Résistance féministe #3: Survivre dans la jungle des courants féministes

Le féminisme se conjugue au pluriel et se retrouver dans la jungle des courants, à la fois diversifiés et divisés, est une gageure pour les novices, comme pour les militantes, souvent amenées à se poser la question: «Quel féministe suis-je?».

FéminismesMême les plus grands cyniques ont une petite dose de naïveté en eux. En me lançant dans le militantisme féministe sur internet et dans la vie de tous les jours, je voyais le féminisme comme une grande communauté défendant les droits des femmes, main dans la main. FAUX! Au cours de mes lectures et de mon expérience de blogueuse, j’ai pu remarquer que le féminisme s’écrit décidément au pluriel.

Le point historique (selon L. Toupin¹)

Évidemment, le développement des mouvements féministes dans chaque pays a été inhérent aux événements et à la place accordée aux femmes dans ceux-ci. Mais, historiquement, on distingue globalement trois tendances:

Le féminisme libéral égalitaire:

Le féminisme libéral égalitaire tourne autour de deux axes : la liberté et l’égalité. Ce mouvement est également lié au libéralisme économique et donc au capitalisme. Pour les féministes libérales égalitaires, le problème est que ce capitalisme est simplement mal ajusté aux femmes, car «à l’intérieur de ce système, les femmes sont discriminées socialement, politiquement et économiquement. La cause est à trouver dans leur socialisation différenciée : des préjugés, des stéréotypes, des mentalités et des valeurs rétrogrades en sont responsables» (selon L. Toupin¹). Ce féminisme pense atteindre l’égalité à travers la réforme des lois et la fin de l’éducation genrée.

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Timbres-poste édités lors de la campagne pour l’introduction du suffrage féminin / Musée national suisse

Le féminisme de tradition marxiste:

Pour les féministes marxistes, l’oppression des femmes est due au capitalisme et à la division sexuée du travail qu’il a instauré; pour les hommes la production sociale et le travail salarié, pour les femmes le travail domestique et maternel gratuit. Pour les féministes marxistes, cette exploitation disparaîtra avec le renversement du capitalisme.

Le féminisme radical:

Malgré ce qu’on pourrait croire, le mot radical n’a rien à voir avec les cagoules et les cocktails Molotov. Ici, le mot «radical» signifie «remonter […] «à la racine» du système» (selon L. Toupin¹). Le système auquel on fait référence cette fois, c’est le patriarcat. C’est-à-dire le pouvoir des hommes sur les femmes, sur leur corps, sur leur comportement, sur leur place dans la société.  A la différence des deux premiers mouvements, le féminisme radical n’est pas homogène. Dans ce courant, on trouve également des mouvements de féminisme noir et de féminisme lesbien (eux non plus, pas forcément homogènes), qui voit le féminisme sous l’angle de l’intersectionnalité, c’est-à-dire la cumulation des discriminations par certaines communautés (homosexuelles, racisées, handicapées, pauvres, etc.).

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Le « poing féministe », souvent associé aux mouvements féministes radicaux

Diversification récentes des féminismes

En matière d’évolution récente, on peut ajouter d’autres courants (attention, liste non-exhaustive!), comme le féminisme queer (associé au féminisme radical, même si la mouvance pro-sexe issu du féminisme queer s’oppose au féminisme radical dans sa considération du sexe et de l’exploitation du corps). On peut aussi parler du féminisme environnementaliste (lui aussi très hétérogène), du féminisme chrétien ou musulman, du féminisme asexuel ou encore du féminisme essentialiste (qui s’oppose aux études de genre et cherche à valoriser chacun des sexes dans leurs différences). Pour ce dernier type, on peut se demander si l’appellation «féminisme» n’est pas un peu usurpée, puisque loin d’être libérant pour les femmes, ils les enferment dans un rôle bien précis. Mais ici n’est pas la question.

Si vous avez les mêmes connaissances que moi au début de mon militantisme, il est possible que je vous ai perdu en route, mais c’est normal. Le féminisme, comme tous les courants de pensée, n’est pas homogène et il suffit de lancer quelques sujets brûlants sur la table pour s’en rendre compte.

Un exemple ? La prostitution (attention, ça va péter!). Probablement, le meilleur sujet pour déclencher une bataille d’arguments entre les tenantes de différents courants féministes. Entre les pro-sexe et les libérales qui pensent que la femme doit être libre d’utiliser son corps, entre certaines radicales qui pensent que la prostitution est le symbole de l’oppression du patriarcat, entre les marxistes qui pensent qu’elle est le symbole de l’oppression du capitalisme et les féministes essentialistes qui pensent que la prostitution est contre la «nature» des femmes, difficile de s’y retrouver. Mais est-ce vraiment un problème ?

La diversité des féminismes nuit-elle à l’amélioration de la situation des femmes ?

Penser que les femmes vivent toutes le même quotidien, qu’elles soient blanches, noires, riches, pauvres, hétéro, homo ou encore trans, est une illusion. Voilà pourquoi la diversification du féminisme est nécessaire afin de ne pas exclure certaines personnes du féminisme. De plus, l’émergence de mouvements féministes s’éloignant des trois courants historiques est la preuve que le féminisme est vivant, que le féminisme bouge, qu’il n’est pas un courant de pensée immobile et poussiéreux. Les confrontations, les discussions sont un vecteur d’émulation intellectuelle. Une émulation qui ne pourra qu’améliorer le féminisme, le rendant plus tolérant, plus inclusif, et forcément plus efficace et plus dangereux pour le patriarcat.

Cependant, il arrive parfois que les divers courants s’égarent un peu et, au lieu de combattre le patriarcat (j’ai bien dit le patriarcat et pas les hommes…), se mettent à se combattre les uns les autres. A rappeler que ceci n’est pas une caractéristique du courant féministe et que ces problèmes surgissent dans tous les mouvements, au cas où vous vous aviseriez de penser que «c’est encore ces bonnes femmes qui ne sont pas foutues de se mettre d’accord».

