« No », quand la publicité renverse la dictature

Découverte d’un film qui sort de l’ordinaire sur la fin de la dictature chilienne en 1988. A voir absolument !

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Chili, 1988.  Sous la pression internationale, le général Pinochet organise un référendum concernant son maintien au pouvoir. Enfermé dans sa tour d’ivoire, le général est persuadé qu’il va gagner et laisse chaque jour 15 minutes d’antenne au camp du «no». Les résistants font alors appel à un jeune publicitaire, René Saavedra, pour créer leur campagne. Ce dernier va déconcerter le régime, comme ses compagnons, en basant cette campagne, non pas sur la dénonciation des exactions du régime, mais sur la joie, afin de convaincre les indécis. Étonnamment, cette stratégie de communication marche et le régime commence à paniquer, ce qui n’est pas sans conséquences pour René.

1Pour rappel, le régime militaire d’Augusto Pinochet, ce sont des dizaines de milliers de victimes arrêtées arbitrairement, torturées, exilées de force ou assassinées. Un régime qui heureusement a perdu face à la volonté populaire, le 6 octobre 1988. Donc, pas de surprise, vous connaissez déjà la fin du film. Mais, ce n’est pas dans le développement de l’histoire que réside le côté surprenant du film du réalisateur chilien Pablo Larraín.

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Dès les premières minutes de «No», le spectateur sera étonné de l’aspect très old school de ce film. Effectivement,  «No» a été enregistré sur des cassettes U-matic qui donne un format 3/4 et des images aux couleurs désaturées. Le résultat est surprenant. On aime ou pas cet aspect «vieille telenovela», mais cela permet au film de réaliser un vrai tour de force. Effectivement, grâce à cela, on ne distingue presque pas les images d’archives et les images filmées. Le film est également tourné caméra à l’épaule (l’apparition du support U-matic ayant permis le développement du reportage autonome en extérieur) ce qui donne l’impression d’être dans un reportage d’époque. Le tout donne quelque chose de pas forcément beau, mais particulièrement immergent et réaliste.

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En plus d’un style vraiment unique, «No» aborde une nouveauté dans l’arène politique de l’époque: la prise en charge de la communication par les publicitaires, à travers l’exemple de la dictature chilienne. Quelque chose d’habituel aujourd’hui, mais nouveau pour l’époque où la publicité s’appliquait plutôt aux produits purement commerciaux. Le film recèle également une forte dose d’ironie. Alors que Pinochet craignait les idéologues de gauche et les communistes, c’est grâce à un jeune homme moderne, publicitaire au service de la société de consommation ultralibérale qu’à voulu imposer le régime, que Pinochet va être déboulonné de son socle.

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Bulletin original de la campagne anti-Pinochet / Wikipédia

Le film est également servi par un Gael García Bernal sobre, mais convaincant dans l’interprétation de ce publicitaire novateur et audacieux, tiraillé entre son rôle de résistant et son rôle de père.

Le test Bechdel:

Ici, le test est raté, car aucun des personnages féminins n’a de conversations. Par contre, on notera la relation de couple inhabituelle représentée dans le film. Effectivement, le personnage de René s’occupe seul de son fils et la mère, une fervente militante anti-Pinochet, ne fait que des apparitions dans la vie de son ex et de son fils.

En résumé, un film unique, intéressant et prenant qui vous en apprendra plus sur le marketing politique et l’histoire du Chili. A voir absolument !

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