Choisissez tout / Nathalie Loiseau

Critique de «Choisissez tout» de Nathalie Loiseau, un livre à la croisée de l’essai et de l’autobiographie, racontant le parcours professionnel et personnel exceptionnel de son auteure.

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«Je me souviens de l’ironie avec laquelle on répétait dans ma famille qu’enfant, je «voulais tout». Pauvre naïve : naïve d’en avoir envie, naïve de croire que c’était possible et naïve de le dire. Naïve, je le suis restée et le revendique : have it all, vivre pleinement sa vie, ne pas renoncer avant d’avoir essayé, je voudrais que cela soit possible pour toutes les femmes. J’ai beaucoup reçu, beaucoup combattu et beaucoup obtenu. J’ai aussi connu dans de nombreux pays, d’innombrables destins de femmes qui m’ont fait réfléchir. J’ai vu dans leurs vies des reflets de la mienne. Aujourd’hui je voudrais partager ce que j’ai vu et vécu, donner envie à d’autres femmes d’oser, de rêver et de changer le monde».

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En recevant ce livre, j’ai été un peu dubitative. «Ah encore une de ces féministes qui expliquent aux femmes comment être féministes, encore des injonctions envers les femmes leur disant comment travailler, comment éduquer leurs enfants, etc.». Mais, en fait, le livre de Nathalie Loiseau évite largement cet écueil et prône un féminisme qui propose aux femmes d’oser s’offrir toutes les options. La liberté, quoi!

Petite fille et adolescente précoce, Nathalie Loiseau a longtemps vécu avec le «syndrome de la bonne élève». C’est-à-dire dans le rôle de la fille qui sait répondre au professeur, mais qui ne lève pas la main, dans le rôle de l’étudiante talentueuse qui n’ose pas faire le concours d’entrée des grandes écoles, dans le rôle de la jeune femme qui ne se présente pas aux prestigieux postes à responsabilités, malgré ses compétences. Pour quoi ce syndrome? Parce Nathalie Loiseau est une femme et que, toute sa vie, on lui a répété que le mieux était de ne pas avoir d’ambition. Mais voilà, Natalie Loiseau, forte de ses capacités va se débarrasser peu à peu du «syndrome de la bonne élève» pour briller et s’élever. Car, Natalie Loiseau veut tout et revendique le droit de ne pas choisir entre avoir des enfants et avoir une brillante carrière, tout comme ses homologues masculins.

Dans son livre, l’auteure évoque quelques-uns des obstacles qui font de l’épanouissement professionnel et personnel des femmes un vrai parcours du combattant.

L’éducation de filles:

Éduquées pour être passives et attendre le prince charmant, elles attendent de la même façon les promotions. Cela peut paraître anodin, mais féliciter systématiquement les fillettes pour leur beauté et leur sagesse et, de l’autre côté, admirez systématiquement le courage d’un garçon, n’est pas sans conséquences sur la construction de soi.

Le sacro-saint rôle de la mère:

Un rôle dont tout le monde se mêle et où tout le monde sait mieux faire que les autres. Un rôle sur lequel les gens d’aujourd’hui n’ont aucun recul, persuadés que la famille nucléaire avec papa/maman/enfants est le seul modèle qui n’ait jamais existé. Evidemment, c’est complètement faux et chaque génération d’enfants a été éduquée différemment, avec d’autres schémas, d’autres valeurs. Au final, la terre tourne toujours. Nathalie Loiseau explique qu’il y a plusieurs façons d’être mère et qu’il faut arrêter de rechercher la perfection: on peut être une excellente maman au foyer, comme une très bonne maman souvent en voyage d’affaire (encore une chose que l’on ne reproche jamais aux hommes).

Un monde du travail vieillot et taillé pour les hommes:

Au cours de sa carrière, Nathalie Loiseau a constaté un fort phénomène de «présentéisme» dans le monde du travail. Effectivement, pour prouver qu’ils sont efficaces, les collaborateurs envoient des mails à 1h du matin, participent à toutes les réunions, même si leur présence n’est pas requise, etc. Ce qui est exactement le genre de comportement qui est impossible si l’on a, en plus de son travail, la tâche de s’occuper des enfants. L’auteure s’étonne que tout ce petit monde de cabinets de ministres ne se pose jamais la question de l’efficacité des méthodes de travail. A moins de travailler à la sécurité nationale, a-t-on vraiment besoin d’un collaborateur présent à 22h30? En résumé, ce mode de travail vieillot, inefficace et hostile à la famille doit-il être conservé ?

La culpabilisation systématique des femmes

L’auteure constate également un phénomène multidimensionnel: la culpabilisation systématique des femmes quel que soit le domaine. Par exemple, dans le monde du travail, les femmes sont toujours vues à l’heure actuelle comme un problème, comme des enquiquineuses qui empêchent de faire «comme on a toujours fait». Les femmes sont aussi largement culpabilisées dans leur rôle de mère où chacune de leurs décisions (travailler ou pas, allaiter ou pas, etc.) sont jugées. De plus, l’auteure constate qu’il semble normal pour la société que les femmes souffrent, particulièrement les mères: à l’accouchement, au travail parce qu’elles sont loin de leur enfants, en étant mère au foyer parce qu’elles sont coupées du monde, etc. En bref, tu naîtras femme et ton quotidien ne sera que souffrances, sacrifices et balai-brosse.

Mais au final qu’est-ce qui ressort de ce livre ?

«Lorsque les femmes demandent davantage d’égalité et une société mieux pensée, il ne s’agit pas d’un combat et il n’y aura pas de perdants. À part les imbéciles, et c’est plutôt une bonne nouvelle»

Un immense élan d’énergie et de positivité. L’auteure fait bien sûr la liste des choses qui ne vont pas, mais elle ne se contente pas de cela. Elle encourage les femmes à croquer la vie, à être ambitieuses, à aller de l’avant et surtout à ne laisser personne leur dire: «Tu n’y arriveras pas». Ces choses peuvent paraître banales, mais notre éducation genrée fait qu’il est rare que les fillettes entendent ce discours depuis l’enfance, alors qu’il est en général martelé aux garçons. En plus, d’être un livre très intéressant sur la diplomatie et l’administration publique française, cet essai fait presque figure de livre de développement personnel qui aidera probablement les femmes qui manquent de confiance en elles. C’est un féminisme positif, accessible à toutes et plein d’espoir.

En résumé, le féminisme c’est aussi ça, se mettre un coup de pied aux fesses pour réaliser ses rêves !

Nathalie Loiseau, « Choisissez tout », Paris: Éditions JC Lattès, 2014, 332 pages.

Merci aux éditions JC Lattès pour l’envoi sur demande du livre en service presse.

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