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Dessinateur inconnu, provenance : http://intrigue.ie/feminism-what-does-it-actually-mean/

Hostilité et  conflit historique

Le phénomène qui m’a inspiré l’écriture de cet article, c’est l’ambiance un peu hostile qu’il règne entre féministes sur la Toile. Dernièrement, je me suis rendue compte que beaucoup de comptes Twitter et de blogs féministes passaient une bonne partie de leur temps à se tirer dans les pattes, revendiquant chacun le titre de féminisme le plus légitime.

Je me suis demandée d’où venait cette mésentente entre mouvements féministes. En me plongeant dans l’histoire du féminisme, je me suis rendue compte que les conflits ne dataient pas d’hier, notamment entre le féminisme hétérosexuel et le féminisme lesbien. Par exemple, dans les années 1970, en France, lesbiennes et féministes militaient dans le même mouvement (le MLF)². Les lesbiennes soutenaient les autres féministes, même sur des sujets plutôt hétérosexuels comme l’avortement, alors que, de leur côté, les féministes hétérosexuelles n’aidaient pas forcément les membres lesbiennes sur des sujets qui les concernaient exclusivement (reconnaissance, mariage homosexuel par exemple) par opportunisme politique, par peur d’être stigmatisées. La hache de guerre fut définitivement déterrée quand naquirent des mouvements lesbiens radicaux pour qui les femmes ne pouvaient être féministes qu’en étant lesbiennes. Belle ambiance au programme !

On peut dire qu’aujourd’hui le torchon brûle toujours un peu entre un féminisme majoritairement visible (un féminisme blanc, hétérosexuel, athée, porté plutôt par des femmes ayant un certain capital, qu’il soit culturel ou financier) et les féminismes intersectionnels. D’un côté, celles qui veulent présenter un front uni pour avoir plus de force, d’un autre côté, divers mouvements qui revendiquent le droit à la reconnaissance de leur discrimination en tant que femme noire ou femme lesbienne, au nom de la diversité des vécus.

On trouve aussi un front dans le domaine de «qui a le droit de parler de quoi et de s’exprimer au nom de qui?». Effectivement, certains membres de mouvements féministes alternatifs souhaitent que les autres féministes soient moins centrées sur les problèmes des hétéros ou des femmes blanches et commencent à s’intéresser au quotidien de celles qu’on voit moins. D’un autre côté, d’autres mouvements souhaitent être visibles pour eux-mêmes et souhaitent que le mouvement féministe majoritairement visible ne parle pas d’eux à leur place et laisse l’intersectionnalité aux personnes racisées, aux queers, aux handicapés, etc.

Il existe également un conflit sur la mixité de sexe dans les mouvements féministes, mais le sujet méritant un billet entier, je ne vais pas l’aborder ici.

Si vous me suivez toujours et que vous n’avez pas abandonnez, vous vous rendez compte que parler de féminisme sans froisser personne devient presque impossible. Certains mouvements féministes d’aujourd’hui ont effectivement un problème avec tout ce qui est trop hors norme (trop noire, trop musulman, trop queer, trop pute) et ils doivent se remettre en question. De leur côté, les mouvements féministes alternatifs doivent tenter de se faire une place sur la scène médiatique pour enfin exister pour eux-mêmes. Mais, ces tweets, ces articles que s’échangent les tenants des différents mouvements et dont le seul but est de traiter l’autre de fausse féministe, de traître ou encore de victime (de l’exploitation sexuelle, de la religion, etc.), sont-ils vraiment un apport pour la cause des femmes? Le débat d’idées, le vrai apporte énormément au mouvement, mais passer son temps à dire que ce que l’autre pense est faux, est-ce vraiment constructif ?

Débats formateurs ou conflits stériles

Si j’ai écrit ce billet, c’est parce qu’un de mes articles s’est fait critiquer vertement sur Twitter. Je ne vais pas revenir sur cet article (vous en verrez assez dans les commentaires de celui-ci). Le ton caustique de l’article a été mal compris par certaines féministes et, de mon point de vue de blanche hétéro, je n’ai pas pensé à la délicatesse de certains points évoqués. Pour remédier à certaines vexations, j’ai donc ajouté quelques mots, par-ci par-là, pour sous-titrer mon propos et afin de lever d’éventuels malentendus sur mes intentions. Mais ces conflits n’ont pas eu que des effets négatifs, car avec certaines personnes, j’ai eu de vrais débats, j’ai réfléchi à mon engagement féministe.

Quellefeministe

Je me suis demandée quelle féministe j’étais. Je suis blanche, hétéro, athée et j’ai un capital culturel (à défaut d’avoir pleins de zéro sur mon compte en banque). J’ai toutes les qualités requises pour faire partie de ce mouvement féministe majoritairement visible et excluant. Puis, je me suis dit que non, je n’étais pas ça.

Non, parce que j’ai, à une certaine période de ma vie, fait partie de la classe des gens défavorisés. Grâce à cela, je comprends le point de vue des femmes désargentées qui n’ont pas forcément le temps ou les moyens de se livrer à des débats idéologiques.

Non, parce que, malgré ma phobie de la religion, je déteste quand des groupes d’extrême-droite utilisent des arguments soi-disant féministes pour interdire la burqa dans les lieux publics, par exemple.

Non, parce que, même si je ne parle pas beaucoup de la situation des femmes lesbiennes (je ne m’imagine pas parler à leur place) et pas du tout de la situation des trans (car je n’y connais rien et je ne compte pas me dédouaner simplement en glissant un mot sur elles, car ce serait manquer d’honnêteté), je suis tout à fait consciente de l’hétéronormativité et de la peur des trans dans notre société.

Non, parce que jamais je ne dirais à une autre féministe ce qu’elle doit faire, ni ce qu’elle doit penser. Toutes les femmes hétéro, homo, riches, pauvres, noires, blanches, catho, musulmanes, mères au foyer, prostituées, trans, handicapées ont le droit de se revendiquer féministes et personne n’a le droit de leur retirer ce droit en dévalorisant leur forme de féminisme. Le féminisme est là pour se débarrasser des normes, pas pour en créer de nouvelles.

