Le ventre de l’Atlantique / Fatou Diome

Coup de cœur pour ce roman poétique sur le désir de migration des jeunes Africains de l’Ouest.

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France, Strasbourg. Une jeune femme téléphone à son jeune demi-frère Madické pour lui raconter le déroulement des matchs de football de l’équipe nationale d’Italie qu’il n’arrive pas à suivre à la télévision depuis l’île de Niodior, au large du Sénégal. Comme les jeunes hommes de son âge, il rêve plus que tout de devenir footballeur et de migrer en France, même si sa sœur tente de lui expliquer que la vie de migrant en France n’a rien de paradisiaque.

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Petit, mais puissant, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier ce roman de Fatou Diome qui raconte les deux faces de la migration: ceux qui sont partis, ceux qui sont restés (et qui rêvent de partir). Passant du Sénégal à la France au cours de la pensée de la narratrice et des matchs de foot qu’elle raconte, le roman est écrit dans un langage d’une grande poésie. Admirez un peu:

«Ma grand-mère m’a appris très tôt comment cueillir les étoiles : la nuit, il suffit de poser une bassine d’eau au milieu de la cour pour les avoir à ses pieds.»

«Partir, c’est mourir d’absence. On revient, certes, mais on revient autre. Au retour, on cherche, mais on ne retrouve jamais ceux qu’on a quittés. La larme à l’œil, on se résigne à constater que les masques qu’on leur avait taillés ne s’ajustent plus.»

«Le ventre de l’Atlantique» est un roman à la fois tendre et sans concessions pour l’Occident, mais aussi pour le pays natal de l’autrice. Le thème abordé le plus en profondeur est l’illusion des jeunes Africains de l’Ouest qui pense que le salut n’est possible que par la migration, que partir est la seule voie pour avancer, car depuis l’enfance c’est ce qu’on leur répète. Oubliant le racisme, la précarité, la solitude et la souffrance qui touchent la plupart des migrants ayant réussi à traverser l’océan. Fatou Diome ne juge personne. Elle ne considère pas que l’Occident est seule responsable des malheurs de l’Afrique, elle ne jette pas l’opprobre sur ces jeunes gens qui s’entêtent à ne pas voir les histoires de migrants revenus honteux, humiliés et sans le sou au pays. Elle aborde de multiples thèmes comme l’analphabétisme, la situation des femmes sénégalaises (notamment face à la polygamie), les poids des traditions et des superstitions, mais aussi l’injuste liberté de déplacement des Occidentaux qui peuvent aller partout sans visa pour faire du tourisme, alors que les habitants de pays visités sont souvent coincés chez eux. A noter que le roman semble partiellement, voire totalement autobiographique puisque l’autrice est effectivement née sur l’île de Niodior.

Le seul reproche que je peux faire à ce livre est la métaphore footballistique, un peu trop présente à mon goût, mais disons que c’est un sport qui m’ennuie prodigieusement.

En résumé, je recommande vraiment ce petit bijou qui offre un éclairage très juste sur la migration «économique».

Fatou Diome, Le ventre de l’Atlantique, chez Anne Carrière et Le Livre de Poche, 2003.

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2 réflexions sur “Le ventre de l’Atlantique / Fatou Diome

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