Écarlate / Hillary Jordan

Découverte d’un livre qui s’adresse aux adolescents, comme aux adultes, en abordant une thèmatique polémique: l’avortement.

ecarlate

2La sentence d’Hannah: être rouge durant 16 ans pour avoir avorté illégalement et ne pas avoir révélé les noms du père et de l’avorteur. Pour cela, elle va devenir une Chrome: une femme condamnée à porter son crime sur la peau. Protégée toute sa vie dans un cocon familiale chrétien stricte, Hannah découvre la haine des «siens» pour ceux (et surtout celles) qui osent sortir du rang.

1Ces dernières années, les dystopies sont à la mode pour aguicher le public adolescent. Les trends en littérature, il n’y a rien de plus énervant, mais celui-ci est à moitié pardonné, s’il pousse les jeunes à être attentifs à la défense des libertés fondamentales, comme dans la saga «Hunger Games» (en espérant que le public soit effectivement sensible au message de fond du livre, ce qui est moins sûr…). «Écarlate» d’Hillary Jordan se situe dans la veine du livre de Suzanne Collins, mais il aborde un thème encore plus sulfureux: l’avortement et les mouvements chrétiens fondamentalistes.

«Écarlate», malgré son statut de dystopie, ne s’adresse pas à un public de jeunes adolescents, car les thèmes qu’il aborde sont d’une grande dureté et demande une capacité de réflexion sur le spirituel et la place des hommes et des femmes dans la société. Si ces conditions sont remplies, je conseille vivement de l’offrir à toutes les ados et tous les ados (Ok, ils ne risquent pas d’avorter, mais on ne tombe pas enceinte seule, donc ça les concerne aussi) que vous connaissez pour les rendre attentifs aux dangers du mélange état/religion et du fanatisme religieux. Il faut aussi ajouter que le livre s’inspire de «La lettre écarlate» de Nathaniel Hawthorne, un classique important de la littérature américaine.

Le livre est écrit de manière très simple. Il n’y a aucun raffinement à chercher de ce côté-là. C’est bien dans l’histoire et dans l’univers dystopique créé par l’auteur qu’il faut voir les qualités du livre. Hillary Jordan nous montre un monde où le conservatisme et le fanatisme religieux s’est imposé dans une bonne partie des états américains. Les femmes sont les premières victimes de ce recul en arrière: interdiction de l’avortement, retour de la famille paternaliste à l’ancienne et perspectives d’avenir réduites pour les femmes (en gros, se marier et faire des enfants).

Un univers où les criminels sont rarement incarcérés, mais doivent porter leur crime sur la peau; une couleur pour chaque crime. Cette punition, réalisée grâce à des injections qui colorent la peau, a été introduite pour désengorger les prisons et éviter que les contribuables ne payent pour entretenir des criminels. Elle est, en fait, un moyen de laisser ces personnes à la merci des petites frappes qui aime fracasser ou violer du Chrome, souvent en toute impunité. Peu importe la gravité de leur crimes, ils sont des cibles faciles pour la société et pour des groupuscules violents intégristes.

Le point de vue d’«Écarlate» est intéressant, puisqu’il nous montre une jeune fille qui trouvait cette société tout à fait juste et qui ne se plaignait pas de sa place dans celle-ci. Malgré quelques écarts et un attrait pour des choses interdites (les livres de fictions et les jolies robes). Tout change quand elle tombe amoureuse de la mauvaise personne et que cet amour est réciproque. Hannah va tout sacrifier pour sauver la réputation de cet homme: avorter, ne pas révéler son nom et passer par des épreuves toutes plus dures les unes que les autres (notamment un foyer de rééducation pour femmes qui est juste le summum de la torture psychologique).

«Écarlate» est, malgré un style banal, très accrocheur par sa façon de distordre à l’extrême les problèmes de notre époque pour nous interpeller (quoique la distorsion n’est pas si extrême puisqu’aux USA être médecin et pratiquer l’avortement peut vous valoir d’être abattu). Cependant, le livre déçoit un peu par ses dernières pages. La fin est trop douce pour être cohérente avec les horreurs que vit Hannah dans la première partie du livre. Personnellement, je l’aurais bien vu finir terroriste lesbienne cette petite Hannah (quoi, c’est trop ?).

En résumé, courez le lire ! C’est accrocheur, simple à lire, engagé et intelligent. Il permet à la fois de s’évader dans un futur proche et de faire une piqûre de rappel concernant la défense de la laïcité. 

Hillary Jordan, Écarlate (Titre original: When she woke), Éditions 10/18, 2013, 428 pages.

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13 réflexions sur “Écarlate / Hillary Jordan

  1. Ça fait un peu penser à La servante écarlate, de Margaret Atwood, qui présentait une dystopie fondamentaliste similaire, mais sans les punitions chromatiques (excellente idée!)

    1. Je ne connaissais pas « la servante écarlate », il y a effectivement beaucoup de recoupements entre les deux récits d’après le résumé que j’ai lu! Je vais l’ajouter à ma PAL, merci !

  2. Merci pour ce billet; j’avais vu le livre en librairie et me demandais de quoi il retournait exactement. Je le lirai. A part cela, ravie de suivre une blogueuse en Suisse (je suis du côté de CdF).

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