Alors, on pourra m’accuser de faire partie de cette grosse masse de féministes majoritaires blanches et hétéro. Ce qui n’est pas faux foncièrement, parce qu’être blanche et hétérosexuelle, c’est ma réalité, mon féminisme est donc lié à ma réalité, comme celui d’une femme noire est lié à son vécu. Mais jamais je ne laisserai quelqu’un m’empêcher de m’exprimer, comme je n’ai jamais remis en cause le droit de s’exprimer des autres.

Mais l’on ne m’empêchera pas de penser que si, au lieu de gueuler les unes sur les autres, on gueulait ensemble contre le patriarcat, pas forcément d’une voix uniforme, pas forcément en se tenant la main (car certains points de vue sont probablement irréconciliables), on servirait probablement mieux la cause des femmes.

Et vous, c’est quoi votre rapport au féminisme et à sa diversité ? Vous situez-vous dans un courant ? Ou, au contraire, vous n’adhérez à aucun courant en particulier ? Vous êtes plutôt pour l’union de tous les courants dans la lutte ou plutôt pour des luttes féministes, mais séparées ? Pensez-vous que l’on peut parler d’une discrimination dont on n’est pas victime ?

¹ Louise Toupin, «Les courants de pensée féministe», http://archivesfemmes.cdeacf.ca/documents/courants0.html

² «Les aventures d’une alliance objective: quelques moments de la relation entre mouvements homosexuels et mouvements féministes au 20ème siècle», in Féminismes: Théories, mouvements, conflits, coord. M. Bessin et E. Dorlin, Paris: Éditions L’Harmattan, 2006, pp. 111-130

Pour aller plus loin:

La  conférence “Féminisme(s): divisés ou diversifiés?”

La rubrique Féminisme(s) du site www.jesuisfeministe.com

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21 réflexions sur “Résistance féministe #3: Survivre dans la jungle des courants féministes

  1. Au cours d’une journée de débat à l’université, je me suis interposée à une féministe en lui disant que je n’aimais pas sa manière de lutter et que je ne comprenais pas son opinion. Je lui ai dis la mienne, à quoi elle a répondu « ah bah alors toi aussi t’es féministe tu vois ! »… XD elle m’a cloué le bec. Alors voilà mon avis sur la question vu que je ne le reconnais dans aucun des groupes que tu as cité au dessus:
    Je suis pour la liberté et le libre arbitre. Certaines filles opposent le féminisme à la mère au foyer par exemple. Et bien selon moi, si cette femme À CHOISIT par elle même, qu’elle préférait rester à la maison pour ses enfants plutôt que d’aller travailler…je ne vois pas le problème. C’est SON CHOIX et le simple fait qu’elle ai pu choisir en fait une femme libre.
    Selon moi il n’y a pas à avoir honte de dire que certains métier sont plus adapté aux hommes qu’aux femmes ou le contraire mais il n’y a pas non plus à se moquer d’un homme qui voudrait faire un métier considéré « féminin  » ou le contraire.
    Enfin bref, je suis sûre que tu as compris ce que je voulais dire 😉 bonne soirée !

    1. Pour moi, le féminisme c’est vraiment ça : être libre de vivre comme on l’entend. Par contre, je ne suis pas forcément d’accord quand on parle métier plus adaptés aux hommes ou aux femmes, si on n’éduquait pas les enfants avec des clichés, on se rendrait compte que les métiers sont unisexes.

      1. Bah je parle sûrement d’un point de vue physique. Ensuite bien sur qu’une femme peut faire le même métier qu’un homme, mais on ne peut nier que ça ne demande pas les mêmes efforts à une femme qu’à un homme pour arriver à un même résultat.

      2. On est d’accord, mais le souci, c’est que l’on appuie de manière exagérée sur ces différences physiques. Ok, les femmes ont moins de masse musculaire que les hommes (en général), mais on ne peut pas nier d’énormes différences physiques entre les hommes eux-mêmes. On connait tous dans notre entourage des mecs qui sont des vrais brindilles et à qui c’est pas la peine de demander de t’aider à ouvrir un pot de confiture récalcitrant. Ces hommes-là seront en général moins retenu (par leur famille, amis, etc.) d’aller vers un métier très physique qu’une fille. Parce que même s’il n’a pas vraiment les qualités requises, il rentre dans le cliché de l’homme qui fait un métier physique.

      3. Oui c’est tout à fait vrai. En fait le problème c’est qu’on différencie les genres mais pas les gens qui font parti des genre ^^ » du coup ça donne des raisonnements tordu

  2. Très très intéressant. Et c’est vrai que c’est compliqué et qu’on aurait comme une envie d’un discours simple, un peu universel… Je me retrouve rarement dans les prises de positions entendues dans les media. Ou j’adhère à un point, et pas aux autres. Pour moi, le féminisme, c’est militer pour la justice. C’est faire en sorte que les filles aient les mêmes opportunités que les garçons, et qu’elles le sachent. C’est lutter contre les innombrables petites attaques quotidiennes à ce principe. C’est faire en sorte que les femmes soient libres et le comprennent.

  3. L’OCML VP, qui illustre le paragraphe sur le « féminisme marxiste », n’a pas du tout les positions décrites dans le dit paragraphe…

  4. J’ai trouvé ton article très sympa et intéressant, j’aime bien ce genre de billet où quelqu’un s’exprime simplement sans donner de leçon juste en donnant son point de vue, ce qui permet également de nous faire réfléchir nous les lecteurs.
    Je ne savais pas qu’il existait autant de courants, même si je me doutais que tout le monde n’était pas d’accord au sein du mouvement (c’est normal en même temps c’est pas possible, sinon c’est une secte :D).
    Je voulais répondre aux questions que tu pose à la fin de ton post, enfin répondre, selon moi, en donnant mon avis.

