Parle-moi du sous-sol / Clotilde Coquet

Chronique d’un roman social, digne héritier de «Au bonheur des dames» d’Émile Zola, avec en plus une touche d’humour désabusé.

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Une jeune femme, extrêmement diplômée et spécialiste du bestiaire dans l’enluminure médiévale, devient caissière dans un grand magasin chic, faute de trouver un emploi dans son domaine. Elle va découvrir un monde inconnu, feutré et coupé de l’extérieur. Dans le grand magasin, la narratrice va découvrir qu’elle n’est pas la seule personne surdiplômée à servir des clientes pas toujours aimables. Mais va-t’elle pouvoir sortir de ce magasin? Est-ce vraiment tout ce que l’avenir lui réserve?

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De «Au bonheur des dames», «Parle-moi du sous-sol» de Clotilde Coquet n’a que le genre littéraire et l’environnement, car, pour l’héroïne, il n’est pas question d’ascension sociale par le travail, mais d’une descente irrésistible vers le sous-sol du grand magasin, bien loin de la finesse et de la recherche des enluminures médiévales qu’elle avait l’habitude d’étudier. Pas de vision positive du capitalisme qui permet à certains êtres travailleurs de s’en sortir, ici seul l’argent a raison, même le savoir n’a plus de valeur.

Et la descente n’en finit pas pour la narratrice qui se fera également abandonner par son compagnon, répugné par cette jeune femme cultivée, réduite à devenir une petite chose servile, miroir de son propre échec en temps qu’acteur, incapable de décrocher autre chose que de la figuration.

Déprimant? Oui, mais pas tant que ça, car le roman est allégé par un humour désabusé qui donne au tout le ton d’un «joyeux désespoir», comme le qualifie elle-même l’auteure.

«Accroupi à la hauteur de chaque candidat, l’homme leur tendait son micro avec une inusable sincérité, comme si c’était la première fois, qu’est-ce que tu veux faire plus tard, quand tu seras grand? J’y étais, j’avais ma taille définitive depuis un moment, je souriais bêtement au Pingouin et je savais seulement qu’on pouvait compter sur la vie pour vous surprendre, jamais je n’avais envisagé pareille mascarade.»

«Parle-moi du sous-sol» est un portrait caustique d’une société capitaliste cruelle, symbolisée par ce magasin dévoreur de main d’oeuvre, profitant du désespoir de personnes très (trop?) diplômées, obligées de travailler «temporairement» dans son antre. Malheureusement, le magasin laisse difficilement ceux qui entrent à son service en sortir. Clotilde Coquet aborde également dans son roman le déclassement de la jeunesse actuelle, souvent incapable de faire aussi bien, voire mieux que leurs parents, interrompant ainsi la trajectoire ascendante de nombreuses familles de la classe moyenne. Le roman est, de plus, servi par une écriture remarquable, imagée et soutenue, un vrai plaisir à lire.

En résumé, un excellent premier roman pour une écrivaine à avoir à l’œil !

Clotilde Coquet, «Parle-moi du sous-sol», Éditions Fayard, 2014, 216 pages.

Merci aux éditions Fayard pour l’envoi sur demande du livre en service presse.

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3 réflexions sur “Parle-moi du sous-sol / Clotilde Coquet

  1. Je classe le Bonheur des dames parmi mes livres préférés donc si celui est sont petit-fils du XXI ieme siècle avec en plus de l’humour, il est pour moi. Merci pour la découverte de ce roman que je n’ai vu nulle part ailleurs.

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