La saison de l’ombre / Léonora Miano

Découverte d’un roman douloureux, mais néanmoins poétique.

leonoramiano

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Quelque part en Afrique de l’Ouest. Une nuit, le village du clan Mulongo est victime d’un incendie qui sème le chaos dans le village. Au petit matin, on constate la disparition de douze hommes, dix jeunes initiés et deux anciens. Afin d’éviter que le chagrin des mères qui ont perdu leur fils jeune adulte ne se propage dans le village et que les femmes puissent se consoler entre elles, ces dernières sont éloignées dans une case commune, sur la suggestion d’Ebeise, la matrone du clan. Mais, une ombre mystérieuse s’installe au-dessus de la case, inspirant la méfiance des villageois envers ces mères éplorées. Pendant ce temps, Eyabe, l’une des mères en deuil, prend la route à la recherche de son fils.

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Après Ahmadou Kourouma et Chimamanda Ngozi Adichie, je poursuis avec grand plaisir ma découverte des écrivains africains avec la Camerounaise Léonora Miano.

La «saison de l’ombre» dont parle Léonora Miano dans son roman n’est pas le début d’une saison, mais plutôt le début d’une sombre période amenée à durer: celle de l’arrivée de bateaux européens sur les côtes africaines et du début de la traite des Noirs.

Ce sujet souvent traité du point de vue des Blancs ou des personnes elles-mêmes esclaves est ici abordé différemment. Le regard porté sur ce phénomène est celui des Mulongo, un clan subsaharien pacifiste, reclus sur lui-même et qui ne connait que ses proches voisins, les Bwele. Mais, surtout un clan qui n’a aucune idée de ce qui se trame sur la lointaine côte. Une ignorance qui va les mener à leur perte, car les peuples côtiers, menacés par les Européens qui souhaitent prendre des esclaves dans leur rang et également avides de posséder les incroyables armes à feu des Blancs, vont trouver un moyen de se préserver eux-mêmes en allant chercher les futurs esclaves dans les clans alentours.

Ce roman n’est pas simplement le récit d’un drame historique. C’est surtout l’histoire de drames personnels, particulièrement celui des femmes du clan Mulongo. «La saison de l’ombre» est un roman à l’écriture poétique, intense en émotion et immersif au point de donner l’impression au lecteur d’être juste à côté des personnages. On sent chez eux cette peur, cette incompréhension face à la disparition d’êtres chers.

«Quelque chose la pousse, la conduit. L’amour des mères pour leurs fils n’a que faire des astres pour trouver son chemin. Il est lui-même l’étoile.»

Mais, «La saison de l’ombre» n’est pas que désespoir. La lueur dans toute cette tragédie, c’est la courageuse Eyabe qui va partir à la recherche de son fils coûte que coûte, mais également trouver le moyen d’aider les siens. D’ailleurs, la quête d’Eyabe fait prendre au roman une tournure de fable.

En résumé, c’est un très beau roman, à la croisée de plusieurs styles littéraires, donnant un autre point de vue sur le début de l’esclavagisme. A découvrir!

Léonora Miano, «La saison de l’ombre», chez Grasset et Pocket.

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6 réflexions sur “La saison de l’ombre / Léonora Miano

    1. Oui, c’est une belle découverte. Surtout que j’essaye de diversifier mes lectures parce qu’on a trop tendance à toujours lire des auteurs européens ou américains.

  1. Dans votre quête de lecture de la littérature africaine, je vous invite à lire

    Emmanuel Dongala https://graceminlibe.wordpress.com/2015/09/09/photo-de-groupe-au-bord-du-fleuve/

    Chrystel Zohi Ngambeket https://graceminlibe.wordpress.com/2015/08/20/linnocente/

    Scholastique Mukasonga https://graceminlibe.wordpress.com/2015/07/21/ce-que-murmurent-les-collines/

    Alain Mabanckou https://graceminlibe.wordpress.com/2015/07/06/verre-casse/

    Fatou Diome https://graceminlibe.wordpress.com/2015/07/04/inassouvies-nos-vies/

    Grâce Minlibé – auteur de Chimères de verre

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