    Personnellement je n’adhère à aucun un courant pour le moment, je ne les connais pas assez.
    Néanmoins je m’intéresse au féminisme essentialiste, parce que j’ai toujours ressentis quelque chose de particulier à l’idée d’être une femme, c’est une composante de mon identité très forte pour moi, je dirais presque la plus importante. Je pense vraiment qu’il y a certaines choses inhérentes au fait d’être une femme (je pense plus intérieurement qu’extérieurement, ce qui inclue les personnes transgenre qui se sentiraient femme) comme au fait d’être un homme. Mais pour autant je ne pense pas que toutes les femmes (ou tous les hommes) sont exactement pareil et que cela impliquerait donc les mêmes qualités/défauts pour tous et une existence toute tracée (métiers « spécialisés », …). C’est pourquoi je ne pense pas que cette conception soit incompatible avec le féminisme, car cela ne m’empêche pas de défendre l’égalité. Après comme je disais je ne me suis pas encore assez renseignée sur le sujet.
    Je m’intéresse également au féminisme radical dans son combat contre le patriarcat. Mais là encore je manque d’informations.

    Je ne suis pas pour l’union de tous les courants, honnêtement je ne pense pas que cela soit possible. Même si j’aimerai que tout le monde soit d’accord avec moi (hihi) je pense franchement que ça ne serait pas intéressant. Et certains désaccords sont trop importants pour que l’on puisse les mettre de côté (ton exemple de la prostitution est tout à fait pertinent).
    Mais pour autant je ne pense pas non plus que ce soit bien que les luttes soient menées séparément. Je pense que lorsque deux courants sont d’accord sur un sujet ils devraient s’associer, mener des actions conjointes (je pense que c’est parfois le cas quand même, du moins j’espère).
    Mais dans le cas d’un désaccord, je pense que se tirer dans les pattes bêtement est puéril et contre-productif. Un débat, même si l’on ne tombe pas d’accord à la fin, oui. Insultes, moqueries ou condescendance, non.

    Je pense que oui, on peut parler d’une discrimination que l’on ne vit pas. Bien évidemment on ne peut pas parler du ressentit, et on peut potentiellement dire une bêtise, c’est pourquoi il faut le faire avec tact et prendre des pincettes. Mais parler de ce dont on a pu être témoin ou juste de ce que l’on pense d’une discrimination n’est pas mal ni prétentieux. Je suis contre toute forme de discrimination de manière générale (liée à la religion, racisme, homophobie, sociales, handicap …) et j’en parle sans problème, j’essaye de défendre les gens au maximum et au mieux de mes (faibles) possibilités. Je ne supporte pas les discriminations, c’est épidermique chez moi, et même si je suis une jeune femme blanche et hétéro (ce qui n’est pas une tare non plus) je ne me suis jamais sentie déplacée quand je m’exprimais sur ces sujets. Je me les suis toujours « appropriés » en tant qu’être humain ne supportant pas une injustice envers un autre être humain, jamais en essayant de me supplanter à un-e homosexuel-le, un-e personne d’une autre ethnie ou religion, juste en parlant avec mon cœur…

    C’est marrant d’ailleurs, mais moi je n’ai jamais pensé qu’une femme handicapée, ou noire, … aurait un autre vécu que moi en tant que femme. Je veux dire qu’elle pouvait être confrontée à une discrimination que je ne connaissais pas, en plus d’être une femme, mais je n’ai jamais mélangé les deux. Je ne sais pas si je suis claire… En gros elle pouvait tomber soit sur quelqu’un de sexiste, ou raciste ou homophobe, ou tout ça à la fois mais c’était des atteintes séparées… Si on me traité de sale p**e blanche par exemple je me sentirai atteinte en tant que femme et en parallèle en tant que blanche comme si c’était séparé (je ne sais toujours pas si je suis compréhensible par qq un d’autre que moi lol). Bien sûr une insulte n’est pas mieux que l’autre et elles doivent toutes être combattues à égalité, mais je pensais qu’une femme lesbienne par exemple se reconnaîtrais dans le combat des femmes d’un coté et des homosexuels de l’autre, sans ressentir le besoin de créer un mouvement spécialement pour les femmes homosexuelles… Encore une fois je ne nie aucune des souffrances vécues par les un-e-s ou les autres. Juste, je trouve cela dommage de communautariser un combat qui devrait plutôt nous réunir (en dehors des divergences d’opinion sur certains sujets). Pour moi ça nous éloigne…

    M’enfin ce n’est que mon avis de non-spécialiste ^^

    1. Merci! Ton commentaire me fait très plaisir. Mon but était exactement ça: encourager les gens à réfléchir et ne pas faire la donneuse de leçon (une espèce courante dans le féminisme…). Par contre, selon ce que tu me dis je ne pense pas que tu sois une féministe essentialiste. Car c’est un courant qui met les gens dans des cases, ce que tu ne semble pas du tout faire!

      1. Coucou, effectivement je venais mettre à jour ce que j’avais dit lol, j’ai commencé à lire sur le sujet et comme d’habitude je vais me ranger dans les « sans étiquettes » comme en politique ou en religion (j’aurai dû m’en douter !!). Effectivement je ne sais si ce que je ressens/pense a un nom, mais l’essentialisme ne me paraît pas vraiment correspondre. Et même si je me reconnais dans la définition première du féminisme radicale, je pense que les courants internes sont tellement nombreux que c’est pas la peine que j’induise les gens en erreur sur mes idées en agitant ce drapeau.
        C’est l’histoire de ma vie lool je suis incapable de porter une étiquette qu’elle soit d’un parti politique, d’une religion/foi précise ou autre. Je n’aime pas me revendiquer d’un «  »camps » » si je ne suis pas sûre d’être entièrement d’accord avec tout ce qu’il véhicule… et comme je suis une relou c’est jamais le cas !! Je suis une femme mystérieuse xD
        Bon sur ce j’arrête de monopoliser la « parole » avec mes bêtises ! Au plaisir les filles !!

