«Masters of Sex», la sexualité décortiquée en duo

Critique d’une série au titre sulfureux, mais qui renferme bien plus qu’il n’y paraît, car «Masters of Sex» est une étude en profondeur de l’être humain (sans mauvais jeux de mots).

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États-Unis, années 1960. Le Dr William Masters est un ponte de l’obstétrique. Les couples ayant des problèmes de fertilité accourent chez lui pour bénéficier de sa science. Cependant, le traitement de l’infertilité n’est pas ce qui passionne le docteur. Ce qui l’intéresse c’est la sexualité et le fonctionnement des corps féminins et masculins durant l’acte sexuel. Pour étudier cela, il bénéficie de l’«aide» rémunérée de Betty, une prostituée qui lui permet d’assister discrètement à ses passes. Pétri de clichés sur la sexualité des femmes, Betty fait remarquer à Masters qu’il lui faudrait pour récolter des données correctes et sans préjugés, une assistante féminine, une femme assez ouverte pour ne pas être choquée par le sujet de ses études. Cette assistante ce sera Virginia Johnson, une ancienne chanteuse de jazz, mère célibataire, extrêmement tenace et persévérante.

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Que voilà une très bonne série dramatique! Une série dont l’ingrédient principal est assez risqué puisqu’il s’agit d’un homme pas très aimable: William «Bill» Masters (brillamment interprété par Michael Sheen). Entendons-nous, le personnel médical misanthrope n’est pas vraiment une nouveauté depuis «House» ou «Nurse Jackie». Cependant, Bill Masters ressemble peu à ses congénères cyniques, mais souvent drôles. Il est un homme peu attachant, car ambitieux, prêt à tout et pas très regardant sur la morale, tout en étant dans sa vie privé maladivement fier, menteur et lâche. Mais, le pire dans tout cela, c’est qu’il est horripilé par la pudibonderie ambiante à propos de ses travaux scientifiques sur la sexualité, mais qu’il reste, dans sa vie, un homme assez conservateur. De plus, il est sans humour et austère. En résumé, une vraie tête à claques. Mais, pas d’inquiétudes, quelques révélations au cours des saisons vont tout même rendre ce cher docteur un peu plus sympathique.

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Ce vilain petit canard est, de plus, confronté à un personnage que la plupart des spectateurs adopteront tout de suite: l’intelligente, solaire et ambitieuse Virginia Johnson. Une femme célibataire qui travaille et élève ses deux enfants, une femme qui distingue sexe et amour, une vraie rebelle pour l’époque. Un statut qui lui vaudra d’ailleurs quelques problèmes avec la gent masculine qui justement peine à comprendre cette femme en avance sur son temps. Mais, pas d’inquiétude, ici non plus. Ce personnage si parfait ne va pas tarder à révéler quelques ambiguïtés, notamment en ce qui concerne son rôle de mère.

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La complexité des personnages et leur évolution, c’est justement ça la force de la série. L’autre personnage féminin, Libby Masters, la femme de Bill, est également un excellent exemple de personnage au premier abord horripilant dans son uniforme de «femme de médecin», mais qui se révèle être passionnante dans son évolution au cours des épisodes.

Un autre grand potentiel de la série: une exploration de thèmes très large qui permet aux scénaristes de ne pas se focaliser sur le triangle amoureux Virginia-Bill-Lybie et de donner à la série plus d’ampleur qu’il n’y paraît. Effectivement, «Masters of Sex» aborde, en dehors de la sexualité et de l’étude Masters-Johnson, des thèmes aussi variés et divers que les traumatismes d’enfance, la culpabilité, le mensonge, la trahison, le destin des femmes de l’époque (difficulté de conjuguer vie professionnelle et famille, enfermement de la femme au foyer, stigmate de la mauvaise mère, entre autres), la condition des afro-américains, l’alcoolisme, etc.

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Une critique? Le fait que, comme dans la plupart des films et séries américaines, on voit nettement plus le corps des femmes que celui des hommes. Avec le nombre de fois où sont exposés les seins de Lizzy Caplan, Michael Sheen mériterait bien qu’on le filme les fesses à l’air. La série est de très bonne facture et n’a vraiment pas besoin de vendre du corps pour attirer l’attention. D’ailleurs, «Masters of Sex» reste tout de même très soft de ce côté-là, donc si vous comptiez la regarder pour son côté «sexy», circulez il n’y pas grand-chose à voir. Mais, il est possible de tempérer cette critique par le ton foncièrement féministe de la série, qui donne une grande place (en temps d’image et de paroles) aux personnages féminins principaux et secondaires.

En résumé, une série dramatique de très bonne qualité avec un format classique, mais qui, avec de très bons acteurs et une large palette de sujets arrive à éviter les poncifs.

 Saison 3, à partir de juillet 2015.

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14 réflexions sur “«Masters of Sex», la sexualité décortiquée en duo

  1. J’en avais parlé sur mon blog moi aussi. C’est une série que j’ai découverte un peu par hasard et j’ai dévoré les 3 premières saisons rapidement. Mon intérêt c’est cependant essoufflé en début de 4e saison… Mais bon, je recommencerais sûrement un de ces jours parce que c’est une excellente série.

    Pour ce qui est de l’exposition du corps des femmes je suis d’accord, je pense d’ailleurs que ça a servi d’argument de vente ( officiellement ou non ). Lizzie Caplan est une habituée du genre cela dit, j’avais déjà tout vu de son anatomie lors de son court passage dans True Blood ^^

    1. Je ne me rappelle plus de Lizzy Caplan dans True Blood…mais bon en même temps dans cette série tout le monde finit à poil donc c’est plus très marquant…^^ Par contre, t’es sûr qu’il y a 4 saisons? Parce que j’en ai trouvé que deux et sur le site de Showtime, il ne parle que de deux saisons…

      1. Au temps pour moi, tu as raison, il n’y a que deux saisons! Du coup j’ai lâché en cours de deuxième saison.
        J’ai dû confondre avec Mad Men, que j’ai stoppé en cours de quatrième saison. Toutes ces séries aussi, il y a de quoi perdre la boule! 😀

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