afro-américains. 

Yaa Gyasi, «No Home» (titre original: Homegoing), chez Calmann-Lévy et Le Livre de Poche, 2017. 

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2 réflexions sur “« No Home » / Yaa Gyasi

  1. J’ai beaucoup aimé ce livre, mais pour la puissance de sa description de l’injustice sous de multiples formes. Contrairement à toi, j’ai trouvé le style très oubliable… mais sans que ça gêne la lecture, au contraire, c’est comme si en l’occurrence le style « plat » permettait de ne pas marquer de contraste entre une narration « éduquée » et des personnages qui ne le sont pas (d’autant plus que c’est un sujet qui a de l’importance à la fin du livre)

    1. Oui ce roman est vraiment intéressant dans sa façon de montrer la puissance des inégalités qui arrivent à se transmettre à travers le temps…Effectivement, on n’a pas le même avis sur le style, mais je trouve que par rapport à la production littéraire lambda c’est tout à fait agréable. Après, je viens aussi de lire un très mauvais roman, donc tout à l’air d’être un chef-d’oeuvre à côté de ce roman en question…

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