Résistance féministe #2: Le mariage, si je veux et comme je veux !

T’es en couple et tu regardes le mariage d’un œil dubitatif? Vilain-e petit-e rebelle, va !

Si vous êtes dans la tranche d’âge 20-30 ans et que vous êtes dans une relation de couple stable, vous n’avez surement pas échappé à la question fatidique: «Quand est-ce que vous vous mariez?». Question à laquelle vous avez peut-être donné une réponse enthousiaste (bientôt!), vague (euh…) ou sans tact (jamais!). Pour les 20-30 ans, le passage de bague au doigt devient une obsession, et le mot n’est pas faible, si vous avez dans vos fréquentations beaucoup de couples. Que vous soyez un incorrigible romantique ou un indécrottable anti-mariage, vous finirez tout de même par participer à cette obsession collective, car, vos amis, vous les aimez et vous avez envie de participer à ces jolies festivités.

Sparow Weddind

Alors, vous aussi, vous allez parler pendant des heures de mariage, homme ou femme, car cette obsession contamine tout le monde, même si elle a tendance à avoir plus de prise sur les femmes. Education, contes de fée et princesses oblige, Mesdames, ce sera le plus beau jour de votre vie, avec la naissance de vos enfants et sans ces moments clés, vous serez de pauvres coquilles vides.

Effectivement, tant que l’on ne se sent pas concerné par le mariage, on y réfléchit peu. C’est simplement une belle cérémonie, un serment qu’on fait à la personne que l’on aime. Point barre. Mais dès que l’on commence à réfléchir sérieusement à la chose, d’autant plus si on le fait avec un point de vue féministe, il y a de quoi faire frissonner en matière de représentation des femmes. Il suffit de regarder pour cela une certaine émission de mariage sur une certaine chaîne française (non, je ne citerai pas nommément cette saloperie horreur sur ce blog) pour se rendre compte du lavage de cerveau que subissent les femmes concernant l’importance du mariage. Il est aussi intéressant de voir dans cette émission la transparence des futurs maris; ces candidates pourraient se marier avec une version géante de Ken que l’on n’y verrait rien. Les hommes, eux non plus, n’échappent pas aux clichés. Pour eux, le mariage n’est pas un enjeu, au pire un petit rituel de passage, qualifié de «corde au cou» par les copains (ben oui, qui voudrait s’attacher toute sa vie à une femme, cet être enquiquinant et vénal).

Alors, si vous n’êtes pas pressé-e de vous mariez ou carrément pas intéressé-e par LA cérémonie, voici une petite déconstruction des arguments que vous servent les apôtres du mariage, l’unique preuve d’amour valable.

Si on s’aime, on se marie:

Les gens qui voient le mariage comme le summum du romantisme, comme le serment d’amour ultime oublient souvent les origines purement organisatrices de cette cérémonie. Effectivement, le mariage est un mode d’organisation de la conjugalité (pensez-y la prochaine fois que vous avez envie de casser l’ambiance à un dîner de fiançailles). C’est «l’acte officiel et solennel qui institue entre deux époux une communauté de patrimoine et de renommée appelée famille, dont le but est de constituer de façon durable un cadre de vie commun aux parents et aux enfants pour leur éducation.» (Wikipédia) En résumé, à l’époque où la sécurité sociale, l’assurance-maladie, l’assurance-chômage et la génétique n’existaient pas, le mariage permettait de former une communauté qui s’entre-protégeait et à laquelle étaient rattachés des enfants (dans beaucoup de pays, le mari est d’office considéré comme le père des enfants). En résumé, cela servait à se prémunir du risque et à assurer la transmission de son patrimoine financier, foncier, culturel, etc. Il servait aussi parfois à conclure des alliances entre familles. Donc, d’un point de vue historique, l’amour n’est pas associé au mariage. La vision du mariage comme symbole de l’amour avec un grand A est en fait quelque chose de récent.

Tout ça pour démontrer que le mariage a changé de signification au cours des siècles et qu’à aucun moment, le mariage n’a eu le monopole de l’amour véritable. Il est un arrangement social auquel on a donné cette symbolique, un prisme à travers lequel on veut absolument regarder le couple.

Le mariage est une des étapes essentielles de la vie:

On peut voir dans cette notion d’«étape» une forte influence du religieux, car la vie chrétienne est effectivement divisée en étapes: baptême, communion, confirmation, mariage, etc. Cette vision chrétienne s’est transmise dans notre société, malgré sa laïcisation progressive. Ce qui fait que le mariage est considéré comme une étape de vie essentielle, même dans des milieux non pratiquants.

