L’éclair silencieux du Catatumbo / Daniel Fohr

Critique du dernier livre de Daniel Fohr, qui raconte les tribulations d’un cœur brisé en territoire (presque) hostile.

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Un jeune homme un peu paumé après une rupture répond à une annonce pour devenir professeur de français et d’espagnol dans une école pour expatriés francophone à Maracaïbo. Immédiatement engagé, le jeune homme vole vers ce qu’il croit être un rêve exotique. Mais Maracaïbo est loin de l’image de perle sud-américaine qu’il s’en était faite. Béton, pétrole, pollution et criminalité rythment le quotidien de cette ville. Mais, grâce à son regard détaché, le jeune homme va tout de même finir par trouver le charme caché de Maracaïbo, grâce à un groupe d’autochtones hauts en couleur.

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Tout d’abord, un petit point sur le titre un peu mystérieux du livre, «L’éclair silencieux du Catatumbo». Il fait référence à un phénomène météorologique propre au lac de Maracaïbo et au fleuve Catatumbo, qui s’y jette. Dans cette région, plus d’une centaine de nuits par an, se développe un orage qui zèbre le ciel de manière silencieuse, offrant un spectacle hypnotique à notre narrateur, qui l’observe depuis son balcon grillagé (on ne rigole pas avec la sécurité au Venezuela).

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Le héros de cette histoire n’a pas de nom et l’on peut seulement imaginer qu’il a entre 25 et 35 ans. On sait, par contre, que, récemment, son petit cœur a été brisé par une certaine Léah. Raison pour laquelle, il s’embarque pour cette aventure vénézuélienne sans trop y réfléchir et surtout sans vraiment se renseigner sur la ville de Maracaïbo. Car, malgré sa consonance exotique qui fleure bon les pirates, les cocotiers et le sable chaud, Maracaïbo est, en fait, une ville bétonnée, polluée par l’exploitation pétrolière et extrêmement chaude climatiquement et criminellement parlant. Un vrai petit paradis, en somme.

«L’éclair silencieux du Catatumbo» montre l’année d’acclimatation de notre protagoniste un peu désespéré, transformé en professeur pour enfants d’expatriés, plus ou moins supportables. Le narrateur offre un regard plein d’humour sur son nouveau lieu d’habitation, ses coutumes parfois désarmantes et sur les modes de communication du président vénézuélien, le défunt Hugo Chávez. Cependant, ce regard n’est jamais moqueur, car, rapidement, notre jeune homme s’entiche du Venezuela, malgré les vols de moto à répétition et les cucarachas, qui squattent son appartement. L’apprenti professeur se lie rapidement avec un groupe d’autochtones divers et sympathiques (dont quelques charmantes jeunes femmes), ce qui va lui amener la réprobation de la communauté d’expatriés francophones de Maracaïbo, qui préfère ne pas se mélanger avec les Vénézuéliens.  Le roman n’est pas un simple récit de vie dans un pays exotique, c’est principalement l’histoire d’un jeune homme qui cherche un sens à sa vie et qui va tenter de le trouver en partant vers l’inconnu et en vivant au jour le jour, ce que les Vénézuéliens savent apparemment mieux faire que lui.

L’écriture de Daniel Fohr est fluide, agréable et savoureuse, car il sait trouver les mots justes pour décrire ce pays bordélique et dangereux, mais surtout terriblement vivant. L’auteur semble d’ailleurs très bien connaître le Venezuela, car les lieux qu’il décrit (même les restaurants) existent bel et bien. Petite spécialité du livre, Daniel Fohr donne à son personnage une très grande culture cinématographique et littéraire, qu’il égraine au fil de ses conversations (sous le regard souvent circonspect de ses interlocuteurs) et de ses pensées.

En résumé, un livre à la fois dépaysant, drôle et touchant, qui donne envie de pouvoir, une fois dans sa vie au moins, poser ses yeux sur les éclairs qui illuminent Maracaïbo. 

Daniel Fohr, «L’éclair silencieux du Catatumbo», Paris: Éditions Robert Laffont, 2014, 432 pages.

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