California Dream / Ismet Prcic

Chronique d’un livre dur et complexe qui nous entraîne dans la guerre de Bosnie et dans l’esprit torturé du jeune Ismet.

ismetprcic

2Ismet n’a quasiment connu que la guerre dans cette Yougoslavie qui se désagrège morceau par morceau. Son enfance et son adolescence, entre deux attaques aériennes, se déroulent, malgré tout, le plus normalement possible. Jeune adulte, il s’éprend de théâtre et part avec sa troupe à Édimbourg. C’est l’occasion rêvée pour s’enfuir chez son oncle aux États-Unis. Mais, Ismet se rend rapidement compte que la vie «normale» n’a rien de facile. Isolé aux USA, il culpabilise d’avoir laissé sa famille et ses amis en Bosnie. Son esprit est de plus en plus torturé et il finit par inventer une vie à Mustafa, un jeune homme qu’il n’a fait que croiser quand il vivait encore en Bosnie. Mustafa va alors le hanter et l’accompagner dans sa descente aux enfers.

1«California Dream» est un livre dont vous vous souviendrez. Peut-être en bien, peut-être en mal. Dans mon cas, il m’a laissée émue, mais pensive, car, après l’avoir fini, il m’a trotté dans la tête pendant quelques jours encore.

Par son récit, l’auteur cherche à nous déconcerter autant que son héros qui perd le nord au fil du roman. L’histoire navigue entre autobiographie et fiction. Effectivement, le personnage principal s’appelle comme l’écrivain, mais il est difficile de distinguer le réel de la fiction dans le récit. Le roman est écrit à travers deux points de vue: celui d’Ismet et celui de Mustafa. Tout en sachant que Mustafa est lui-même un personnage qui oscille entre réalité et fiction, puisque Ismet ne l’a rencontré qu’une fois au cours de sa vie et qu’il lui imagine une vie en Bosnie, pendant qu’il est lui-même «bien au chaud» aux USA. Là, vous commencez à comprendre la complexité de ce livre. De plus, le style d’écriture est très particulier, puisque c’est un mélange hétéroclite et nerveux de récit classique, d’extraits de journaux intimes et d’énumérations. En bref, c’est un livre dont le fond et la forme ne laisseront pas indifférents.

Cependant, il vaut la peine d’y entrer, car ce récit est vecteur de beaucoup d’émotions et permet d’entrer dans le quotidien des hommes et des femmes vivant en zone de guerre depuis des années, tentant de vivre normalement, malgré la mort, la pénurie et les dangers. Il donne également un triste aperçu des dégâts psychologiques de la guerre, de la peur permanente et du syndrome du survivant dont est victime Ismet qui culpabilise de ne pas avoir fait la guerre, de s’être enfui de Bosnie comme un «lâche».

En résumé, c’est un livre plutôt indescriptible, qu’il faut lire pour comprendre. Alors, si vous êtes amateur de livres tordus et originaux abordant des thèmes difficiles, lancez-vous !

Ismet Prcic, California Dream (titre original: Shards), Éd. Les Escales, 2013, 423 pages.

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6 réflexions sur “California Dream / Ismet Prcic

  1. Ce doit être le genre de livre qu’il faut laisser « infuser » pour le digérer comme il faut et en saisir la réflexion profonde. Ta critique m’encourage à le découvrir…misère, tant de livres à lire et si peu de temps à disposition !

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