Le féminisme et la pornographie

Le porno est décrié par à peu près tout le monde, dont une partie des féministes. Mais, est-il si dangereux que ça ? Doit-on mener une guerre à la pornographie ?

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La pornographie, c’est un sujet qui fait débat, un marronnier pour les émissions qui aiment polémiquer. On entend particulièrement parler de l’addiction au porno et de l’influence néfaste qu’il pourrait avoir sur les adolescents. Le porno est souvent critiqué par de nombreuses féministes et il est vrai que, si l’on est sensible aux théories du genre, il est difficile de ne pas regarder la pornographie d’un oeil critique.

Mais dans ce regard critique, il est nécessaire de différencier deux regards critiques, celui qui prône l’interdiction de la pornographie et celui qui prône la réappropriation du porno par les femmes. Caroline Dayer, chercheuse à l’université de Genève l’explique très clairement:

«Deux principaux camps se sont dessinés parmi les féministes. D’un côté, certaines se positionnent contre la pornographie en argumentant que cette dernière est dégradante pour les femmes et renvoie par essence à la subordination sexiste. Selon cette conception, la pornographie doit être interdite. D’un autre côté, les féministes pro-porno avancent la nécessité d’investir ce domaine et de se le réapproprier. Selon cette vision, la pornographie est un outil politique afin de donner à voir une multiplicité de pratiques.» (L’Emilie)

Effectivement, du point de vue de beaucoup de féministes (notamment les féministes sexe-positives), l’existence de la pornographie n’est pas un problème en soi. Le sexe fait partie de nos vies, alors pourquoi ne le filmerait-on pas au même titre que d’autres activités ? Le but du porno est clairement masturbatoire et c’est tant mieux, puisque la plupart des sexologues vous vanteront les bienfaits de la chose (à condition de ne pas le faire 18 fois par jour). Par contre, quand on gratte un peu le contenu de la pornographie en tant que féministe, on remarque plusieurs problèmes récurrents:

Problème n°1: Le porno, c’est fait par les hommes, pour les hommes, et les femmes n’y sont représentées que sous la forme d’objets sexuels.

Les hommes sont les principaux consommateurs, donc le porno est formaté pour eux (selon une étude de Ifop, en France, 71% des femmes regardent très rarement du porno, contre seulement 36% des hommes). Même si, aujourd’hui, le marché se diversifie, car les femmes consomment de plus en plus de porno et il y a également plus de réalisatrices. Cependant, on ne peut pas nier que, généralement, le porno ne nage pas dans le respect et la valorisation de la femme. Mais avant de boycotter le porno pour ce formatage androcentré, pensons deux secondes au cinéma en général. Le cinéma est principalement produit et réalisé par des hommes et si l’on pense aux très (trop) nombreux tests Bechdel totalement ratés par la plupart des grands films hollywoodiens, on se rend compte que le cinéma grand public n’est pas moins formaté pour les hommes. D’ailleurs, on ne compte même plus le nombre d’actrices prétextes engagées dans des productions cinématographiques uniquement pour attirer le public masculin dans les salles. Sont-elles moins des objets sexuels que les actrices des films porno ? À vous d’en décider.

Problème n°2: Les femmes y sont représentées de façon avilissante (gang-bangs, mise en scène de faux viols, etc.) et soumise. De plus, cela participe à la «culture du viol».

Les vidéos de domination féminine (femdom en jargon de vieux pervers), ça existe également, mais majoritairement la plupart des films montrent des femmes plutôt soumises.  Que dire des vidéos avec des gang-bangs à quarante, des mises en scène de viol, d’humiliations, etc. ? Ces vidéo sont-elles problématiques ? Participent-elles à la rape culture ?

Pour rappel:

«La culture du viol décrit un environnement social et médiatique dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications, des excuses, sont simplement banalisées, voire acceptées.» (Madmoizelle.com)

Par exemple, quand on reproche à une femme qui s’est faite violée de s’être promenée tard le soir, d’avoir mis une jupe trop courte. C’est une façon, de faire porter la responsabilité du crime à la victime et non à l’auteur. Mais les femmes, ne sont pas les seules victimes de la rape culture, les hommes le sont aussi. Puisque cette culture, les fait passer pour d’immenses abrutis, pervers et incapables de se contrôler. La culture du viol contient aussi toute sorte de mythe: on ne viole pas les moches, les femmes ont souvent des fantasmes de viol, alors allons-y, etc.