  5. Salut,
    Je viens de lire ton article et j’avoue que débutant dans le féminisme il m’a pas mal aidé… Je dois dire que pour l’instant je pense être « sans étiquette » particulière car je suis d’accord avec certains points et d’autres non selon les groupes… Mais je veux la liberté et l’égalité des femmes par rapport aux hommes et que les stéréotypes soient abolis. Après, je pense qu’il est important qu’il y est une certaine plularité dans cette lutte mais je pense aussi que si deux groupes sont d’accord sur un point ils devraient lutter ensemble pour cette idée seulement car l’impact serait plus important je pense. Je ne pense pas par contre que l’on puisse parler d’injustice quand on ne la vit pas à moins que quelqu’un l’ayant vécu nous l’explique en détails…
    Encore une fois, ton article était très intéressant et très bien construit; surtout car il n’était pas « donneur de leçons » comme tu l’as précisé.

  6. Bravo pour cet état des lieux sur les féminismes.
    Je n’aime pas les étiquettes car je pense que la liberté c’est précisément de ne pas avoir à lutter pour en porter une ou plusieurs ; c’est la liberté d’être soi-même dans toutes ses potentialités et chaque être recèle énormément de potentialité, de créativité qui sont éteintes par le patriarcat et le capitalisme (qui n’est que sa conséquence) pour assigner les êtres dans des rôles figés, des identités multiples que nous n’avons pas choisies mais qui nous agissent intérieurement , nous rendant difficile voire impossible l’accès au Soi.
    Avant de me définir comme « femme », je me définis comme une personne humaine et c’est bien cette personne, dans son entièreté dont je souhaite la liberté.
    Cependant, il est certain que la première des injustices qui a pesé, pèse te pèsera toujours sur ma personne est la « fatalité » d’être née femme et pourtant j’en suis heureuse. Je n’aurais pas voulu être un homme, les prises de consciences sont bien plus difficile, voire impossible et l’opprimé-e est toujours le-la mieux placer pour décrypter les mécanismes systémiques de cette oppression.
    Cependant étant donné l’état des lieux et mon propre vécu, s’il fallait ne porter qu’une seule étiquette, c’est bien celle de FEMINISTE IRREDUCTIBLE.
    Et parmi les féminismes, bien que je n’ai jamais fait partie d’un groupe militant, je suis à n’en pas douter une féministe ultra radicale.
    Je considère que les autres féminismes sont des chevals de troie, des errements qui visent à détruire la lutte radicale permettant d’éradiquer le mal à la racine. C’est bien le féminisme radical qui offre la compréhension la plus vaste, la plus transversale, la plus universelle car ancrée dans l’histoire connue de la condition des femmes depuis 6000 ans au sein de l’espèce humaine.
    Le féminisme libérale par exemple est la version sélectionnée et mise en avant par le patriarcat au sein du féminisme de la 2nde vague pour s’assurer que rien ne change vraiment à long terme : on peut constater 40 ans plus tard l’efficacité de cette stratégie avec des Elisabeth Badinter ou des Marcella Iacubs qui veulent vendre aux femmes l’ectogénèse (utérus artificiel) comme aboutissement de lutte égalitaire. Proposition sournoise mais qui arrange si bien le capitalisme et qui peut se résumer à : « Pour lutter à armes égales dans le monde du travail au royaume des manchots, amputez-vous un bras mesdames ». Ben ce sera sans moi.
    Lire à ce sujet : https://jeputrefielepatriarcat.wordpress.com/2012/03/29/les-strategies-de-repression-antifeministes-partie-1/
    Le féminisme marxiste échoue à comprendre que le capitalisme n’est un des effets secondaires du patriarcat, c’est l’une de ses suites économiques logiques quand la technologie apparait, se développe en même temps que les famines qui poussent aux conquêtes pour maintenir les monarchies en place.
    Il prend donc le problème à l’envers mais il serait aussi naif de croire que seule la fin du capitalisme éliminerait la domination masculine et l’oppression des femmes. En effet, les mélanésiens, les amérindiens, les africains, les polynésiens, bref tous les peuples que l’occident est allé envahir ne fonctionnaient pas selon une économie capitaliste et pourtant la domination masculine y était bien présente.
    Le problème de la domination masculine et du patriarcat remonte donc à bien plus loin que le capitalisme.

    Je suis d’accord avec vous pour dire que l’existence de controverse est un gage de vivacité mais il y a des frontières qui ont été franchie avec la théorie queer notamment et qui mettent directement en cause les luttes féministes. L’intersectionnalité apporte notamment des outils intellectuel très pertinent pour penser les oppressions mais il ne faut pas oublier que le contexte dans lequel le black feminism a émergé. Il est important de comprendre comment à émerger le féminisme noir dans le contexte des luttes concernant la contraception. Notamment, j’ai lu un très bon article expliquant qu’à ce moment là, les femmes blanches étaient concernées par un trop grand nombre de grossesses alors que les femmes noires avaient le problème inverse du fait de politiques raciales et d’abus systémiques dont elles avaient été victimes (stérilisation forcée etc). Le patriarcat est donc directement responsable d’avoir produit ce clivage au sein du féminisme outre-atlantique par la mise en oeuvre de politiques eugénistes après la 2nde Guerre Mondiale.

