Pas pleurer / Lydie Salvayre

Jolie découverte du lauréat du prix Goncourt de 2014: un roman qui vous plonge au cœur de la Guerre civile espagnole.

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L’auteure, qui tient compagnie à sa mère vieillissante et gentiment gâteuse, l’écoute conter une période marquante de sa vie en Espagne: la révolution libertaire de 1936 et la Guerre civile qui l’a suivie. Elle raconte sa vie dans un petit village agricole, en compagnie de parents illettrés et de son frère communiste qu’elle suivra pour vivre quelques jours de liberté dans la ville de Barcelone, bastion de la gauche libertaire. Mais après l’euphorie de la liberté, l’horreur de la répression.

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«Pas pleurer» de Lydie Salvayre a suscité des réactions contrastées chez les lecteurs. Je fais partie des lecteurs qui ont vraiment aimé ce roman (complètement? partiellement?) autobiographique. Ce roman est une conversation quasiment sans pause entre une mère et sa fille. Le talent de l’auteure? Nous donner l’impression d’être assise dans la même pièce qu’elle et sa mère, puis quelques pages plus loin nous, nous transporter dans un petit village catalan ou sur une terrasse donnant sur les Ramblas de Barcelone.

«Pas pleurer» est écrit dans une langue inventive. La narratrice retranscrit le français hispanisé de sa mère, ce qui donne un côté drôle et vivant au récit. Le roman contient même quelques phrases en espagnol non-traduites (mais qui n’empêcheront pas de comprendre l’histoire). Le reste de l’histoire est écrit dans un français classique, mais un très beau français.

Je suis vraiment restée accrochée à cette histoire qui alterne entre l’euphorie la plus débordante (les jours de liberté à Barcelone) et la tristesse la plus sombre (la répression, la mort, l’exil) et où l’on suit la jeune et vivante Montserrat, ainsi que son grand frère José, idéaliste obstiné. Malgré le contexte très sombre, «Pas pleurer» est une ode au courage et aux personnes qui vont de l’avant, même dans des circonstances horribles.

Deux bémols, cependant. L’auteure met en parallèle le récit de sa mère et la dénonciation des exactions du futur régime de Franco par l’auteur George Bernanos dans son roman «Les Grands Cimetières sous la lune». Cela n’est pas inintéressant, mais l’apport au récit est minime. L’autre bémol: si l’on n’a vraiment pas la moindre notion d’espagnol, quelques phrases ne seront pas comprises. Au lecteur de voir s’il le tolère ou pas. Par contre, je me permets un petit coup de gueule. J’ai lu beaucoup de critiques disant que le livre était difficilement compréhensible, car il fallait connaître le contexte historique de la Guerre civile espagnole. A l’heure où l’on peut, en 2 clics, avoir toutes les informations sur Wikipedia, cette critique est assez insensée.

En résumé, un prix mérité et un roman exigeant à découvrir absolument.

Lydie Salvayre, Pas pleurer, 2014, chez Seuil et chez Points.

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4 réflexions sur “Pas pleurer / Lydie Salvayre

  1. Oh! Merci pour cette critique qui me donne très envie de me plonger dans le roman!
    Je l’ai reçu à Noël de ma soeur, mais je n’ai pas encore trouvé le bon moment pour tourner la première page…
    Tu as trop raison: il suffit de lire un article wikipédia pour s’informer sur le contexte, pfff!
    Quant aux bribes en espagnol, c’est la langue de la moitié de ma famille alors ça ne me posera pas problème ^^ Mais je comprends que cela puisse être frustrant… enfin, au pire il y a Google translate!

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