En attendant le vote des bêtes sauvages / Ahmadou Kourouma

Sur ce blog, chronique du premier roman issu de la littérature africaine (c’était le moment…): un conte féroce sur les dirigeants africains de la période post-colonisation.

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Dans un pays africain imaginaire, la république du Golfe, Koyaga le dictateur écoute, au cours d’une cérémonie de purification, le récit de sa vie durant six veillées, conté par deux griots appartenant à la même ethnie que lui. Vénéré, adulé, protégé des coups du sort par la magie de sa mère Nadjouma et par un marabout, Koyaga ne discerne pas au travers du récit du griot, la virulente critique de son règne.

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«En attendant le vote des bêtes sauvages» est un livre choisi au hasard et le hasard a plutôt bien fait les choses. Ce roman d’Ahmadou Kourouma est à la fois inspiré d’éléments autobiographiques (l’auteur a été, comme Koyaga, enrôlé comme tirailleur sénégalais en Indochine) et de la vie d’un ancien chef d’État togolais.

«En attendant le vote des bêtes sauvages» est rédigé sous la forme d’un conte (avec la structure classique de répétition d’actions, d’événements et de phrases) qui représente l’élévation vers le sommet de l’Etat d’un garçon issu d’une ethnie de chasseurs.

Malgré sa forme de conte, le roman nous offre une plongée réaliste dans l’Afrique post-colonisation avec l’utilisation des Africains comme chair à canons lors des différentes guerres, l’instrumentalisation des différents pays du continent durant la guerre froide et la prise de pouvoir par des dictateurs sans foi, ni loi (ou plutôt avec une vision de la foi et de la loi qui les arrange), dont Koyaga est un digne représentant.

«En attendant le vote des bêtes sauvages» est un roman éminemment intéressant: cynique, critique, instructif. Dans sa critique, Ahmadou Kourouma n’épargne personne, ni les Européens, ni les Africains. Son roman permet de mieux comprendre certains éléments culturels et politiques africains (même si, la situation du récit dans un pays imaginaire pousse un peu le lecteur à faire des généralisations sur l’Afrique, au lieu de tenir compte des différences inhérentes à chaque pays) et de se départir de certains clichés. L’utilisation de la structure du conte est intelligente, car elle permet de faire sourire le lecteur, alors que l’histoire relatée par l’auteur est foncièrement terrible et désespérante.

Le seul bémol que l’on peut soulever, c’est la longueur du roman. Normalement, les contes ont un format court, ainsi les répétitions ne se font pas vraiment sentir, ce qui est un peu plus difficile dans un roman. Une veillée de moins aurait tout aussi bien raconté l’histoire de Koyaga, le chasseur-dictateur.

En résumé, un roman qui ravira les amateurs de politique et d’histoire internationale ou simplement ceux qui aiment les récits engagés et grinçants.

Ahmadou Kourouma, «En attendant le vote des bêtes sauvages», Paris: Éditions Points, 2000, 384 pages.

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4 réflexions sur “En attendant le vote des bêtes sauvages / Ahmadou Kourouma

  1. Il est dans ma PAL celui-là. Tout comme toi, je me suis décidée à découvrir la littérature africaine. Je te conseille aussi Ahmadou Hampatê Ba avec ses mémoires, magnifique lecture où on apprend beaucoup sur l’histoire du Mali.

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