    Une des plus vieilles stratégies et des plus efficace est « DIVISER POUR MIEUX REGNER ».
    En conséquence de quoi, la division des luttes féministes est, de mon point de vue, regrettable, parce que pendant ce temps, le patriarcat poursuit son oeuvre de destruction massive. Vu l’agenda transhumaniste en cours, si bien porté par les féministes libérales qui sont les seules à avoir tribune médiatique et en la matière, je ne crois pas au hasard, le temps n’est sans doute plus à la parlante mais à l’action.
    Le patriarcat n’est ni plus ni moins qu’un crime contre l’humanité :
    http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4397

    Le torchon brule grave actuellement entre les féministes radicales et la théorie queer et le lobby transgenre, surtout au Québec mais ça finira par arriver chez nous également. A lire :
    « Qu’est-ce que le genre? D’où vient la confusion qui l’entoure? » : http://sisyphe.org/spip.php?article4426
    « Genre et sexualité : convergences et divergences du féminisme radical et de la théorie queer  » : http://sisyphe.org/spip.php?article4430

    Le torchon brule entre féministes lesbiennes et LGBT, mouvement au sein duquel les hommes ont pris le pouvoir :
    https://christineld75.wordpress.com/2014/06/09/feminisme-et-mouvement-lgbt-le-divorce-est-il-prononce/
    Autrement dit, les lesbiennes, elles ont un peu eu la gueule de bois après le Mariage pour Tous et les premières revendications de leur compagnons de lutte gays concernant le droit d’utiliser le corps des femmes pour fabriquer leur petite famille (c’est tellement subversif le couple, les enfants le chien et le canapé!). Le modèle familial patriarcal a encore de beaux jours devant lui, aux dépens des seules femmes encore et toujours.
    C’est vous dire s’il a de la ressource le patriarcat, il a su s’adapter à toutes les époques, toutes les modes, un véritable pervers polymorphe.
    Pour sur, les débats sur la PMA et la GPA ne manquera pas de créer remous et tribulation, de « faire bouger les lignes » dans les féminismes.
    Les femmes, quel que soit leur origine, classe, race, orientation sexuelle, vont-elle prendre conscience de leur dénominateur commun ?

    Ce que l’on constate n’est pas du tout surprenant si l’on a bien compris les racines du mâle/mal et de son oppression car ce qui est en cause c’est bel et bien le sexisme, la différence des sexes, l’asymétrie reproductive de notre espèce, le « privilège  exorbitant », selon l’expression François Héritier, des femmes à pouvoir produire les 2 sexes. L’enjeu est bien QUI, quel sexe et non pas quel genre veut s’approprier pour son seul bénéfice ce pouvoir reproductif.
    Vous avez d’ailleurs remarqué que l’on parle de SEXISME et non pas de GENRISME.
    Le sexe biologique aurait-il donc quelque chose à voir dans l’histoire ?
    Et oui le sexisme est présent au sein du LGBT où les lesbiennes ont été marginalisées au profit du lobbying gay, et oui, le sexisme est présent au sein du mouvement transgenre (majoritairement des hommes disant qu’ils sont des femmes) qui sont prêt pour les plus vindicatifs à réduire au silence les féministes radicales « biologiques » par la menace de violence, voire de viol (et oui ; pourquoi pas cumuler les privilèges des 2 sexes les gars, le queer vous y autorise).
    A lire car très édifiant :
    « Qu’est-ce qu’une femme ? » : http://sisyphe.org/spip.php?article5345

    Quand on a suffisamment lu, il s’avère que les divergences sont irréconciliables car le dénominateur commun des lignes de clivage qui est TOUJOURS le corps des femmes et ses capacités de reproduire les 2 sexes, leur corps vécu, expérientiel d’une oppression multimillénaire ; expérience constitue du genre qu’aucune personne née « homme » n’a jamais à expérimenter. Quelle que soit l’endroit où il se situe sur le continuum du genre (homo, transcende, transsexuel), un homme biologique a les réflexes incorporé de 6000 ans de domination masculine, et ce quelle que soit son orientation sexuelle ou son « genre » choisi. Noues sommes, noues femmes biologiques, nombreuses à l’avoir constaté en milieu militant ou non.
    C’est vrai que dans une telle confusion, en tant que femme il est difficile de se retrouver entière, tant il est que notre corps physique est le théâtre d’une guerre multi-millénaire. On découvre que le sexisme n’est pas un privilège de l’hétéro-patriarcat.
    Comme se retrouver tel quELLE, entière ? Pourtant c’est possible.

    Après lisez, lisez Mesdames, rebondissez car l’information est abondante sur le net.
    Au cas où l’on ne serait pas convaincue, qu’il y a bien une guerre des sexes, que cela nous plaise ou non, et que le théâtre de cette guerre est le corps des femmes et son pouvoir reproductif que l’enjeu de cette guerre n’est ni plus ni moins : l’avenir de l’espèce.
    Prendrons-noues ENFIN la part de responsabilité qui nous revient dans cet enjeu ?
    Mais quand on a suffisamment lu et pris de recul, on voit bien à quel point le corps biologique et l’asymétrie reproductive de notre espèce est centrale dans tout ceci.

    1. Bonjour, je vous remercie d’avoir prie le temps d’écrire ce commentaire plein de recherche et également de renseignements que je ne manquerai pas de lire. Les différents courants du féminisme et leurs éventuels affrontements est quelque chose qui me tiraille. A la fois, je trouve fondamental que les différents féminismes permettent à toutes de s’exprimer, de trouver une place, mais d’un autre côté j’ai toujours la crainte de la division face à un patriarcat si fort, si ancré. Mais, je suis d’accord avec vous, l’étiquette de « féminisme irréductible » est probablement la meilleure qui soit 🙂

