« 12 years a slave », parmi les bêtes du sud sauvage

«12 years a slave» (2014) est l’un des films pressentis pour rafler la mise aux Oscars 2014. Mais peu importe le résultat de la cérémonie, ce long-métrage est sans aucun doute un excellent film, qui ne peut laisser indifférent.4340316_5_54fc_la-version-americaine-et-aussi-francaise-de_b3459c314aa9caa07949f3ffba65cf44

21841. Solomon Northup, afro-américain libre, vit à Saratoga avec sa femme et ses deux enfants, où il travaille comme charpentier et se fait parfois rémunérer pour ses talents de violoniste. Un jour, deux artistes itinérants lui proposent de les accompagner dans leur tournée. Solomon est alors vendu par ses compagnons à des marchands d’esclaves sudistes.

1Un premier avertissement: pour aller voir «12 years a slave», il est nécessaire d’avoir le cœur bien accroché, car le film vous montre sans ambages la noirceur, la cruauté et la violence sans limite de l’esclavage des afro-américains dans les Etats-Unis du 19e siècle. Le réalisateur Steve McQueen a effectivement choisi de montrer toute l’horreur de l’esclavage sans détourner le regard des corps violentés et des esprits torturés des esclaves à l’aide de longs plans-séquences très bien maîtrisés, mais qui mettront votre sensibilité à l’épreuve. Juste pour la belle utilisation de cette technique cinématographique (malgré une narration assez classique), «12 years a slave» mérite le coup d’œil.

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Il est intéressant de commenter l’intelligence du choix de Steve McQueen qui est d’adapter en film le récit véridique de Solomon, un homme libre du nord des Etats-Unis devenu esclave. Ce point de vue narratif est extrêmement malin parce qu’il permet de mieux faire entrer le spectateur dans le film et dans la tragique situation de Solomon. Le choix de montrer un homme qui ne connaissait pas l’esclavage amène le spectateur occidental à se demander comment lui-même réagirait s’il se trouvait par malheur dans cette situation et à faire preuve d’une plus forte empathie (oui, c’est moche, mais les humains ne compatissent que quand ils peuvent se projeter dans le malheur des autres).

12 Years a Slave

On l’aura compris, le choix du sujet et la technique de McQueen font de ce film une oeuvre prenante. A tout cela, on peut ajouter des acteurs irréprochables dans leur interprétation. On pense à Chiwetel Ejiofor (dont le succès aidera peut-être à ce qu’on ne lui écorche plus son nom), qui est d’une justesse incroyable dans le rôle de Solomon. Mais aussi, Michael Fassbender, absolument magnétique en propriétaire de plantation colérique, pervers, violent et bigot (Fassbender est l’un des acteurs de prédilection de McQueen), et Lupita Nyong’o, sobre et déchirante dans le rôle de Patsey, l’esclave-martyre du personnage de Fassbender. On peut également noter le remarquable accompagnement musical de Hans Zimmer, dont les sonorités peuvent paraître inhabituelles pour un film en costume.

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Petite anecdote: les affiches italiennes du film ont fait polémique, le distributeur ayant choisi d’y mettre en valeur les visages de Michael Fassbender et de Brad Pitt (qui fait quelques apparitions d’une durée totale de cinq minutes…), à la place de celui de Chiwetel Ejiofor. Marketing pur, dû au nom encore peu connu de l’acteur principal ou relent de racisme? Difficile de répondre. Par contre, j’espère que le graphiste qui a fait les affiches est au chômage, car elles sont totalement hors sujet. Particulièrement, celle avec Fassbender, qui a l’air d’un charmant propriétaire sudiste cheveux au vent sur un ciel pastel (!?!).

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Source: http://www.cinenews.be

Le test Bechdel:

Il n’y a pas de réelles conversations entre des personnages féminins qui soient montrées à l’écran (la plupart sont hors champs ou suggérées). Ce que l’on voit, ce sont plutôt des interpellations entre les différents personnages féminins (la maîtresse qui parle à ses esclaves, par exemple). Donc, le film ne passe pas le test. Mais, comme il dénonce également les violences sexuelles dont sont victimes les esclaves féminines, il ne peut pas être qualifié de totalement androcentré.

En résumé, des nominations aux Oscars plus que méritées, enfin! A voir pour la qualité indéniable du film et pour ne pas oublier que l’être humain est toujours à deux doigts de basculer dans la bestialité et la cruauté. 

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7 réflexions sur “« 12 years a slave », parmi les bêtes du sud sauvage

  1. Bonsoir,

    Je crois que vous avez raison de dire que le film ne laisse pas indifférent, mais il me semble que c’est pour d’assez mauvaises raisons. Le film souffre d’un vrai problème lorsqu’il s’agit d’émouvoir le spectateur : sa seule manière de le toucher est de lui faire voir des scènes extrêmement violentes, crues, et il me semble assez douteuses sur le fond. Il est assez stupide je pense de résumer l’esclavage à de la violence physique or le film ne fait que ça : à aucun moment n’est abordée la question de l’ambiguïté du personnage (il s’agit tout de même d’un noir libre au départ, donc qui fait l’expérience de passer de l’autre côté du miroir). C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé d’expliquer plus en détail ici : http://lanuitartificielle.wordpress.com/

    Au plaisir de vous relire !

    1. J’ai lu votre article et il est extrêmement intéressant, même si je ne suis pas d’accord avec certaines de vos remarques. Par exemple, je trouve que l’on voit aussi très bien l’aliénation de l’esprit (en plus de celle du corps), à travers le fait que Solomon doive cacher sa culture. Et je ne trouve pas qu’un film qui use des artifices pour amplifier certains sons, etc ne puisse plus revendiquer sont coté réaliste. Pour moi un film reste un film, il ne pourra jamais revendiquer le réalisme point par point du documentaire (encore que le documentaire est aussi un point de vue, une partie de la réalité qui nous est montrée) et ce n’est clairement pas ce que je recherche quand je vais voir un film. Après je suis d’accord qu’il manque un petit quelque chose pour faire de « 12 years » plus qu’un film choc très bien réalisé sur l’esclavage car la violence montrée favorise plus le dégoût que la réflexion…

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