« Foxfire, confessions d’un gang de filles », anarchie et luttes féministes

Vous avez peut-être lu le roman dont le film tire sa trame ou vous êtes simplement curieux de ce petit film discret. Voilà donc la critique de «Foxfire, confession d’un gang de filles» (2013)foxfire_xlg

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États-Unis, 1955. Dans une petite ville industrielle, des jeunes filles s’unissent pour former le gang Foxfire, sous le leadership charismatique de Margaret, alias «Legs». Leur but: résister au machisme ambiant et répondre à la violence des hommes de cette époque, sur fond d’idéal marxiste et d’anarchisme de gauche. D’abord enjouées et survoltées, les Foxfire vont devoir également faire face à la réalité de la vie en communauté et aux représailles de la justice.

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Fortement marquée dans mon adolescence par le roman «Confession d’un gang de filles» de l’écrivaine Joyce Carol Oates, ma curiosité a été piquée par son adaptation en film par le cinéaste Laurent Cantet, réalisateur d’«Entre les murs», qui lui avait valu la Palme d’or, l’Oscar du meilleur film étranger, ainsi qu’un César. Il y a donc du niveau!

«Foxfire, confession d’un gang de filles», malgré son titre qui semble annoncer courses-poursuites et braquages, est un film plutôt calme qui s’intéresse plus à la psychologie de ses protagonistes qu’à leurs divers forfaits.

«Foxfire» raconte la genèse, l’apogée et la fin d’un gang de jeunes filles parties en guerre contre la société américaine des années 1950, pourvoyeuse d’inégalités, accroc à l’argent et éminemment sexiste.

Le meilleur qualificatif pour ce film est la subtilité. Premièrement, parce que le réalisateur ne prend pas parti. Il laisse au spectateur le loisir de se faire un avis sur le combat de ces jeunes filles, dont il montre tous les aspects; positifs comme la solidarité et négatifs, comme le racisme de certaines et les difficultés de vivre dans une communauté anarchiste. Le réalisateur se contente de suivre ces jeunes femmes qui vivent dans une société violente physiquement (viol, tentative de viol, harcèlement sexuel) et symboliquement (domination et paternalisme des riches envers les pauvres); et qui tente de trouver une réponse à cette violence à travers des agressions, des vols et la création d’une communauté, jusqu’à l’explosion finale du groupe. Deuxièmement, Laurent Cantet filme peu la violence et la suggère la plupart du temps (le viol est suggéré et non montré, par exemple).

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Loin de s’intéresser uniquement au groupe, le réalisateur se penche sur les individualités du gang: Margaret «Legs», la leader idéologique du groupe, prête à tout (ou presque…); Maddy, la voix de la raison de Foxfire; Rita, la pin-up romantique ou encore Goldie, la forte tête. Des personnages qui s’aiment et qui s’affrontent sur fond de luttes féministes et de vision du monde. On remarquera la justesse des actrices (pour la plupart non-professionnelles) qui incarnent les membres de Foxfire, avec un petit plus pour Raven Adamson qui interprète «Legs» avec une présence assez hypnotique. Le casting d’actrices amatrices permet aussi au réalisateur de donner à Foxfire un visage réaliste avec des jeunes femmes qui n’ont pas l’air de sortir d’un catalogue de mode.

On peut cependant reprocher au film sa longueur et son rythme un peu lent. Effectivement, «Foxfire» dure presque 2h30, mais laisse une impression de manque, car le réalisateur raconte, au final, peu de choses sur ces filles. On ne comprend pas assez les mécanismes qui amènent ces jeunes femmes vers Firefox, car la violence envers les femmes et les parents absents ne sont pas une explication suffisante pour éclairer le parcours de vie des membres du gang, puisque d’autres subissent probablement la même chose, sans pour autant se rebeller.

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Ayant lu le livre il y a de nombreuses années, je ne peux pas faire la comparaison avec son adaptation cinématographique, mais il me semble que le film est fidèle à l’esprit du livre de Joyce Carol Oates. Le livre vient d’ailleurs d’être réédité aux éditions «Le livre de poche» (EAN/ISBN:9782253194873), donc je vous conseille vivement de vous jeter dessus. Il faut aussi savoir que ce film est la deuxième adaptation du roman, la première datant de 1996 avec Angelina Jolie au casting.

Le test Bechdel:

Le film passe évidemment le test Bechdel haut la main.

En résumé, un film très intelligent (un peu longuet, certes) qui laissera quelques questions flotter dans l’air après la séance: l’action de Foxfire se justifiait-elle? Jusqu’où peut-on aller pour une cause ?

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