      1. Merci de votre retour, cela est important car je suis, tout comme vous tiraillée par cet état des lieux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai jamais franchi le pas de militer au sein d’un groupe.
        Même si je me sens proche des FR, je partage pas certains discours, notamment ceux qui aliène les femmes de leur corporéïté comme sur ce site :
        http://www.feministes-radicales.org/2013/08/05/la-penetration-une-arme-de-destruction-massive-de-notre-integrite/
        Il y a une série d’articles visant à démontrer « objectivement » que le vagin n’est pas un organe sexuel et que le coït aurait été inventé par le patriarcat. Il s’agit d’une construction délirante visant à démontrer que l’espèce humaine n’appartient au règne des mammifères qui est une espèce sexuée se reproduisant par le coït. Là, je dis STOP quoi. Ce genre de délire (je ne vois pas d’autres mots pour qualifier cela) décrédibilise tout le reste du travail qui est pourtant d’une qualité extraordinaire : je suis d’accord avec tout le reste de leurs idées.
        La juxtaposition sur le même site de ces articles avec celui-ci https://jeputrefielepatriarcat.wordpress.com/2014/12/25/on-ne-peut-imaginer-la-liberation-des-femmes-sans-la-liberation-de-la-planete-du-joug-des-hommes/, où l’on s’extasie de la beauté de l’accouchement d’une baleine en milieu naturelle … J’ai du mal à comprendre comment de telles incohérences peuvent cohabiter dans la tête d’une même personne dont le discours est pour tous les autres registres très bien construit.
        Je suis de formation scientifique en sciences dures et en sciences humaines et je suis attachée à l’intégrité intellectuelle. Je ne peux donc pas adhérer à de tels discours et je ne me vois pas en train de perdre mon temps à discuter avec qui que ce soit féministe ou non pour tenter de démontrer l’évidence du corps physique sexué de l’espèce humaine.
        De plus, cette aliénation fait à mon sens le jeu du patriarcat puisque l’enjeu est bien pour les hommes de s’approprier le corps des femmes pour leur plaisir sexuel et pour reproduire leur sexe afin d’avoir un héritier mâle à qui léguer leur patrimoine (conquêtes guerrières). Ceci relie bien de manière évidente le capitalisme et le patriarcat. Cette aliénation des femmes à leur propres corps est pratiqué depuis des millénaires au travers d’un ensemble de discours et de moyens (religions, pseudo-sciences), un lavage de cerveau culturel bien rodé dans lequel toute fille est immergé dès sa naissance quelle que soit sont pays de naissance, dans l’objectif certain selon moi, que les femmes continuent d’ignorer le pouvoir qui est le leur : la reproduction. Si les femmes se désaliénaient de tous ces discours, elles seraient conduites de manière évidente à contrôler à elles seules la sphère reproductive et à militer notamment pour l’abolition des droits paternels (c’est à mon sens une suite logique quand on regarde les chiffres de la culture du viol).
        Bon nombre d’entre elles pourraient d’ailleurs décider DE NE PAS S’EN SERVIR comme je l’ai fait et qui resterait-t’il à asservir, à exploiter et à gouverner si les femmes faisaient massivement la grève de l’utérus ? Donc la peur qui est instillée chez les femmes depuis leur plus tendre enfance vise selon moi à l’objectif principal de leur extorquer leur consentement à concéder aux hommes leur pouvoir reproductif. L’éducation pratique une véritable amputation chez les filles, avant l’âge de 3 ans, de leur aptitude à se connecter à leur agressivité et à leur colère, pendant que celle-ci est convoquée et renforcée chez les garçons : les émotions font l’objet d’un travail de sexualisation qui est incorporé et intériorisé par les nourrissons filles avant même qu’elles sachent parler. Un nourrisson qui a faim crie et exprime sa colère de la même manière quelle que soit son sexe. Les parents eux-même, et plus grave les mères elles-même n’ont pas conscience des stéréotypes sexistes qu’elles transmettent à leurs filles et de les programmer ainsi à être de futures proies sans défense. Je vous donnerai les référence de l’étude à laquelle je pense si cela vous intéresse.
        Et c’est là qu’est une autre ligne de désaccord avec les féministes radicales car j’affirme que le modèle d’oppression patriarcale se reproduit avec la coopération des femmes comme l’avait d’ailleurs noter Bourdieu dans « La domination masculine ». Je ne dis pas qu’il avait tout compris mais il avait mis le doigt là où ça fait pour les victimes de millénaires d’oppression patriarcale et la vérité est très très rarement douce et agréable. C’est pourquoi notre psyché a plein de tour de passe-passe pour lui échapper. Quand j’affirme cela, c’est la grosse levée de bouclier : j’accuserai les victimes d’être coupables mais ce n’est pas ce que je fais ni ce que je dis. Pour moi il ne fait aucun doute que les femmes sont victimes de féminicides depuis des millénaires et que le patriarcat est un crime contre l’humanité à nul autre pareil. Je ne fais que dire une vérité qui dérange en posant la simple question suivante : Comment expliquer la reproduction et le renforcement ces 40 dernières années des stéréotypes de genre de génération en génération alors que nous savons que ce sont les femmes majoritairement qui prennet en charge l’éducation des générations futures de 0 à 20 ans dans la sphère privée et publique (école). Et ceci et irréfutable, ce n’est pas un mystère puisque l’esclavage domestique de la femme est quand-même dans l’agenda féministe depuis un bail avec très epu d’effet sur la réalité social comme les études sur le sujet nous le rappelle tous les 8 mars !!
        Ainsi pour moi l’enjeu central du féminisme devrait être double : la lutte collective qui est toujours nécessaire mais ce qui l’est peut-être encore plus c’est la décolonisation massive des femmes des programmes comportementaux patriarcaux qui les agissent à l’évidence inconsciemment et permettent à ce dernier de se propager tel un virus de proche en proche. Il s’agit donc d’un viol mental massif de la psyché des femmes qui est opéré pour aboutir, plus tard à des viols physiques.

        Accepter sa corporéité et ce pouvoir reproducteur n’est pas pour moi synonyme de me réduire à ma fonction reproductrice. Cette réduction de ma personne à cette seule fonction, c’est l’oeuvre du patriarcat, mais le pouvoir reproducteur n’est une potentialité qui fait partie de moi mais qui ne me définit pas en tant que personne. Cette potentialité fait partie intégrant de mon être et il est hors de question que je m’en aliène. Bien au contraire, il s’agit pour moi de maitriser ce corps dans sa potentialité reproductive mais pas uniquement. La contraception est donc une pierre angulaire dans l’émancipation des femmes comme le dite très bien Françoise Héritier dans cet article : http://1libertaire.free.fr/FHeritier05.html mais c’est loin d’être la seule selon moi.
        Si les jeunes femmes connaissaient la vérité sur les chiffres concernant la culture du viol et avaient conscience des mythes soigneusement entretenus (par nos mères et toutes les personne hommes ou femmes qui nous prodiguent leurs conseils) qui s’y rattachent, je pense que ça remettrait en question à peu près tout dans la structure familiale.
        http://www.cultureduviol.fr/2016/12/07/culture-du-viol-poison-antidote/
        Pour résumer, 90% des viols sont commis par des hommes connus de la victime (il y a donc presque toujours préméditation et non pas pulsion irrépressible), ils ont lieu de jour dans l’espace privé, sur le lieu de travail ou dans les institutions (écoles etc) … Est-ce un hasard que l’on enseigne aux filles à avoir peur du scénario de viol le moins probable : tard la nuit, par un inconnu, un monstre psychopathe bien entendu dont la victime aurait déclenché la pulsion parce qu’elle était seule dans l’espace public avec une tenue vestimentaire et/ou une attitude provocante ?
        Est-ce un hasard ? Je ne le crois pas.

