Charlotte / David Foenkinos

Découverte d’un des succès de la rentrée littéraire 2014: un roman biographique sur le talent gâché d’une jeune peintre juive allemande.

Charlotte

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Allemagne, années 1920. Chalotte Salomon est l’enfant unique d’une famille aisée de la communauté juive allemande. Encore enfant, la mère de Charlotte se suicide comme beaucoup d’autres femmes de sa famille, mais on ment à l’enfant en lui disant qu’elle est morte d’une grippe. En grandissant Charlotte développe de grandes dispositions pour le dessin et la peinture, mais ce talent naît durant une période agitée et dangereuse: le basculement de l’Allemagne dans le fascisme.

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N’ayant pas lu le synopsis, j’ai été surprise de découvrir que «Charlotte» de David Foenkinos était une biographie romancée (ce qui est plutôt une bonne surprise vu que j’apprécie ce genre) de la peintre Charlotte Salomon, morte à l’âge de 26 ans dans un camp de concentration. Il faut ajouter qu’en plus d’avoir choisi le roman à l’aveugle, je n’ai jamais lu David Foenkinos, je sais seulement de lui qu’il est un écrivain plutôt en vogue.

La deuxième surprise du roman vient de son écriture qui est de «la prose en vers». C’est-à-dire que le roman est écrit en phrases courtes, après lesquelles on passe systématiquement à la ligne. Le style, un peu déroutant au début, est, au final, plutôt agréable puisqu’il permet de donner plus d’importance à chaque mot.

«Tiens, quel est le mot utilisé quand on perd sa sœur?

Il n’en existe pas, on ne dit rien.

Le dictionnaire est parfois pudique.

Comme lui-même effrayé par la douleur.»

Le récit suit Charlotte de son enfance à sa mort, à travers l’évolution de ses talents, à travers ses histoires d’amours et également à travers la destruction progressive de son univers par l’antisémitisme. Charlotte doit fuir l’Allemagne, seule, sans son père et sa belle-mère, quitter l’homme qu’elle aime. Malgré sa fuite, la barbarie la rattrapera. «Charlotte» raconte une histoire tragique à laquelle il est difficile de ne pas s’intéresser.

Cependant, en finissant le roman, j’ai eu une impression d’inachevé. Foenkinos dit être comme obsédé par Charlotte Salomon, mais il donne l’impression que, sur certains aspects, il n’a pas approfondi ses recherches, notamment concernant la peinture de Charlotte. L’auteur ne décrit quasiment pas la peinture de Charlotte Salomon.

Ainsi, le livre dépeint la naissance d’une oeuvre que l’on ne voit pas. David Foenkinos raconte le talent de cette graine de peintre, mais on est obligé de le croire sur paroles. Il n’évoque même pas le style pictural de l’artiste, alors que Charlotte est une peintre expressionniste, un style justement qualifié de dégénéré par les nazis. Et même si les peintures de Charlotte Salomon ne seront connues du grand public que des années après sa mort et après la fin de la guerre, son art expressionniste était probablement une rébellion contre le monde qui l’entourait, un monde qui partait en lambeau, brûlé vif par la furie aveugle du nazisme. En bref, le problème de «Charlotte», c’est que ce livre est tellement factuel qu’il n’apporte rien de plus qu’une biographie classique, voire même moins, vu le peu de place laissé à la peinture. En bref, dans ce livre, l’auteur semble avoir de la peine à faire un lien entre la femme, l’artiste et le contexte, laissant une impression de flottement, d’inconsistance.

En résumé, un livre agréable à lire avec une jolie écriture, mais clairement décevant au vu des prix qu’il a reçu.

David Foenkinos, «Charlotte», chez Gallimard, 2014.

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2 réflexions sur “Charlotte / David Foenkinos

  1. C’est une performance d’auteur. Et cela permet de découvrir une artiste méconnue. Pour en savoir davantage sur l’oeuvre de Charlotte, Le Tripode va sortir L’oeuvre integrale de Charlotte Salomon en octobre prochain.

    1. Personnellement, la performance ne m’impressionne pas. Après, j’ai vu que les avis sur le livre sont assez partagés, beaucoup adorent, beaucoup n’aiment pas. Le Nouvel Obs a fait une critique très virulente avec laquelle je ne suis pas d’accord non plus, car je trouve qu’ils exagèrent. Mais, par contre, je reste dubitative devant les prix reçus par le roman…

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