Le Royaume / Emmanuel Carrère

Critique du très médiatisé «Royaume» d’Emmanuel Carrère dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2014 PriceMinister-Rakuten.

leroyaume

2Il y a 24 ans, l’écrivain Emmanuel Carrère a vécu une grave crise de foi. Mais, une crise inversée. C’est-à-dire qu’il est devenu un chrétien enragé, allant à la messe tous les jours et étudiant la bible avec acharnement. Mais cela a duré 3 ans. Des années plus tard, interloqué par son mystérieux revirement religieux, l’auteur, à travers ses recherches, tente comprendre comment s’est développé le christianisme, de comprendre comment cette petite secte née autour d’un homme étrange s’est étendue dans le monde entier.

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Emmanuel Carrère ayant beaucoup fait parler de lui (en bien et en mal) avec son dernier roman «Le Royaume», je ne pouvais pas résister à en faire sa critique lors des matchs de la rentrée littéraire 2014 PriceMinister-Rakuten. Mal m’en a pris, sans remettre en question la qualité d’écriture de l’auteur, sa lecture a été pour moi proche du chemin de croix (pour rester dans les métaphores chrétiennes).

Étant athée et quasi religiophobe, les œuvres abordant la religion ou la spiritualité ne m’intéressent pas, à moins que le sujet soit abordé d’un point de vue sociologique ou historique. Donc à première vue, le roman d’Emmanuel Carrère ne semble pas être fait pour moi.

Cependant, les premières pages augurent de bonnes choses. L’écrivain revient sur sa crise de foi, sa soudaine conversion, ses messes quotidiennes, sa lubie d’appeler son fil Jean Baptiste, etc. Emmanuel Carrère relit les cahiers qu’il a écrits à l’époque avec un regard interloqué. Comment peut-on être chrétien ultra-pratiquant pendant 3 ans, soudain tout abandonner et même avoir un regard condescendant sur cette période? Cette courte première partie du «Royaume» est clairement impudique (l’auteur n’hésite pas à parler de sa vie de famille), un peu égocentrique, mais comme elle est extrêmement intéressante, on lui pardonne.

Malheureusement, ces 150 pages (sur 640) sont les seules que j’aurai plaisir à lire. Mais, ça je ne le sais pas encore. Effectivement, à partir de là, l’auteur se lance sur les traces de Paul de Tarse, une des figures principales du christianisme, et de Luc, son compagnon de route, écrivain dans l’âme et auteur (présumé) du troisième évangile. Ici, pas de prosélytisme, Emmanuel Carrère est là pour enquêter (enfin, c’est ce qu’il dit). Mais, c’est à ce moment que «Le Royaume» se gâte vraiment. Vont suivre 500 pages absolument rébarbatives (tout de même essaimées de belle phrases, de jolies tournures, car Emmanuel Carrère reste un bon écrivain) sur les faits et gestes de Paul, Luc et les autres. La matière n’est pas forcément inintéressante, mais la forme est absolument catastrophique. L’auteur saute du coq à l’âne, digresse à volonté, se répète de nombreuses fois. Malgré les chapitres courts, c’est une lecture lente, interminable.

De plus, le problème d’ego de l’auteur qui pouvait sembler pardonnable dans les 150 premières pages devient irritant avec ses anecdotes personnelles qu’il place ça et là et qui ne sont pas toujours pertinentes. Dernière chose assez agaçante, l’auteur s’amuse à supposer, à imaginer ce que font, ce que pensent les personnages quand les documents historiques ne lui sont d’aucun secours. Ce mélange de faits historiques et de convictions est assez douteux (même si beaucoup d’historiens font la même chose et souvent sans le dire, ici, au moins, l’auteur est honnête). Lit-on une enquête ou une oeuvre de fiction? La frontière est un peu floue. De plus, même s’il cite de nombreux auteurs de référence sur le sujet, il aurait été appréciable de faire une réelle bibliographie pour vraiment pouvoir prétendre au titre d’enquête. Le fait qu’il ait fait Science Po et apparemment étudié un peu l’histoire ne fait pas de lui un historien ou un théologien, le lecteur n’a donc pas à le croire sur paroles.

Mais, finalement, le principal problème du «Royaume», c’est qu’Emmanuel Carrère ne l’a écrit que pour lui, que pour tenter de résoudre son mystère intérieur. Et ce, même s’il fait semblant de s’adresser parfois au lecteur. «Le Royaume» ne s’adresse qu’à celui qui l’a écrit. Il dit d’ailleurs qu’il écrit ce livre «pour ne pas abonder dans son sens».

A qui recommander ce livre? Je ne sais pas. Peut-être aux fans d’Emmanuel Carrère ou aux adeptes des questionnements spirituels. Mais, dans tous les cas, c’est un livre qui ne laissera pas indifférent.

Emmanuel Carrère,  «Le Royaume», Paris: Éditions P.O.L., 2014, 640 pages.

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5 réflexions sur “Le Royaume / Emmanuel Carrère

  1. Assez d’accord avec ta critique. J’ai attaqué « le royaume » suite aux critiques dithyrambiques et après avoir lu « Limonov » du même auteur que j’avais adoré. Enorme déception pour le royaume dont j’ai bien compris pourquoi il n’avais pas fait parti de la short list du Goncourt. Dommage le sujet était original !

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