« L’enfance volée » ou quand la Suisse sacrifiait ses enfants

«L’enfance volée» est l’illustration d’une période noire de l’histoire suisse: le placement arbitraire d’orphelins ou d’enfants retirés à leurs parents.3658

2Dans les années 1950, Max, un adolescent orphelin, est placé dans l’Emmental, chez les Bösiger, une famille d’agriculteurs pauvres. Il est rejoint plus tard par une jeune fille, Berteli. Alors, commence pour ces deux gamins un véritable enfer dans cette famille ravagée par la pauvreté et l’alcool.

1Le film de Markus Imboden (2011) a été diffusé ce mercredi soir dans le cadre d’une soirée spéciale sur le sujet des Verdingkinder, ces enfants qui, durant le 20e siècle, ont été placés dans des orphelinats et comme main-d’oeuvre gratuite chez des agriculteurs, car orphelins ou issus de familles pauvres, monoparentales ou yéniches, par exemple. En plus, d’être un témoignage déchirant du destin de ces enfants, le réalisateur nous livre un film de très bonne facture.

Le film n’a rien de bien spectaculaire au niveau de la réalisation, mais l’ambiance des années 1950 est très bien restituée et les acteurs sont extrêmement justes dans leur interprétation. Le réalisateur évite aussi l’écueil de la caricature. Effectivement, les paysans qui accueillent ces gosses les traitent de manière totalement exécrables. Ils représentent une main-d’oeuvre corvéable à merci et, dans les pires des cas, ils sont victimes de violences physiques et sexuelles. Le tout, avec la bénédiction de l’Etat, qui s’en fiche royalement. Mais ces familles qui les accueillent sont souvent déjà malades de l’intérieur (rongées par la pauvreté, l’alcoolisme, l’analphabétisme, etc.) et ne pouvaient donc rien apporter à ces mômes, à part davantage de malheur.

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Ce film s’annonçait comme extrêmement noir (et il l’est), mais le réalisateur ajoute quelques touches de légèreté à travers le talent d’accordéoniste de Max et à travers une sorte de happy end bienvenu après les atrocités qu’il nous montre.

«L’enfance volée» a également sa place sur ce blog, car il montre la situation peu glorieuse des femmes suisses dans les années 1950: violences sexuelles niées et banalisées et rejet des femmes indépendantes (représentées ici par l’institutrice, la seule personne qui se soucie du sort des enfants).

Le seul manquement du film est qu’il ne montre que le bout de la chaîne: les familles qui accueillent les enfants. Mais, à aucun moment, il ne parle des parlementaires qui ont voté ces lois bien qu’ils soient les premiers responsables de ces drames, avec les autorités religieuses.

Selon moi, c’est un film que tout Suisse devrait voir.Mais, il est indiscutablement intéressant pour tout le monde, car les placements d’enfants sont un sujet tragique et sulfureux dans un très grand nombre de pays.

Le test Bechdel:

Une réussite pour ce petit film suisse!

Un film suisse à voir absolument pour un travail de mémoire et pour son très bon jeu d’acteurs.

 

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Une réflexion sur “« L’enfance volée » ou quand la Suisse sacrifiait ses enfants

  1. Merci de votre travail
    Je vis à Madagascar ..;le Droit des Enfants et des Handicapés ne sont nullement respectés !
    Quel soutient pourrions nous obtenir !
    J aide avec une asso des familles en souffrances à Antsirabe !
    Merci de votre attention
    Mathieu Contet

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