Le rapport de Brodeck / Philippe Claudel

Il y a des livres qui vous retournent, vous font mal jusqu’aux tréfonds de l’âme. «Le rapport de Brodeck» est l’un d’eux.

brodeck

2

Quelques années après la Deuxième guerre mondiale, dans un petit village isolé. On demande à Brodeck, la personne qui écrit et lit le mieux dans le village de rédiger un rapport. Un rapport portant sur un événement terrible qui concerne presque tous les hommes du village et un visiteur étrange, récemment arrivé sur place. Ces événements graves vont replonger Brodeck dans le traumatisme indélébile de son séjour en camp de concentration.

1

Cela m’arrive rarement, mais j’ai dû faire une pause de lecture après «Le rapport de Brodeck», car ce livre m’a tellement retournée qu’il était impossible de passer à la lecture suivante, comme si de rien n’était.

«Le rapport de Brodeck» se déroule dans un contexte historique difficile: l’après-guerre du côté des perdants, probablement dans un petit village autrichien (le village n’est jamais clairement situé). Le genre de village traumatisé par la guerre, remplis de victimes, mais aussi de bourreaux. C’est dans ce petit hameau, niché dans un paysage accidenté mais magnifique, que vit Brodeck, sa femme, sa fille et Fédorine, la bonne âme qui l’a recueilli quand il était enfant. On ne sait pas grand-chose des origines de Brodeck à part que sa famille a subi une triste fin et qu’apparemment il est un fremder, un Juif. Des origines qui ne poseront aucun problème jusqu’au basculement idéologique du voisin allemand.

Je ne vais pas trop vous divulguer de l’intrigue, car la tension qui monte au fur et à mesure de la lecture, vient des éléments que Brodeck évoquent à demi-mot, des zones d’ombre, des allée-retours entre le passé et le présent, entre les drames du village et le camp de concentration. Ce que vous devez savoir, c’est que «Le rapport de Brodeck» montre que le mal ne se trouve pas que dans les dictateurs fous et les génocides. Le mal se trouve également dans la lâcheté et dans l’inaction qui peuvent conduire aux pires ignominies. Mais, il n’est pas question ici de simplisme et de pure condamnation, car l’auteur à la subtilité de montrer les raisons, les limites qui entravent les humains, les empêchant de faire le «bon» choix.

Mais pourquoi lire un livre qui fait si mal? Parce que son message est primordial, mais également parce qu’il est magnifiquement bien écrit et parce que la construction du récit emprunte quelques éléments de la fable, ce qui rend (parfois) l’horreur plus supportable.

«Je suis encore dans la force de l’âge. Je suis encore un homme jeune, et pourtant, quand je songe à ma vie, c’est comme une bouteille dans laquelle on aurait voulu faire entrer plus qu’elle ne peut contenir».

«Je ne sais pas si l’on peut guérir de certaines choses. Au fond, raconter n’est peut-être pas un remède si sûr que cela. Peut-être qu’au contraire raconter ne sert qu’à entretenir les plaies, comme on entretient les braises du feu afin qu’à notre guise, quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle».

En résumé, une lecture qui vous laisse KO.

Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck, 2007, chez Stock et J’ai Lu.

 

Publicités

6 réflexions sur “Le rapport de Brodeck / Philippe Claudel

      1. Pas vraiment. J’ai lu il y a longtemps « Les âmes grises » mais il ne m’en reste pas grand chose. Sinon, je compte lire « L’arbre du pays de Toraja » et « La petite fille de Monsieur Linh ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s