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Selon moi, le problème de ces vidéos est la perception que l’on en a et pas vraiment le contenu. Ces vidéos représentent souvent une sexualité sado-maso. Foncièrement, la sexualité étant affaire de goût, si certaines personnes apprécient d’être soumises et humiliées durant l’acte sexuel, quel est le problème ? Si, dans la vie de tous les jours, cette personne se porte bien, laissons-la faire ce qui lui chante (c’est aussi ça, le féminisme, la liberté de choisir sa sexualité). Le problème, c’est la systématique de ces schémas, qui ont tendance à véhiculer les mythes de la rape culture. Donc, j’ai toujours un positionnement inconfortable par rapport à ces vidéos, parce que je me rends très bien compte que le réalisateur ne cherchait pas à faire passer le message «violer, c’est sympa», mais je sais que cela aura tendance a renforcer les mythes de la rape culture chez les gens qui y croient déjà. Cependant, l’avantage avec le porno, c’est que vous avez le choix. La diversité des vidéos étant immense, vous pouvez facilement éviter les vidéos qui vous dérangent. D’un point de vue commercial, la pornographie gagnerait plus de clientes à arrêter ces schémas stéréotypés. Sans pour autant faire du porno soft, car c’est aussi un cliché énorme que de croire que les femmes ont une sexualité plus raffinée et moins sale que les hommes (ça en discute ici).

Problème n°3: Le porno aurait une influence néfaste sur leurs spectateurs.

On va diviser les spectateurs en deux groupes pour répondre à cet argument: le spectateur lambda et les adolescents.

Par spectateur lambda, j’entends une personne adulte, sans problème psychologique, majeure et avec un Q.I. dans la moyenne. Sérieusement, à part l’addiction, comment le porno pourrait-il avoir une influence malsaine sur ce genre de spectateur ? Le spectateur lambda (homme ou femme) regarde son petit porno, se masturbe si ça lui chante, éteint son ordi et point barre. Il fait totalement la différence entre le porno et la sexualité réelle. Comme les jeux vidéos violents ne vous transforment pas en psychopathes, si vous êtes bien dans vos baskets (j’y joue personnellement et je n’ai encore tué personne), le porno ne transforme pas en serial-violeur. Pour beaucoup de personnes qui regardent ces vidéos, cela reste de l’ordre du fantasme qui, de surcroît, ne serait probablement jamais assumé en vrai (Vous avez déjà rêvé de flinguer votre patron ou votre voisin ? Oui. Vous l’avez fait ? Non).

Concernant l’addiction, il faut se rappeler que tout objet ou activité qui procure du plaisir peut rendre accro, si l’on a un terrain psychologique favorable aux addictions.

Par contre, en ce qui concerne les jeunes, là, le porno me pose un problème. Le souci n’étant pas vraiment le contenu du porno, mais le fait qu’y accéder soit un jeu d’enfant (sérieux, avant il fallait au moins faire un effort pour en voir…) et qu’en plus, certains jeunes vivent dans des familles où l’on ne parle pas de sexualité, alors le porno et leurs potes deviennent leur seule source d’informations. Dans ces cas-là, la pornographie a clairement une mauvaise influence, parce que, si c’est la seule image que ces jeunes hommes et jeunes filles ont de la sexualité, c’est là que les problèmes vont commencer.

Cependant, il ne faut pas prendre les adolescents pour des abrutis, non plus. Certains pédopsychiatres (la branche est apparemment très divisée sur le sujet) affirment que la plupart des adolescents se distancient très bien de ces images et que celles-ci nourrissent beaucoup plus les fantasmes et l’imaginaire sexuel, que les pratiques réelles. Ils postulent également que le sujet de la dangerosité présumée du porno pour les adolescents vient de l’habitude sociale de systématiquement pathologiser ou criminaliser les comportements des ados, ici la consommation régulière de pornographie (Rue 69).

Alors, au final, la pornographie, on la brûle ou pas ?

Ben non, parce que, dans n’importe quel domaine, la censure est une très mauvaise idée. Alors oui, si le porno pouvait un peu changer de point de vue et arrêter d’être quasi uniquement fait pour assouvir les fantasmes des hommes, ce serait un sacré progrès. Le porno, idéologiquement, n’est pas tellement dangereux, car une personne un tant soit peu saine d’esprit et éduquée sexuellement ne peut le prendre au sérieux (Selon l’Ifop, 84% des Français considèrent le porno comme éloigné de leur sexualité). Il mérite moins les critiques virulentes qu’on lui porte que de nombreux sujets qui font moins polémiques et qui coincent les femmes dans leur statut (des exemples: l’éducation excessivement genrée depuis la petite enfance, l’imposition des couples mariés qui encourage les femmes à renoncer à travailler… Toutes ces petites choses du quotidien qui vous rappellent que vous êtes une fifille et que vous devez vous comporter comme tel, etc.).

porn-logicEn résumé, oui, il n’y a pas que des gens éduqués et intelligents qui consomment de la pornographie. Mais comme pour tout, on ne peut pas interdire une chose parce qu’une minorité en fait un usage dangereux.  Alors faisons un effort, mettons des sécurités parentales sur nos ordinateurs et ne laissons pas les conservateurs nous enlever l’éducation sexuelle à l’école. C’est bien ça qui permet de prendre conscience que la sexualité et le porno n’ont rien à voir.

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