« La grande peur dans la montagne » / Charles-Ferdinand Ramuz

Chronique d’un des grands classiques de la littérature suisse: le roman emblématique et inquiétant de Charles-Ferdinand Ramuz, sorti en 1925.

La grande peur dans la montagne

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Suisse, canton du Valais, début du 20ème siècle. Dans un village surplombé par le mont Sasseneire, le maire, face à la pauvreté des pâturages alentours, propose d’envoyer paître les bêtes sur un pâturage inexploité surplombé par la montagne. Les vieux du village s’opposent fortement à cette idée, car toutes les personnes assez âgées pour se souvenir savent que la montagne est maudite. En effet, 20 ans plus tôt, une maladie décima les bêtes. Mais, sous la pression des jeunes, l’expédition est programmée. Le maire recrute alors une équipe disparate pour garder les bêtes sur le pâturage. Mais rapidement le groupe constate des phénomènes inquiétants.

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Je vous propose donc de découvrir avec moi, Charles-Ferdinand Ramuz, fervent défenseur du parlé suisse et grand écrivain classique de son état. Si, comme moi, vous trouvez la montagne plutôt angoissante, ce roman ne va pas arranger les choses, car le personnage central de ce roman, c’est bien la peur avec un grand «P».

«La grande peur dans la montagne» est un roman qui gambade, tel un bouquetin agile, entre le réalisme et le surnaturel. Effectivement, le roman aborde à la fois la puissance des éléments naturels qui peut tout détruire sur son passage et d’autres éléments plus subtils, plus difficiles à expliquer et apparemment malveillants. A aucun moment, Ramuz ne tranche sur la cause des malheurs qui vont s’abattre sur ce village. Est-ce une diablerie? Est-ce une coïncidence? Est-ce la montagne qui les rejette?

Chez Ramuz, la montagne est effectivement un élément vivant et changeant, beau et dangereux, qu’il décrit dans ses moindres détails. Le mont Sasseneire, plus qu’un simple caillou, devient sous la plume de l’écrivain un monstre de pierre, un animal endormi dont il faut se méfier.

Lire Ramuz n’est pas aisé. Inspiré par les légendes et les contes que les montagnards se disaient au coin du feu, «La grande peur dans la montagne» est écrit dans un style plus proche du langage oral que du langage écrit, en respectant le phrasé typique de l’époque et des habitants des vallées alpines. Ses descriptions sont riches et complexes, mais, en lisant le passage ci-dessous, vous comprendrez que cette lecture en vaut la peine:

On a commencé à cheminer entre ces tronçons de colonnes comme dans un corridor de cave, qui était fait par la lanterne, que la lanterne creusait, que la lanterne perçait devant vous à mesure qu’on avançait ; puis la lanterne l’ôtait de devant vous, alors tout le noir vous croulait dessus. On était pris dedans, on l’avait qui vous pesait sur les épaules, on l’avait sur la tête, sur les cuisses, autour des mains, le long des bras, empêchant vos mouvements, vous entrant dans la bouche ; et on le mâchait, on le crachait, on le mâchait encore, on le recrachait, comme la terre de la forêt.

En résumé, un grand classique qui ravira les amateurs de montagne, de nature et d’angoisse. 

Charles-Ferdinand Ramuz, «La grande peur dans la montagne», chez Grasset et chez Le Livre de Poche.

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10 réflexions sur “« La grande peur dans la montagne » / Charles-Ferdinand Ramuz

    1. Moi, j’ai plutôt bien accroché, surtout à cause de l’ambiance oppressante qu’il arrive à rendre. Mais voilà des fois y’a des lectures qui passent moins bien ou pas du tout même si c’est de bonne qualité. J’ai récemment abandonné les Frères Karamozov et j’ai beaucoup de peine avec Camus…

      1. De Camus, je crois que l’Étranger est le plus abordable. Perturbant. Mais abordable. Sinon découverte. Je ne connaissais pas Ramuz.

  1. Bien sûr, je connais Ramuz de nom étant Suisse, mais … j’avoue ne l’avoir jamais lu! Ta critique me donne envie de tenter l’aventure avec la Grande peur dans la montagne. Ce style proche de l’oralité m’attire!!
    Merci pour ce billet!

    1. Mais de rien 🙂 Ramuz c’est une expérience à tenter! ça plait ou ça ne plait pas, car le style est très paticulier. J’ai été un peu déboussolée au début, mais j’ai été séduite par la richesse de l’écriture, même si c’est pas une lecture facile…

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