« Le ruban blanc », ou le terreau de la déshumanisation

«Le ruban blanc», un film glaçant sur l’Autriche et sur l’éducation des enfants au début du 20ème siècle, qui n’est probablement pas sans relations avec les événements tragiques de la Deuxième Guerre mondiale.

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2Un instituteur, maintenant âgé, raconte une période mouvementée de l’histoire d’une bourgade autrichienne où il a exercé. Effectivement, le village semble être victime d’un esprit vengeur: le médecin fait une chute de cheval due à un câble tendu de manière intentionnelle, le fils du baron est retrouvé ligoté et battu, puis un autre enfant subit le même sort. Le soupçon s’empare alors du village qui cherche à comprendre qui peut bien s’en prendre aux habitants et pourquoi ?

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le-ruban-blanc-das-weise-band-21-10-2009-103-g«Le ruban blanc» de Haneke est tourné en noir et blanc, ce qui colle parfaitement à l’ambiance glaciale de ce village étouffé par la chape de plomb du protestantisme luthérien et régit par un système quasi-féodal où tout le monde ou presque dépend du travail offert par le baron. L’illustration la plus édifiante du film restant l’éducation des enfants qui suit les principes de la pédagogie noire (théorisée par Alice Miller). Principes, qui visent à rappeler à l’enfant qu’il n’est rien, que ses parents sont ses maîtres et qu’aucun de ses besoins ou désirs n’a de légitimité. Le tout saupoudré de culpabilisation systématique et de violence physique.

Il est difficile de critiquer ce film. Le décor est incroyablement juste, les acteurs parfaits, chaque plan est très travaillé (beaucoup de plans fixes et de plans-séquences) et la narration est parfaite.  Cependant, autant le dire tout de suite, à la fin du film, vous n’aurez pas de réponses, seulement de très gros soupçons. D’ailleurs, le mystère concernant l’identité de ou des criminels est en fait secondaire. Effectivement, Michael Hanneke préfère poser les questions, plutôt que d’y répondre. Même si, l’on ne peut s’empêcher de faire un lien entre l’éducation déshumanisante des enfants et les adultes qui prendront parti pour le régime nazi allemand, 20 ans plus tard. Effectivement, quand on a appris toute son enfance que l’on est rien, comment résister ou questionner les ordres ?

On ne peut que s’incliner devant la recherche et la finesse du «Ruban blanc», même si ce n’est pas le film le plus divertissant qui existe. Cependant, quand on voit certains blockbusters américains bourrés d’effets spéciaux avec un service minimum de la part des acteurs et du réalisateur, ça fait du bien de voir un film tel que celui-ci.

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Le test Bechdel:

Le film ne passe pas le test Bechdel, car les femmes ont rarement de longues conversations et, en général, elles tournent autour des hommes. Dans le cas du «Ruban blanc», ce n’est clairement pas un signe d’androcentrisme, car le film montre à quel point cette société ultra-conservatrice et d’un patriarcalisme radical fait souffrir tous ceux qui y sont soumis. Ici, on est concentré sur les enfants, mais on perçoit parfaitement la violence faite aux femmes. On peut donc constater à travers ce film que le test Bechdel est un outil et en aucun cas un verdict d’androcentrisme d’un film.

En résumé, un film à voir absolument pour son esthétique travaillée, sa noirceur et les questionnements qu’il soulève. Une Palme d’or plus que méritée.

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