Tout dépend de votre famille et de votre milieu social, vous serez insidieusement ou ostensiblement poussé à vous marier, et par la suite à fonder une famille et c’est clairement une pression à laquelle il est difficile de résister, que l’on soit en couple ou célibataire. Cette pression est particulièrement pesante pour les femmes pour qui le fait de vivre hors famille, passé un certain âge, est beaucoup plus mal vu que pour un homme. Effectivement, pour les hommes, le célibat est assez souvent attribué à un état de liberté plutôt confortable, alors que, pour les femmes, il est associé au fait d’avoir raté sa vie. Pour les couples non mariés, la situation est plus ambiguë. Dans des familles peu traditionalistes, le couple non marié sera considéré avec le même égard que le couple marié, alors que, dans d’autres familles, même un couple avec dix ans de vie commune sera vu comme moins sérieux qu’un couple qui s’est marié après deux ans de vie commune. Se marier pour faire plaisir à sa famille ou à son entourage n’est pas forcément quelque chose de mal en soi, puisque vivre avec les autres demande souvent des compromis, mais s’engager dans un contrat à vie (théoriquement) pour faire plaisir, est-ce vraiment une bonne idée? Le féminisme, c’est aussi ça: décevoir parfois ses parents et ses proches en leur disant que l’on ne va pas se fondre dans le moule préfabriqué qu’ils nous tendent. Donc, avant de sauter le pas, il est important de se poser la question de l’importance personnelle que l’on donne au mariage, car le mariage, même s’il est un engagement social, est aussi un pacte personnel entre deux personnes qui doivent être d’accord sur l’arrangement qu’elles concluent et l’importance qu’elles lui donnent.

Se marier renforce le couple:

Le taux de divorce vous répond: FAUX! En Suisse, un peu plus de 40% des mariages finissent en divorce. Apparemment, le contrat signé devant l’officier d’état civil (ou devant le maire en France) ou les promesses faites devant le prêtre ont de la peine à garantir la durée d’un mariage. Quand on évoque le mariage comme ciment du couple, il est intéressant de retourner le problème.

Le mariage rendrait le couple plus durable par le contrat ou par la promesse faite devant Dieu, c’est-à-dire que la solidité du couple est garantie par quelque chose d’externe, qui n’a rien à voir avec l’amour qui existe entre les deux partenaires. C’est étonnant comme, vu sous cet angle, ce symbole de l’amour devient quelque chose de beaucoup moins romantique. En comparaison, le couple non marié semble presque plus solide, puisque rien ne l’empêche de se séparer administrativement parlant et qu’aucune autorité supérieure n’est garante de son contrat. Les seules choses qui pourraient le retenir sont matérielles (devoir se retrouver un appartement, par exemple), mais cela existe également pour les couples mariés. Penser que le mariage fera office de super-glu sur un couple est donc une illusion.

En résumé, le mariage n’est pas le symbole de l’amour véritable, c’est un choix fait par envie, par conviction personnelle, par facilité administrative, etc. Mais ce billet n’a pas la vocation de faire un plaidoyer anti-mariage, car il y a une très bonne raison de se marier: en avoir profondément ENVIE.

Parce que la belle cérémonie, la fête avec la famille et les amis, la beauté du symbole, le fait de dire devant tous les gens qui comptent que l’on aime cette personne; il faut l’avouer, c’est mignon tout plein.

En tant que femme, il faut cependant être consciente que le mariage contient de nombreux symboles très sexistes: le père qui amène sa fille à l’autel, symbole de l’infantilisation de la femme qui passe de la tutelle d’un homme à celle d’un autre; la blancheur de la robe censée symboliser la virginité de la mariée, etc. Sans parler des enterrements de vie de garçon/jeune fille qui véhicule une image vieillotte du mariage avec son ambiance «amuse-toi à mort, car demain c’est fini». Sérieusement, si vous pensez qu’en vous mariant, c’est la fin de l’amusement, mais POURQUOI se marier?

Mais, si l’on est attentif à tous ces détails, il est possible de se marier avec la pleine conscience de la construction sociale qu’est le mariage et de commencer à le déconstruire pour en faire ce que l’on veut.

futuramawedding

En résumé, la connaissance des constructions sociales du mariage comme outil de libération du poids de celles-ci. Un élément essentiel, encore plus pour les femmes, pour qui la société tente sans cesse de baliser strictement le parcours de vie. 

