« Zero Dark Thirty », les méandres de la chasse à l’homme

Voilà, une réalisatrice qui n’a pas perdu de temps pour traiter un sujet brûlant. Effectivement, «Zero Dark Thirty», sorti à la fin de l’année 2012, parle de l’élimination d’Oussama Ben Laden, qui a eu lieu en mai 2011.Zero-Dark-Thirty-Affiche-USA_portrait_w532

2

Entre le Pakistan et les Etats-Unis, la CIA tente de démanteler le réseau Al-Qaïda en éliminant ses têtes pensantes. Alors que la plupart pensent Oussama Ben Laden mort ou terré dans une grotte, Maya, une agente brillante et têtue, est persuadée qu’il est vivant et actif. Elle tente alors de remonter la piste des messagers de Ben Laden au Pakistan.

1

Après «Démineurs», Kathryn Bigelow emmène à nouveau le spectateur dans les affres de la politique de défense des Etats-Unis avec «Zero Dark Thirty», qui nous conte la traque de Ben Laden par les équipes de la CIA.

Il faut avouer qu’en commençant le visionnage de ce film, il est difficile de ne pas avoir un peu peur. Peur de se retrouver face à un manifeste glorifiant les Etats-Unis et leur politique de défense contre l’«axe du mal». Kathryn Bigelow ne tombe pas dans cet écueil. Mais le film, malgré le côté passionnant qu’il donne à cette chasse à l’homme, laisse tout de même un peu songeur sur certains aspects, notamment le rôle de la torture.

«Zero Dark Thirty» est à la croisée du documentaire et du film d’action. Documentaire, pour le travail de recherche incroyable derrière ce film et la volonté de faire vrai dans les moindres détails du décor. Film d’action, pour le suspense et l’adrénaline qu’il donne. On ne peut également qu’éprouver une grande fascination pour le personnage principal, Maya, cette jeune femme entêtée qui va mener la traque de Ben Laden. Il faut avouer que c’est extrêmement jouissif de voir une femme mettre la pâtée à cette bande de barbus fondamentalistes. De plus, les 45 dernières minutes du film sont incroyables, puisqu’elles montrent, quasiment en temps réel, la mission qui mène à l’élimination de Ben Laden et donne la sensation d’être juste à côté des soldats.

Jessica_Chastain_hd_wallpaper_3

Par contre, plusieurs points sont dérangeants. Tout d’abord, le côté mission divine du travail de Maya. ∗Spoiler∗ Une partie de l’équipe de Maya meurt dans une attaque à la voiture piégée. Celle-ci a alors l’impression que, si elle est rescapée, c’est pour une bonne raison ∗Fin de spoiler∗. Sérieusement, les Américains ont un problème avec Dieu. Ils ne peuvent pas s’empêcher de le mettre partout et de l’utiliser pour justifier tout et n’importe quoi (tiens, ça me rappelle les fondamentalistes musulmans…). Ce qui nous mène à la problématique suivante.

19456511_20131108142331553

Globalement, le film est assez neutre dans ce qu’il montre: ni ultra-patriotique ni dénonciateur. Mais, au sujet de la torture, dont on voit d’assez longues scènes dans le film, il est sous-entendu qu’elle permet d’avoir des informations importantes et qu’à partir du moment où l’on supprime le «programme d’interrogation», les agents de la CIA ne peuvent plus faire leur travail de manière satisfaisante. Gros malaise. Parce qu’à ce moment-là, la réalisatrice montre un parti pris assez dérangeant. Oui, la torture a permis d’avoir des informations dans le cadre de la chasse aux terroristes, mais il existe de nombreuses enquêtes contradictoires qui expliquent qu’elle n’a pas permis d’obtenir des informations essentielles ou qu’elle mène souvent à de fausses informations.

Il n’est pas question ici de faire un débat alliant stratégie militaire et droits de l’homme. Mais il est dommage qu’une réalisatrice intelligente et féministe comme Kathryn Bigelow ne traite pas ce sujet de manière plus réflexive. Surtout qu’on peut ajouter à cela que les raisons sociales, politiques, économiques du terrorisme ne sont à aucun moment évoquées. Le terrorisme est essentialisé, simplement considéré comme une manifestation malveillante d’un ennemi.

En résumé, un film complexe et passionnant, vraiment. Cependant, ce dernier évite totalement le débat éthique sur la torture, un sujet complexe, certes. Mais qu’il est assez lâche d’évacuer de cette manière.

Publicités

3 réflexions sur “« Zero Dark Thirty », les méandres de la chasse à l’homme

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s