Americanah / Chimamanda Ngozi Adichie

Vous l’avez vu partout, vous l’avez probablement lu. Mais, si ce n’est pas fait, c’est le moment de se rattraper!

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Ifemelu, une femme nigériane, vit depuis 13 ans aux USA. Elle décide, à la grande surprise de ses proches, de retourner vivre et travailler au Nigéria. Ce retour lui donne l’occasion de revenir sur ses souvenirs d’enfance dans son pays d’origine, sur son histoire d’amour contrariée avec le charmant Obinze, mais aussi sur son arrivée, toute jeune fille, aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination.

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Si vous vous intéressez à la littérature contemporaine et au féminisme, vous n’êtes certainement pas passé-e à côté de Chimamanda Ngozi Adichie et de son roman «Americanah» que l’on a vu partout. Personnellement, j’ai adoré les questions abordées et le ton mordant de l’autrice. «Americanah» aborde la migration, les classes sociales, le choc culturel et l’éducation, notamment. Mais, la thématique centrale est le statut des hommes et des femmes noir-e-s aux États-Unis.

«Cher Noir non américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L’Amérique s’en fiche. Quelle importance si tu n’es pas « noir » chez toi? Tu es en Amérique à présent.» 

Car, oui, Ifemelu découvre ce que c’est d’être Noire en descendant de l’avion. Au Nigéria, elle était une femme, aux USA, elle est une femme noire. Avec son point de vue africain, elle va pointer vigoureusement l’importance de la race dans ce pays qui la nie en permanence.

«En Amérique, le racisme existe, mais les racistes ont disparu. Les racistes appartiennent au passé. Les racistes sont de méchants Blancs aux lèvres minces dans les films qui traitent de l’époque des droits civiques. Le problème est là : les manifestations de racisme ont changé, mais pas le langage.»

La protagoniste n’hésite pas à tacler les Blancs qui sont soi-disant aveugles à la couleur de peau; une chose que l’on peut affirmer uniquement si l’on n’a jamais été discriminé-e. Elle aborde également le fait que les hommes noirs, baignant dans le conformisme blanc, préfèrent les femmes blanches ou à la peau claire. Ainsi, les femmes noires à la peau foncée se sentent souvent mal-aimées et passent leur temps à utiliser des artifices douloureux ou délétères pour la santé pour éclaircir leur peau ou lisser leurs cheveux. Pour illustrer cette situation, elle donne l’exemple de Barack Obama dont la femme, Michelle, est une femme noire à la peau foncée, alors que la plupart des hommes noirs puissants ont des épouses blanches ou métissées.

Dans «Americanah», l’auteure traite aussi des préjugés des Occidentaux sur l’Afrique. Elle montre notamment que l’éducation dans les pays africains n’est pas nécessairement moins bonne que celle donnée dans les lycées américains. Mais Chimamanda Ngozi Adichie ne se gène pas non plus pour pointer les problèmes de son pays d’origine, notamment la corruption, le népotisme (ass-licking democracy!) et la place des femmes dans la société.

«Americanah» est un roman admirable dans sa construction, car l’auteure a le brio de mêler toute cette complexité sociale à une histoire d’amour. Le roman arrive à conjuguer une vraie dissection sociologique de plusieurs sociétés/communautés avec un point de vue et des émotions plus individuelles. Le roman en VO, n’est pas forcément à conseiller à un-e débutant-e en lecture anglophone, mais il est accessible si vous lisez souvent en anglais.

En résumé, un roman à lire absolument, si vous vous interrogez encore sur l’utilité de l’afroféminisme et que vous souhaitez lire un roman, plutôt qu’un essai.

Chimamanda Ngozi Adichie, «Americanah», chez Gallimard et chez Folio, 2015.

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2 réflexions sur “Americanah / Chimamanda Ngozi Adichie

  1. J’ai l’impression que ce roman a épuisé le sujet… C’est une encyclopédie de l’afro-féminisme ! Difficile d’aller au-delà, et pourtant il faudra bien. Adichie recommande la littérature nigériane, mais ce roman n’est pas encore de la littérature nigériane, c’est de la littérature américaine écrite par une Nigériane, ce qui est très différent. Le travail de re-localisation de la littérature africaine ne fait que commencer.

    1. Mmmh c’est intéressant comme point de vue. Le fait qu’elle situe son récit aux USA fait de sa littérature une littérature américaine. Si je généralise, l’auteur suisse le plus populaire, alias Joel Dicker, situe tous ses romans aux USA, ce n’est donc plus de la littérature suisse? Ou cela s’applique uniquement pour les auteurs et autrices de pays émergents?

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