« Wakolda »: l’écrivaine adapte son roman

Découverte d’un roman argentin terriblement dérangeant et qui a l’originalité d’avoir été adapté en film par son auteure.

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Lucía Puenzo a la particularité d’être scénariste, réalisatrice et écrivaine. En plus, elle a la chance d’être considérée comme une bonne réalisatrice ET une bonne écrivaine. Donc, il ne m’en fallait pas plus pour me lancer dans la lecture de «Wakolda» et de son adaptation au cinéma.

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Argentine, région de Bariloche, années 1960. Enzo, Eva et leurs trois enfants se rendent à Bariloche afin de reprendre la gestion de la maison d’hôte familiale. Sur le chemin, il croise un homme allemand qui se dit médecin, vétérinaire et anthropologue. Ce dernier leur demande s’il serait possible de suivre la famille jusqu’à Bariloche, particulièrement sur la route qui traverse le désert, une route réputée dangereuse. La famille accepte. Cependant, cette demande n’est pas innocente puisque l’œil du médecin-anthropologue a repéré le physique parfait de leur fille Lilith. Parfait à une exception près: sa petite taille. Il se trouve qu’Eva est également enceinte ce qui attire encore plus l’attention de cet homme fasciné par l’amélioration de l’être humain.

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Le roman:

81W7o9UyzVL«Wakolda» fait partie des romans qui ne peuvent pas laisser indifférent. On peut même dire que c’est un roman qui manie l’art de la torture psychologique, tant l’auteure est maîtresse dans l’art de traiter des sujets très dérangeants, d’un point de vue encore plus dérangeant.

«Wakolda» raconte l’histoire d’une famille argentine qui croise le chemin d’un médecin allemand qui se révèle être Josef Mengele, médecin et anthropologue ayant utilisé le camp d’Auschwitz pour perpétrer les plus atroces ignominies au nom de la science et de la purification de la race, en fuite en Amérique du Sud après la défaite de l’Allemagne.

Mais pourquoi ce roman est-il si dérangeant? Tout d’abord, parce qu’il force le lecteur à entrer dans la tête d’un criminel de guerre, un sociopathe n’ayant pas le moindre regret pour ses actes et toujours fasciné, voire obsédé par son travail. De plus, il montre comment ce cher docteur, grâce à son charisme, séduit une pré-adolescente (et sa famille) en mal de normalité par ses propositions de traitement, mais aussi par son simple intérêt pour elle. Une séduction qui ne sera pas sans séquelles pour la jeune fille qui va devenir la prisonnière physique et psychologique de Mengele.

«Wakolda», bien que peut-être un peu trop remuant pour les âmes sensibles, est un excellent roman, passionnant et terrifiant. Un livre que l’on n’oublie pas. A noter que ce dernier se base sur des faits historiques. Effectivement, de nombreux nazis ont fui l’Europe pour l’Amérique du Sud et ces derniers ont trouvé un excellent refuge dans la ville argentine de Bariloche qui avait déjà connu une forte immigration allemande, d’où la présence d’écoles allemandes dans cet endroit.

Le film:

21046883_20131004154745231Il est toujours fascinant et curieux de voir comment un auteur adapte son propre roman à l’écran, surtout que ces démarches sont assez rares. Paru sous le titre «Le médecin de famille» en V.F. («El médico alemán:Wakolda» en V.O.), le scénario du film est sensiblement différent du roman, mais probablement pour de bonnes raisons. Effectivement, l’image ne peut pas se permettre de montrer tout ce que le livre évoque.

Par exemple, la tension sexuelle qui existe entre Mengele (45 ans) et Lilith (12 ans) est seulement esquissée dans le film, alors qu’elle est évoquée de manière très forte dans le roman. Le problème c’est que ce genre de relation passe difficilement à l’écran, est probablement extrêmement dérangeante à jouer pour les acteurs et, de plus, risque d’être censuré dans certains pays. Pour toutes ces raisons, il est probablement bien que Lucía Puenzo ait changé son scénario.

Le film montre l’histoire du point de vue de Lilith, et non du point de vue Mengele, adoucissant l’effroi de cette histoire. Ici, la réalisatrice mise plutôt sur le suspens de la découverte de l’identité du médecin, donnant à son récit un goût de thriller à l’ambiance à la fois glauque et onirique, grâce aux paysages incroyables de la Patagonie et de la région de Bariloche. Le film est simple, ne fait pas de fioritures cinématographiques, mais, comme pour le livre, excelle dans la création d’un climat, d’une ambiance. De plus, les deux acteurs principaux Àlex Brendemühl (Josef Mengele) et Florencia Bado (Lilith) sont magnifiquement bien casté.

A noter que le film passe le test Bechdel.

En résumé, deux œuvres dérangeantes et fascinantes à découvrir: le film pour les âmes sensibles et le livre pour les lectrices et lecteurs bien accroché-e-s. 

Lucía Puenzo, «Wakolda», chez Stock.

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