        J’ajoute que le patriarcat joue allègrement de cette division notamment en se gardant bien de communiquer dessus pour nous agiter sur les écrans l’image lisse d’un féminisme de salon convenable avec pour pantins les féministes libérales. On entend toujours « le féminisme », « les féministes » comme s’il s’agissait d’un courant unifié.
        Cette stratégie est utilisé pour tous les courants de pensées qui n’arrange pas le système : on le trouve également pour « l’anarchisme » systématiquement employé comme synonyme de « chaos ».
        Or il y a des anarchismes.
        Et finalement, noues, les femmes se découvrant « féministes », découvrons cet état de division de la pire des manières en noues prenant des portes dans la gueule comme n’importe quelle novice dans un nouvel emploi, ce qui je pense (et je l’ai vu et je suis moi-même passée par là) peut repousser de jeunes esprits fertiles à retourner et alimenter les mythes patriarcaux des féministes poilues hargneuses : quel dommage ! Mais je vous avoue aussi qu’il arrive un âge dans la vie d’une féministe irréductible ou la patience s’étiole et la nous faisons je pense des erreurs pédagogiques par usure tant il est vrai qu’il nous a fallu à chacune du temps et du travail sur noues-même pour comprendre et problématiser notre histoire de vie dans le prisme du patriarcat :-).

        C’est pourquoi je trouve votre article non seulement très intéressant et bien étayé mais également d’une utilisé capitale.

        Bien à voues

      2. J’ai lu l’article sur le coït, c’est…particulier. Je n’ai jamais été face à ce genre de propos, fréquentant un milieu féministe plutôt tourné vers l’épanouissement sexuel et la connaissance de soi. Je ne considère pas que c’est une trahison de dire que les femmes parfois favorisent leur domination, car elles le font de manière inconsciente, ce qui ne leur enlève pas le statut de victime. Quand on est manipulé, le responsable est le manipulateur, pas le manipulé.

  7. Je partage votre point de vue. Pour moi, il ne fait aucun doute que les femmes sont bien victimes.
    Ma réflexion porte sur les moyens d’action et de lutte à la lueur de la compréhension que l’on a du problème.
    Les identités de genre installées en mode binaire patriarcale sont installées précocement par la prise en charge des émotions de l’enfant avant l’âge de la parole : http://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/dossiers-de-lecture/25-stereotypes-de-genre?showall=&start=1
    Sans dire que les mères sont coupables puisqu’elles sont victimes de leur programmation genrée patriarcale, il s’agit de comprendre qu’elles sont le vecteur principale de la construction des stéréotypes de genres.
    Ainsi, chez la fille, sont proscrites par délégitimation et non prise en compte certaines émotions notamment la colère (qui est toujours l’expression de la perception d’un injustice) ainsi que le droit de s’exprimer autant que les garçons et même que l’idéal pour une fille c’est le silence.
    Cela se traduit à l’age adulte par le fait que la conversation, activité qui nous parait naturelle, est fortement genrée et que toute femme dérogeant aux attentes genrées est rapidement menacée de violences. A lire prioritairement : « Répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation » https://infokiosques.net/spip.php?article239
    Cette question de la légitimité de la parole, TOUTES LES FEMMES en ont fait l’expérience et si elles sont honnêtes, toute femme s’aperçevra que les stratégies de silenciation dont elles ont été victimes ont été autant mises en oeuvre par des femmes voire même plus souvent que par des hommes ; ou pour le dire autrement les 1ères personnes qui ont véhiculé ces stratégies sont la mère, la soeur, la tante, les femmes de la famille plus les membres du corps enseignant majoritairement féminin comme chacun sait.

    En terme d’égalité donc, c’est la parole, l’activité conversationnelle systémiquement contrarié chez les femmes qui me parait être un enjeu central. En effet, les violences conjuguales par exemple commencent souvent par des engueulades pour finir par des coups. Avant que la violence physique n’intervienne, il y a une série ininterrompue de violences symboliques qui ont été commises à l’encontre d’abord de la petite fille-nourrisson puis de la jeune fille, puis de la femme qui en est victime et dont elle n’a même pas conscience.
    De même, il n’y a pas d’ateliers spécialisés pour apprendre aux petits garçons toutes ces stratégies de silenciation et pourtant tous les maitrisent à la perfection, là encore inconsciemment puisque le mythe des « femmes bavardes » est toujours en vigueur. C’est d’ailleurs ce mythe qui a fait l’objet des recherches dont fait état Corinne Monnet.
    Or constatant le caractère redoutablement efficace de ces stratégies de silenciation mises en oeuvre par les hommes et les femmes, je ne peux que conclure comme Corinne Monnet :

     » SI LA PAROLE EST DETERMINANTE DANS LA CONSTRUCTION DE LA REALITE, CEUX QUI CONTROLENT LA PAROLE CONTROLENT AUSSI LA REALITE ».

    Ceci explique à peu près tout à commencer par la culture du viol basée sur des mythes, des mensonges répétés depuis des millénaires de sorte que la plupart y croit quelque que soit son genre.

    Donc en terme d’action de lutte, je ne vois pas mieux que sensibiliser les femmes à cela notamment celles qui sont en charges de l’éducation des jeunes (mères, corps enseignant) histoire que l’épidémie se tarisse dans les lieux de contamination.

    Bien à vous.

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