[Edit] Suivra un article abordant le sexisme légalisé propre à l’institution du mariage, telle qu’on la connait en Suisse.

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8 réflexions sur “Résistance féministe #2: Le mariage, si je veux et comme je veux !

  1. Bonjour, très bel article, mais un beau lapsus : « le père qui amène sa fille à l’hôtel  » : hem… « autel » plutôt?

  2. Votre texte témoigne selon moi d’une illusion largement partagée, mais très problématique: l’idée que l’on pourrait faire ce qu’on veut des institutions. Alors je vous l’annonce (et d’autres l’ont démontré): non, ce n’est pas le cas. Il ne suffit pas de savoir que l’institution maritale est bourgeoise et patriarcale pour en faire, individuellement, autre chose. En se mariant, on contribue à légitimer et à reproduire cette institution dans toutes ses dimensions. Donc, non, en tant que féministe (et anticapitaliste), il ne faut pas se marier. Après, personne n’est parfait, ni cohérent, et on est toutes et tous bourré·e·s de contradictions, qu’il est cependant mieux d’assumer que de nier. Et donc il est plus correct politiquement de savoir que l’on « trahi la cause féministe » en se mariant, que de propager l’idée délirante que l’on pourrait faire ce qu’on veut de cette institution. [dans ce cas, pourquoi utiliser l’Etat, la loi, la mairie? pourquoi ne pas faire cette petite sauterie avec ses amis sans inviter l’office des impôts, la banque et autre tiers?] Pour alimenter votre réflexion: http://www.pagesdegauche.ch/pdf/Pdg_090.pdf

    1. Merci pour votre commentaire. Effectivement, il manque la critique administrative et institutionnelle du mariage dans cet article, mais c’est volontaire car je traiterai du mariage sous cet angle dans un autre article en abordant notamment le problème de la fiscalité, la disparition de l’identité des femmes à travers le changement de nom de famille, etc. Ici, j’abordais principalement la pression sociale de l’entourage et le fait que beaucoup sont persuadés que les sentiments amoureux ne peuvent être validés que par cette cérémonie.
      Je suis d’accord que l’on ne peut pas changer le côté légal du mariage. Mais, selon moi, on a un pouvoir sur la façon de vivre le mariage et éviter de passer par certains poncifs. Mais, oui, dans mon idéal, on ne devrait pas être un seul contribuable et les femmes ne devraient pas changer de nom de famille. Par contre, dire que les femmes qui se marient trahissent la cause féministe est une position à laquelle personnellement je ne peux pas adhérer. Les femmes sont en permanence jugées, on essaye tout le temps de les mettre dans des cases, alors de mon côté, je m’abstiens de juger mes consœurs, c’est pour moi aussi de féminisme de ficher la paix aux autres femmes. De plus, je ne pense pas que c’est en martelant des idées que l’on fait fait changer d’avis les gens. La preuve: ce n’est pas parce qu’il y a des images dégueulasses sur les paquets de clopes que les gens arrêtent de fumer. Pour moi, il faut mettre les gens dans une position réflexive et non les agresser. Et je me permets de préciser que le féminisme n’est pas obligatoirement anticapitaliste. Même si je me situe à gauche, je comprends que l’on puisse avoir un féminisme libéral, pas forcément laïque, etc.

  3. Très bon article.
    C’est clair que beaucoup de gens se marient pour beaucoup de raisons qui n’ont rien à voir avec l’amour (faire plaisir à la famille, assurer une sécurité pour les enfants, pouvoir obtenir une mutation etc.). Mais quand on demande souvent à des jeunes mariés ce que le mariage change à leur amour, j’entends des arguments vraiment douteux, du style: « on veut prouver notre amour au monde entier » (mais euh pourquoi avoir besoin de prouver son amour si on est un couple stable et heureux ?), « j’ai le sentiment de lui appartenir (beurk, je ne vois pas en quoi on peut trouver ça bien d’être réduit au rang d’objet).
    Pour moi, c’est clairement une illusion de dire que le mariage rend plus heureux. Pas étonnant que le divorce soit autant courant.

    1. Ton commentaire résume très bien ma pensée. Même si je ne suis pas trop mariage, le rpoblème pour moi ce n’est pas forcément le mariage en soit, mais ce que les gens mettent autour…

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